
Dénonçant un salut nazi réalisé par Steve Bannon à la CPAC, grand rassemblement annuel de conservateurs, le président du Rassemblement national a annulé à la dernière minute son intervention, alors qu’il espérait mettre en scène son rapprochement avec le trumpisme.
C’est le temple des casquettes rouges et du drapeau américain. A quelques kilomètres de Washington, dans un immense centre de convention bordé par la rivière Potomac, l’ambiance est à la fête. Les enceintes crachent un YMCA dans la salle, les basses font presque trembler les chaises pendant qu’un jeu de lumière balaie le public en train de se déhancher. La CPAC, grand rassemblement annuel de conservateurs, célèbre cette année le retour de Donald Trump au pouvoir, tout juste un mois après le début de son second mandat.
Goodies à l’effigie de Donald Trump
Les personnalités conservatrices se succèdent sur scène pendant trois jours. Le vice-président J. D. Vance a ouvert le bal jeudi matin, suivi par un Elon Musk muni d’une tronçonneuse tout juste offerte par le président argentin, Javier Milei. Samedi, jour de clôture de la grand-messe républicaine – une messe est réellement célébrée chaque matin à la convention – Donald Trump en personne est attendu pour terminer en beauté le rassemblement.
Vendredi, les stands à sa gloire sont nombreux. Comme celui de Sandy Schoepke, américaine de 67 ans venue de Géorgie pour vendre des vestes pailletées de toutes les couleurs floquées d’un «Trump» en lettres capitales. «C’est tellement excitant d’être ici», sourit-elle, les cheveux blancs coupés court. «L’espoir est revenu, souffle la sexagénaire, qui vient pour la première fois à la CPAC. Ça fait du bien de voir l’enthousiasme du public.» A ses côtés, d’autres stands proposent des goodies à l’effigie du président républicain.
A l’étage du dessus, sur scène, Kari Lake, journaliste et femme politique nommée par Donald Trump pour présider la chaîne Voice of America, électrise la salle principale : «On dort beaucoup mieux maintenant, non ?» «Quel merveilleux mois nous avons eu, c’est Noël tous les jours», clame-t-elle. Si les intervenants sont principalement américains, quelques Européens se sont joints à la fête, dont l’ancienne Première ministre britannique Liz Truss et le chef du parti d’extrême droite espagnol Vox, Santiago Abascal. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et le Premier ministre slovaque, Robert Fico, sont eux aussi à l’agenda. Côté français, on attendait la prise de parole de Jordan Bardella prévue vendredi. Mais le président du Rassemblement National a annulé le jour même.
«Vent de liberté et de patriotisme»
«A cette tribune, [jeudi], alors que je n’étais pas présent dans la salle, l’un des intervenants s’est permis, par provocation, un geste faisant référence à l’idéologie nazie. Par conséquent, j’ai pris la décision immédiate d’annuler mon intervention prévue cet après-midi lors de l’événement», a indiqué l’eurodéputé dans un communiqué dans la matinée. Le message fait directement référence à Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump monté sur scène la veille. «Battez-vous, battez-vous, battez-vous», a lancé l’homme politique avant d’ostensiblement faire un salut nazi suivi d’un hochement de tête et d’un «amen».
Croisé dans l’une des allées de la CPAC par une journaliste du Point, Steve Bannon a démenti vendredi avoir fait un geste nazi. «C’est un salut de la main, j’ai fait ce même geste au Front National il y a sept ans quand j’ai donné un discours devant eux», balaie l’ancien conseiller du président américain, en référence à son intervention au congrès du parti français à Lille en 2018. «S’il a annulé à cause de ce qu’a dit la presse mainstream sur mon discours, il n’est pas digne de diriger la France, a taclé Steve Bannon. C’est un garçon, pas un homme. S’il s’en préoccupe autant et qu’il se pisse dessus comme un petit garçon, il n’est pas digne de diriger la France.»
La scène de la CPAC n’aura donc pas vu Jordan Bardella. Petit aperçu de ce qu’aurait pu être son discours : son interview donnée à la chaîne américaine conservatrice Newsmax jeudi soir. Interrogé sur ce que signifie la victoire de Donald Trump pour les démocraties européennes, Jordan Bardella évoque le «vent de liberté et de patriotisme» qu’il représente. «[Trump] défend les intérêts de son pays et démontre qu’en politique, il ne suffit pas de parler. Il est possible d’agir, et c’est un message positif et excitant pour l’ensemble du monde occidental, a-t-il assuré via un traducteur. Nous réconcilions les citoyens avec la politique et les replaçons au centre des grandes décisions politiques.»
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