ÉDITO - Comme les visionnaires de chaque époque, la série d'Arte "Trepalium" pourrait refléter le futur proche de la société actuelle.

C'est dire si je ne vais plus jamais lire un ouvrage de science-fiction de la même façon. C'est dire, surtout, si je vais me mettre à en lire. À être également plus attentive aux adaptations. Et ça commence dès ce jeudi 18 février, avec la diffusion de deux programmes qui prouvent à quel point l'avenir fantasmé est proche (hélas) de l'avenir tout court. Le premier, c'est la remarquable série d'Arte Trepalium. La chaîne propose les trois derniers épisodes d'une série de six que nous n'avons pas (assez) eu le temps d'apprécier. De mémoriser. À peine les téléspectateurs l'ont-ils découverte qu'elle se termine, tout de même suivie par (quasiment) un million de curieux vite conquis, à en juger par la régularité de la courbe.
Un scénario du futur ?
Des courbes aussi belles que celles des héroïnes de cette fiction se déroulant dans un futur proche. On y voit un monde organisé autour d'un mur. D'un côté 20% d'actifs prêts à tout pour conserver leur poste, de l'autre 80% de chômeurs prêts-à-tout pour quitter "la Zone" où ils sont parqués. Les seconds ont peur des premiers, qui eux ont peur de rejoindre les seconds. C'est ce qu'on appelle se heurter à un mur. Et bien sûr tout se lézarde vite, y compris les certitudes des uns et des autres. Et c'est formidable. Il y a de l'humour de l'humeur de l'humain, avec une mention spéciale pour Ruben, le cadre qu'on croit à tort capable et coupable de tout. C'est de lui, dont on n'attend rien, que le meilleur viendra, dans ce monde ultra connecté où tout fonctionne à la reconnaissance faciale. Et c'est là que le virtuel peu vertueux rejoint la réalité car que propose Envoyé Spécial en face sur France 2 ?
Une bonne enquête sur la reconnaissance faciale, cette technique qui permet de mettre un nom sur les images et les visages. Que des caméras de surveillance nous filment partout tout le temps, nous y sommes habitués. Ce qui est nouveau, c'est de pouvoir nous identifier tous. Et vous savez sur quoi repose cette technique présentée comme fiable ? Facile ! Elle consiste à mesurer la distance qu'il y a entre nos deux yeux. Tout part de là. C'est ensuite, au nom de la lutte contre le terrorisme et la criminalité, que des centaines de millions d'empreintes digitales et faciales sont entreposées dans une banque de données mondiales. Si vous n'êtes ni djihadiste ni braqueur, vous n'avez donc rien à craindre. A priori ! Mais le danger d'atteinte à la vie privée est suffisamment réel pour que l'utilisation du passeport biométrique fasse bientôt l'objet d'un débat à haut débit au Parlement Européen. Et oui, comme dans Trepalium ou Person-of-interest, ils regardent nos yeux alors qu'on aimerait parfois, nous, les avoir à l’œil."