Sous ce titre paraît en ce mois d'octobre, aux Presses de Sciences Po, un volumineux ouvrage (plus de 600 pages) résumant l'état des savoirs sur un parti qui, de diabolisé et marginalisé, ambitionne désormais de se placer au centre du jeu politique et d'accéder au pouvoir, notamment à l'occasion des élections régionales des 6 et 13 décembre..
Ce livre codirigé par Sylvain Crépon, Alexandre Dézé et Nonna Mayer contient notamment plusieurs textes signés de contributeurs de Slate: Jean-Yves Camus sur le FN et la «Nouvelle Droite», Nicolas Lebourg sur le FN et la galaxie des extrêmes droites radicales ou le renouvellement du militantisme frontiste, Gaël Brustier et Fabien Escalona sur la gauche et la droite face au FN ou encore Joël Gombin sur la géographie électorale du parti. Nous publions ci-dessous, avec son aimable autorisation et celle des coordinateurs de l'ouvrage, le texte de Jérôme Fourquet (

" La victoire du FN au second tour des municipales de mars 2014 dans le 7e secteur de Marseille, regroupant une partie des fameux quartiers nord, a fait dire à nombre de commentateurs que le parti frontiste avait opéré une percée dans l’électorat des cités issu de l’immigration maghrébine; sous l’effet conjugué de l’insécurité, des trafics, des difficultés sociales et de la «dédiabolisation» à l’œuvre depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, les cités voteraient désormais FN... Quelques mois plus tard, en juillet 2014, sur fond de tensions ravivées par le conflit à Gaza et les violences aux abords des synagogues à Paris et à Sarcelles, Marine Le Pen déclarait que, si la Ligue de défense juive existe, c’est «parce qu’un grand nombre de juifs se sentent menacés», ces propos venant rappeler que la présidente du FN a opté depuis 2012 pour une stratégie de séduction et de rapprochement en direction de l’électorat juif.
Lors de la campagne présidentielle, elle a pris en effet plusieurs fois position contre ce qu’elle appelle l’«antisémitisme islamique», présentant le FN comme un rempart destiné à protéger cette population des agressions et des tensions communautaires auxquelles elle est exposée dans certains quartiers. Différents articles de presse indiquent à l’époque que, «selon des évaluations internes à la communauté juive», Marine Le Pen aurait obtenu 7 à 8% des voix dans l’électorat juif.
Les enjeux symboliques, politiques mais aussi scientifiques soulevés par ces sujets sont considérables. On pourrait voir en effet dans les bons scores du FN auprès de l’électorat issu de l’immigration maghrébine, qui constitue la majorité de l’électorat musulman, mais aussi de l’électorat de confession juive, un indicateur (parmi d’autres) de la réussite de sa stratégie de dédiabolisation. Il convient donc de se pencher de manière rigoureuse sur cette question. [Cliquer ici pour lire la note méthodologique]
Un verrou qui a partiellement sauté
Les données d’enquêtes cumulées de l’Ifop sur le vote de l’électorat de confession juive à l’élection présidentielle de 2002 montrent que ce vote hétérogène est en phase avec celui de l’ensemble du corps électoral, avec un rapport de force gauche-droite très proche de la moyenne nationale. La diversité du vote juif était encore observable lors de la présidentielle de 2007, mais l’ensemble des candidats de gauche recueillirent auprès de cette population un score moins important que dans l’ensemble du corps électoral, quand la droite, elle, «surperformait».
Ce tropisme droitier semble avoir été en gestation depuis longtemps puisque, après avoir majoritairement voté à gauche en 1981 et 1988, cet électorat bascula majoritairement à droite en 1995 au second tour, comme une bonne partie du corps électoral français."