
Y a des relais ici? Non! bien sûr.https://www.lemonde.fr/pixels/article/2 ... 08996.html
Il est 22 heures, le 18 janvier, quand la revue de presse d’extrême droite Fdesouche relaie sur le réseau social X une intervention de Marion Maréchal sur la chaîne de télévision CNews. En vidéo, l’eurodéputée française (Identité-Libertés) dénonce les accusations d’ingérence étrangère qui pèsent alors sur Elon Musk, estimant que personne à gauche ne s’insurge contre les financements privés dont bénéficient divers organismes en Europe et aux Etats-Unis grâce à un autre milliardaire, George Soros – celui-là même que le patron de Tesla invective régulièrement sur sa plateforme, en usant de sous-entendus antisémites.
Une trentaine de minutes plus tard, Pierre Sautarel, fondateur de Fdesouche, revient à la charge avec la même vidéo, cette fois sous-titrée en anglais. Dans cette publication, elle aussi rédigée dans la langue de Shakespeare, il mentionne directement le compte officiel d’Elon Musk pour l’interpeller. Qu’importe si l’intéressé ne répond pas, le militant identitaire s’est trouvé là un nouvel objectif : attirer l’attention du propriétaire de X et de ses troupes virtuelles. Dans la nuit, il lance Fdesouche.com in English, un compte sur lequel il publie des traductions de ses tweets les plus à même d’intéresser un public anglophone. Espérant peut-être rejoindre le club très fermé des quelques comptes X qui servent à Elon Musk de sources d’information sur l’actualité européenne.
Pierre Sautarel est loin d’être le seul, à l’extrême droite, à rechercher la considération en ligne du milliardaire. Depuis qu’il a racheté le réseau social Twitter, en octobre 2022, Elon Musk passe une grande partie de ses journées à répondre à des internautes anonymes, en leur offrant à chaque fois une visibilité inespérée – le milliardaire compte 219 millions d’abonnés sur sa plateforme. « Les posts de Musk sont vus par des millions de personnes », explique ainsi au Monde un internaute français répondant au pseudonyme Jon de Lorraine, qui depuis quelques semaines sollicite très régulièrement l’homme d’affaires à propos de la politique française et des soupçons de manipulation du débat public européen visant X.
Devenir une source ou un interlocuteur du milliardaire
Suivies par des dizaines de milliers d’internautes sur X, des figures de l’extrême droite ou du conspirationnisme en ligne, telles que Xavier Poussard, Bouli, Dora Moutot, Pierre Sautarel, ou encore Bleu blanc rouge, s’essaient ainsi à l’anglais afin d’attirer l’attention d’Elon Musk, laquelle est de plus en plus tournée vers l’Europe.
En l’espace de trois mois, le patron de Tesla s’est en effet successivement pris de passion pour les politiques roumaine, après l’annulation du scrutin présidentiel, britannique, en adoubant l’influenceur d’extrême droite Tommy Robinson et en faisant ressurgir l’affaire dite des « grooming gangs », et allemande, à l’occasion des élections fédérales dans le cadre desquelles il a publiquement soutenu la candidate d’extrême droite de l’AfD, Alice Weidel. Avec, à chaque fois, une influence réelle sur les débats – voire les résultats électoraux – nationaux.
Ces leaders d’opinion français en sont persuadés : le milliardaire finira un jour ou l’autre par s’intéresser à la France. Avec ces appels à l’aide, ils se placent en tant que potentiel interlocuteur privilégié, le moment venu. « S’il observait les dérives illibérales en Europe – censure accrue, indépendance judiciaire menacée, mépris des votes populaires –, cela pourrait amplifier le débat », croit aussi Pierre Sautarel, joint par Le Monde, affirmant que Fdesouche.com in English « touche un public international, dont Musk et ses soutiens, comme les presses d’Amsterdam propageaient les écrits autrefois ».
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A ces fins, les voilà donc qui le hèlent sur des sujets divers et variés, lesquels correspondent en tous points aux propres chevaux de bataille d’Elon Musk. Sur la liberté d’expression, le compte « Parti mileiste français » lui écrit, le 20 février : « Le gouvernement français paye des experts des réseaux sociaux avec l’argent des contribuables pour surveiller des “comptes X pro-Milei et pro-liberté d’expression” (…). La démocratie européenne est en danger. » Même chose au sujet du non-renouvellement de l’autorisation de diffusion de C8 sur la TNT, présenté au propriétaire de X par de nombreux comptes français comme une « censure » politique.
Une Sarah Knafo affairée
Elon Musk est interpellé, pêle-mêle, sur l’immigration : « Elon, s’il vous plaît, vous devez parler de l’immigration illégale en France et du fait que les lois européennes sont un cauchemar pour nous », implore une utilisatrice de X ; sur le « virus woke » : « Nous voulons Giorgia [Meloni] en France. La civilisation française est en train de disparaître avec Macron et l’extrême gauche woke. SOS ! », s’exclame un autre ; sur sa propre plateforme : « Ils veulent vous bannir et vous insultent », écrit un internaute ; et même sur Xavier Niel (actionnaire à titre individuel du Groupe Le Monde) après que, sur France 2, celui-ci a dit du fondateur de SpaceX qu’il était « le plus grand entrepreneur du monde » mais aussi « peut-être parfois un connard » : « Allez-vous laisser passer ça ? », interroge un dernier.
Depuis quelques semaines, Elon Musk est aussi sollicité à propos de l’aide au développement européenne et française, miroir transatlantique de sa charge contre l’Usaid, qui a mené au démantèlement de l’agence gouvernementale chargée de l’aide humanitaire et du développement économique à l’étranger.
Sur ce dernier point, c’est Sarah Knafo, la représentante du parti d’extrême droite Reconquête ! au Parlement européen, qui prend les devants, toujours en langue anglaise. Sous une publication de l’homme d’affaires relayant son projet de « rendre à l’Europe sa grandeur », l’élue lui partage, le 14 février, une vidéo d’elle-même, traduite à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, dans laquelle elle salue l’action du milliardaire et de son département de l’efficacité gouvernementale et copie-colle sa rhétorique sur des dépenses de la Commission européenne jugées illégitimes.
Sarah Knafo, qui cherche à exister sur la scène internationale et s’affiche depuis peu avec la galaxie libertarienne d’extrême droite – elle a récemment diffusé une photo d’elle avec Javier Milei –, n’en est pas à son coup d’essai. Début novembre 2024, elle avait publiquement soutenu la réélection de Donald Trump dans une vidéo similaire, mentionnant encore le propriétaire de X. Parmi les internautes français qui apostrophent ce dernier, un grand nombre vantent la figure de l’eurodéputée, la préférant à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella. L’intéressée espère-t-elle une forme d’adoubement politique de la part d’Elon Musk ? Contactée par Le Monde, l’équipe de Sarah Knafo n’a pas donné suite.
Alors nous les vrais patriotes, on ne vendra la France ni à Musk, ni à Poutine. Et encore moins l'Ukraine.