Le ministre veut passer à la loupe blogs et forums de discussion.

La formulation aussi directe que maladroite risque de creuser un peu plus le fossé entre le ministre de l'Éducation et le milieu enseignant. Xavier Darcos vient de lancer un appel d'offre commun avec le ministère de la Recherche intitulé « Veille de l'opinion » qui vise à surveiller toutes les sources d'information, les blogs et autres forums de discussion où s'expriment les profs. Dans ce marché public qui émane de la délégation à la communication de Xavier Darcos, le cahier des charges fixe des règles très claires. Le prestataire qui sera retenu à l'issue de cette consultation se voit fixer plusieurs objectifs : « Repérer les leaders d'opinion, les lanceurs d'alerte, analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau, décrypter les sources de débats et leurs modes de propagation, anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise… »
En fait, le ministère veut être au courant en temps réel de tout ce qui peut agiter l'opinion et faire germer la contestation. Au-delà de la seule presse écrite, il s'agit de passer au peigne fin les sites de syndicats ou de partis, mais aussi toutes les vidéos, les pétitions en ligne, les appels à démission qui, précise le texte, « doivent être suivis avec une attention particulière et signalés en temps réel ».
En somme, le ministère passe en « mode alerte » en espérant disposer au plus vite de toutes les informations stratégiques en essayant d'anticiper les mouvements de mécontentement pour tenter de les désamorcer plus vite. Cette veille informatique qui doit prendre effet au 1er janvier, sera payée 220 000 € par an à son prestataire. Trop cher, disent les syndicats qui déplorent par ailleurs les milliers de suppressions d'emplois et les coupes claires dans les crédits budgétaires. « Il n'est pas question de ficher les profs, mais de connaître plus finement la façon dont les enseignants perçoivent la politique de leur ministre », a expliqué le cabinet de Xavier Darcos.
Les enseignants, eux, en sont peu convaincus et l'ont rappelé en chœur hier.
Appel d'offre. Xavier Darcos s'adresse à des sociétés privées pour pouvoir scruter tous les canaux d'information et identifier les leaders d'opinion chez les profs.
Syndicats. Mais cette « veille» coûteuse suscite de vives réactions à l'heure des réductions d'effectifs.