Comme quoi Apathie...
Guerre d’Algérie : France Télévisions revient sur sa décision de déprogrammer un documentaire sur l’usage des armes chimiques par la France
Ce 11 mars, dans la matinée, France Télévisions a annoncé déprogrammer le documentaire Algérie, Sections Armes Spéciales, initialement prévu sur France 5, le 16 mars.
Sous la pression, le service public de l’audiovisuel le rend finalement disponible sur sa plateforme en accès gratuit. Dans un entretien, réalisé en vue de sa diffusion, l’historien et coréalisateur du film Christophe Lafaye s’inquiétait justement des difficultés de travailler sur le sujet.
L’annonce par communiqué de France Télévisions de déprogrammer le documentaire, Algérie, Sections Armes Spéciales, a eu l’effet d’un coup de tonnerre.
Dans le contexte diplomatique entre la France et l’Algérie et des graves polémiques suscitées notamment par l’affaire Apathie, le choix de ne pas diffuser le premier film qui révèle la guerre chimique menée par la France posait en effet de sérieuses questions.
Dans son communiqué, France Télévisions a justifié la déprogrammation des documentaires initialement prévus en soirée le 16 mars, par la nécessité de se consacrer à l’actualité entre les États-Unis et la Russie. Mais alors que le film d’Édith Bouvier, qui devait passer en prime time sur France 5, Syrie : la chute du clan Assad, a reçu dans la foulée une nouvelle date de diffusion, le 23 mars prochain, la boîte de production du documentaire Algérie, Sections Armes Spéciales est restée, elle, sans aucune proposition.
Après une journée de pression exercée par l’ensemble de l’opinion française et algérienne, le service de l’audiovisuel public a finalement pris la décision de mettre le film gratuitement sur sa plateforme France.tv. Il sera disponible dès ce 12 mars.
Selon nos informations, il devrait le reprogrammer à l’antenne prochainement, la date reste encore inconnue.
À l’origine de ce travail l’historien, Christophe Lafaye et la documentariste, Claire Billet ont mené l’enquête ensemble. Le chercheur, qui était aussi officier de réserve, se consacre à ce sujet d’étude depuis le début des années 2010.
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À ce sujet, le débat public a été agité récemment par la déclaration de Jean-Michel Aphatie : « En Algérie, il y a des milliers d’Oradour-sur-Glane ». Comment analysez-vous cet épisode ?
C’est une évidence historique, pas un historien sérieux ne le contredira.
En Algérie, il y a eu des massacres depuis les débuts de la conquête coloniale jusqu’à l’indépendance. Mais ce type de prise de parole médiatique permet-elle pour autant d’avancer dans le débat ?
Elle a fait hurler l’extrême droite et a fait réagir l’extrême gauche, mais elle ne permet pas d’améliorer la compréhension des Français sur la nature réelle de cette guerre coloniale.
Il faudrait pour cela détailler le type de crime, à quel moment, avec quelle motivation et méthode. Là, on avancerait. Cela nécessiterait de donner la parole dans l’espace public aux spécialistes qui travaillent sur ce sujet. Ce n’est pas le cas.
Si le débat se concentrait sur le fond, nous comprendrions à quel point cette guerre coloniale a été horrible.
Parce que dès l’origine, elle se fonde sur un racisme et sur une considération moindre, et c’est un euphémisme, pour les Algériens.
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