Kelenner a écrit : 08 janvier 2020 14:10
En fait tu confonds, volontairement je pense, le fait d’être choqué avec le manque de respect. On est bien sûr en droit d’être choqué par certaines caricatures de Charlie Hebdo, tout comme je le suis régulièrement par l’étalage public indécent de stupidités religieuses qui sont une insulte à l’intelligence - et qui n’ont même pas l’excuse de l’humour et du second degré, ce qui les rend encore plus consternantes. Ce déballage obscurantiste me choque, mais je le tolère tant qu’il ne devient pas agressif, tout comme les religieux susceptibles doivent accepter que tout le monde ne partage pas leurs croyances et puissent le dire ouvertement. Mais Charlie Hebdo, contrairement à d’autres, n’a jamais pointé du doigt les individus de quelque religion, origine, croyance que ce soit -hormis les abrutis finis frontistes, islamistes, racistes qui sont le cancer de l’humanité. Ils ont revendiqué leur droit de rire de tout sans restriction, quitte à faire réagir, ce qui est la base d’un humour de qualité - ce qui ne choque pas n’est généralement pas drôle ni pertinent. Ils ont fait preuve d’un grand courage, avec très peu de soutien, là où règne la lâcheté, par peur ou complaisance avec les pires ordures de la Terre. Il n’y a pas de demi mesure sur ce sujet, tu es avec les terroristes qui veulent faire taire à jamais ceux qui les dérangent, ou tu es contre eux.
Je pense, sans vouloir être offensant, que vous ne pouvez saisir le fait que choqué et manque de respect sont parfois consubstantiel et que cela est pleinement le cas dans cette affaire. Si vous ne pouvez pas saisir cela, ce n'est pas par manque de volonté de votre part mais c'est, je pense, parce que vous n'êtes pas Musulman et que vous ne pouvez pas comprendre que, pour des Musulmans, ce qui relève du domaine du religieux est sacré (au même titre que les parents par-exemple) et que s'en moquer, qu'insulter c'est comme voir sa Mère se faire insulter et qu'en conséquence, des Musulmans considèrent ces railleries comme un manque de respect et sont choqués de celles-ci.
Que vous soyez d'accord avec le fait que le droit au manque de respect doit être possible dans notre société est une chose (bien que, j'imagine, vous le désapprouvez dès lors que cela s'applique à vous-même, à moins que vous ne soyez particulièrement tolérant avec ceux vous manquant de respect ouvertement par respect pour leur droit à celui-ci) mais le problème qui va se poser est : "où sont les limites ?" "Dans quelle mesure peut-on manquer de respect au gens ?" "Est-ce acceptable jusqu'à ce que cela touche un nombre déterminé de personnes ?" "Qu'est-ce qui relève du manque de respect tolérable ?"
Vous constaterez alors qu'il y aura autant de réponses qu'il n'y a de personnes pour les formuler et en conséquence se poseront 3 choix :
- Soit l'on se respecte les uns les autres et tout le monde consent à faire des efforts dans ce sens.
- Soit le droit au manque de respect est total et chacun est en mesure de dire ce qu'il désire sans aucune restriction (et ce dans tous les cadres, y compris au travail par-exemple).
- Soit les bornes applicables au droit au manque de respect sont discrétionnairement choisies par une autorité.
En ce qui me concerne j'ai fait le premier choix et dans la mesure où je n'aimerais pas que l'on me manque de respect, je m'abstiens de le faire envers mon prochain, nonobstant le fait que cela puisse faire rire la terre entière (point de joie dans la souffrance d'autrui).