Je modifierais volontiers la dernière phrase en "On ne peut pas faire la chasse aux malheureux qui vont bosser dur dans les villes pour faire respirer les riches, les rentiers et les petits bourgeois de la NUPES!"DÉCRYPTAGE - Manifestations, propositions de loi pour l’abroger, recours devant la justice : la colère s’amplifie contre les ZFE, créées pour améliorer la qualité de l’air. L’écrivain Alexandre Jardin et le chanteur Daniel Guichard font partie des opposants.
La colère monte, la mobilisation s’étend. De nombreux Français veulent la peau des ZFE, ces zones à faibles émissions instaurées par la loi d’orientation des mobilités de 2019, puis renforcées par la loi climat et résilience d’août 2021. Imposées aux agglomérations de plus de 150.000 habitants avant le 31 décembre 2024 pour améliorer la qualité de l’air, elles font aujourd’hui l’objet d’un très vif rejet, accusées de causer une rupture d’égalité entre les automobilistes, autorisant aux uns et interdisant aux autres d’accéder à ces zones. Manifestations de contestation, propositions de lois pour les abroger ou les suspendre, recours devant les tribunaux : la multitude des attaques contre les ZFE pourrait-elle parvenir à enterrer ce dispositif ?
C’est en tout cas ce que souhaite ardemment l’écrivain Alexandre Jardin qui, en lançant Les Gueux en décembre dernier, particulièrement viral sur les réseaux sociaux, devient le médiatique fer de lance des opposants aux ZFE. Parti en croisade contre « ces règles démentes, ségrégationnistes, qui excluent les pauvres et leurs vieilles voitures des villes », l’auteur de romans couronnés de succès est désormais rejoint par le chanteur Daniel Guichard.
Convaincu lui aussi de l’aberration de ces mesures imposées à des millions de Français qui n’ont pas les moyens d’acheter un modèle neuf pour accéder à ces zones interdites pour eux, l’ancienne vedette de la chanson française propose des rassemblements pacifiques le samedi devant les mairies. Pour dire non à cette rupture d’égalité entre Français, « il faut que les gens se regroupent et témoignent de leur hostilité à cette réglementation », explique-t-il au Figaro. Çà et là, des rassemblements commencent à avoir lieu. Le 22 février dernier, Daniel Guichard était lui-même dans la rue, battant le pavé devant l’hôtel de ville de sa commune, à Sauvian, dans l’Hérault.
Interpeller son maire
« On était peu nombreux, une petite quinzaine, pour nous opposer à ces ZFE, socialement dangereuses », dit-il. De véritables bombes à retardement, selon lui. Pour l’heure, les amendes sont peu nombreuses contre ces persona non grata. Mais, lorsque les PV vont pleuvoir, en 2026, avec l’installation annoncée de nouveaux radars, ce dispositif va générer, selon lui, un véritable vent de colère à travers le pays. « Il ne pourra en être autrement », prophétise Alexandre Jardin, qui voit monter la tornade sociale dans le pays. À la manière du mouvement des « gilets jaunes » qui, à partir de 2018 et pendant près de deux ans, avait été à l’origine de violentes manifestations en France.
Les similitudes entre ces deux colères sont troublantes. Le premier point commun : la voiture. Aujourd’hui, l’accès aux centres-villes est en cause ; en 2018, c’est la hausse du prix de l’essence qui avait mis le feu aux poudres et poussé le pays au bord de l’insurrection. Comme il y a sept ans, le rejet est fort et la mobilisation s’installe mollement. Or on connaît les suites pour 2018 : deux ans de blocages, de manifestations et de bâtiments détruits.
Qu’en sera-t-il pour ce nouveau mouvement qui, comme les « gilets jaunes », se sert beaucoup du web pour exprimer sa colère. Le site Les Gueux ZFE lance désormais des appels à la lutte ainsi que des appels à témoigner « de sa vie en ZFE ». Le même site, qui prône la contestation pacifique, demande aussi à chacun d’interpeller son maire en lui adressant un courrier type mis à disposition, où il est notamment écrit : « N’ayant pas l’intention de devenir un(e) sous-citoyen(ne) cloîtré(e), banni(e) de notre société alors que je suis un(e) citoyen(ne) honnête, je vous demande protection. Pourriez-vous d’urgence prendre rendez-vous avec le préfet pour lui dire que la République, c’est l’inclusion de tous, qu’il m’est dans la réalité impossible de respecter la loi qui crée les ZFE ? »
Cet élan « gueux ZFE » va-t-il connaître le même essor que la vague « gilets jaunes » ? Avant que le pays ne s’enflamme, Alexandre Jardin espère un sursaut des responsables politiques et des maires pour faire barrage au dispositif.
«800 sont Crit’Air 3»
L’un d’eux, Laurent Jaoul, le maire sans étiquette de Saint-Brès (Hérault), vient d’obtenir, dit-il, « une victoire inespérée » concernant la ZFE touchant sa commune. Il a « fait tomber la ZFE de l’agglomération de Montpellier », assure-t-il. Cette dernière vient en effet de suspendre, jusqu’en 2027, les contraventions qui devaient frapper les contrevenants dès janvier. Un moratoire qui serait le résultat de son combat, s’enorgueillit Laurent Jaoul.
« J’ai écouté les citoyens de ma commune, tous affolés par des règles de plus en plus contraignantes qui allaient s’imposer, explique-t-il. En plus des voitures non classées des Crit’Air 5 et des Crit’Air 4, les voitures Crit’Air 3 (les véhicules à essence immatriculés avant 2006 et les véhicules diesels immatriculés avant 2011, ndlr) sont visées par l’interdiction depuis janvier dernier. Soit des centaines de véhicules concernés. Sur les 2000 cartes grises recensées dans ma ville, 800 sont Crit’Air 3 et plus. Ma commune a alors voté une délibération pour s’y opposer. »
L’élu a ensuite fait le tour des 30 autres maires de la métropole concernés par la ZFE pour les inciter à faire de même. Huit s’y sont refusés. « Mais, sous la pression des 22 autres, qui se sont ralliés à ma position, on a obtenu ce report. Ce n’était pas gagné, car Michaël Delafosse, le président socialiste de la métropole, et ses alliés écologistes voulaient mordicus garder le calendrier prévu. Aujourd’hui, je passe pour un héros dans la région ! »
Du côté de la métropole, on assure que, même sans l’action du maire de Saint-Brès, le moratoire avait été décidé. « Ils se raccrochent aux branches comme ils peuvent pour ne pas perdre la face ! », s’exclame Laurent Jaoul.
Changer ses règles
D’autres maires pourraient suivre son chemin. « Car, dans un an, ce sont les municipales, et des élus pourraient perdre leur poste s’ils se disent favorables aux ZFE », avertit Alexandre Jardin, qui n’aurait jamais songé à plonger, il y a quelques mois seulement, dans le bouillon politique. Mais, déterminé, il n’écarte pas l’idée de créer un hashtag #Ségrégation pour dénoncer les élus locaux favorables aux ZFE, lesquelles sont par ailleurs attaquées devant la justice par des particuliers et des associations. Plusieurs recours ont à ce jour été déposés devant les tribunaux.
Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de maires qui défendent ce dispositif
Sylvain Carrière, député LFI de l’Hérault, à l’origine d’une proposition de loi (PPL) pour demander sa suspension
« Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de maires qui défendent ce dispositif », assure Sylvain Carrière, député LFI de l’Hérault, à l’origine d’une proposition de loi (PPL) pour demander sa suspension. Cette dernière « doit être maintenue tant que des modes de déplacement alternatifs suffisants ne sont pas mis en place. On ne peut pas demander à une personne de ne plus prendre sa voiture pour aller travailler si, à la place, on ne lui propose pas un bus ou un train », défend-il.
Pour changer ces règles, plusieurs PPL, portées par d’autres partis, sont dans les tuyaux : le signe que la ZFE - avec son mode d’emploi différent d’un territoire à l’autre, ses dérogations à la pelle, ses vignettes indiquant qu’un véhicule est polluant sans tenir compte de son entretien - fait l’unanimité contre elle.
«Trouver un équilibre différent»
La députée de la Loire Sylvie Bonnet (Droite républicaine) réclame pour sa part un moratoire de cinq ans. Car tout a été fait dans une telle précipitation, fait-elle observer dans un texte présentant sa proposition de loi, que les élus, sitôt après avoir fait un pas en avant, en font un en arrière. Parmi tant d’autres, le cas de la métropole de Dijon, cité par la députée, est édifiant. L’article premier de l’arrêté ZFE dispose qu’« à compter du 1er janvier 2025 l’ensemble des voies de circulation de la métropole de Dijon, situé à l’intérieur de la rocade, est dorénavant inclus en zone à faibles émissions mobilités ».
Mais l’article 3 suspend l’application en ces termes : « De manière temporaire, la mesure instaurée à l’article premier ne s’applique pas, à titre dérogatoire, à l’ensemble des véhicules. » Doutant par ailleurs de l’efficacité de cette politique, la parlementaire fait observer que la pollution atmosphérique s’est améliorée sans les ZFE : « Le site mieuxrespirerenville.gouv.fr souligne que, sur les vingt dernières années, la qualité de l’air s’est très largement améliorée en France », écrit-elle.
Face à ce dispositif « absurde », car, fait-il remarquer, « un SUV Crit’Air 1 sera plus polluant qu’une petite citadine Crit’Air 3 bien entretenue », le député RN du Gard Pierre Meurin opte, quant à lui, pour une position radicale. Dans une PPL, il demande l’abrogation pure et simple de tous ces outils. « Et qu’on ne dise pas que l’on est tenu par l’Europe. Celle-ci impose une obligation de résultat pour faire baisser la pollution de l’air et non une obligation de moyens », assure-t-il.
Cette rébellion contre les ZFE pourrait-elle signer son clap de fin ? Interrogé par Le Figaro sur leur devenir, le premier ministre, François Bayrou, semble pour le moment l’exclure. « Il y a une grande émotion venue du fait que ce sont les plus pauvres, ceux qui n’ont pas de moyens, qui habitent loin, qui vont être victimes de ces exigences. Je suis certain qu’on doit chercher et qu’on peut trouver un équilibre différent », a-t-il indiqué lors d’un entretien publié le 28 février dernier.
Mais, de son côté, Laurent Jaoul ne veut pas se contenter d’une victoire dans l’Hérault. Il prend donc la tête de la résistance et veut obtenir une abrogation généralisée. « Avec @AlexandreJardin, nous menons désormais le combat au niveau national », écrit-il sur le réseau social X, en ajoutant : « On ne peut pas faire la chasse aux pauvres dans les villes pour faire respirer les riches ! »
L' Allemagne supprime ses ZFE
- LeGrandNoir
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Re: L' Allemagne supprime ses ZFE
À force de contestation, les zones à faibles émissions vont-elles bientôt rendre leur dernier souffle ?
“Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes." Jacques-Bénigne Bossuet.