Olga a écrit : Mais tu ne comprends pas, c'est notre âme qui s'en va si nous devions lire la nouvelle orthographe. En fait je comprends l'idée, mais c'est une culture qui s'est ainsi encrée et aujourd'hui aucun de ceux qui aiment lire les mots tels qu'ils sont ne voudront aller les voir scellés dans l'histoire au Musée dans quelques décennies.
Les sociétés ont mille et une raisons peu logiques. Certains ont coutume de faire noël, certains ont coutume de sacraliser la vache à l'extrême, d'autres prient en latin, d'autres décident de vivre différemment de nous. Ce sont des habitudes que les individus vivent sans les comprendre parfois, elles ont été transmises. La réforme sera pour les nouveaux, les autres, les anciens, par habitude et parce que Orthograf.fr ne détient pas la réponse existentielle du monde avec ses petits historiques de la langue, resteront avec leur orthographe illogique, mais c'est leur univers, il n'y a pas d'histoire de manipulation.
Si orthograf.fr entreprend de réformer tout ce qu'il y a d'illogique et de complexe dans ce qu'a créé l'homme au fil du temps, orthograf.fr détruira un univers. Et inutile de me bassiner avec la diabolisation, les historiques preuves du Français, et les petites phrases bien concoctées.
C'est un charme la complexité de la langue. Et je sais avant telle date c'était plus simple blablabla...
D'ailleurs, comme le Français n'est pas mon domaine (mais rassurez-vous, vous non plus

) et que je n'ai pas vraiment d'arguments plus sincères j'aimerais bien connaitre l'avis de vos opposants, des grands auteurs et d'autres professeurs. Mettez ici les arguments les plus poignants qui vous ont le plus posé problème et qui réfutent votre approche. Je ne veux pas lire les médiocrités que quelques anonymes ont postés sur le net, je pense que la sphère des grands auteurs s'est senti touchée avec votre réforme, il doit bien en rester quelques miettes dans vos souvenirs.
Réponse au premier paragraphe
- la culture ancrée ou encrée, s'agissant d'orthographe, c'est un jeu de mots ?
- on demande certes aux usagers un immense effort pour prendre de la hauteur: être capables d'admettre que le système d'écriture des générations futures sera plus rationnel que celui qu'ils utilisent à présent. C'est incompatible avec le nombrilisme. D'autre part, il faut compter avec le réflexe de prudence et surtout avec le réflexe institutionnel.
La remarque: " c'est notre âme qui s'en va" serait ennuyeuse à développer sur un forum. C'est de la psychologie, et le point délicat, c'est celui des idées associées aux idéogrammes, avec par exemple la prise en compte des accords grammaticaux ou de "l'étymologie". C'est vrai que la nouvelle écriture fait table rase de tout ça, étant donné qu'elle se justifie par la seule règle: l'écriture phonétique d'un message contient exactement autant d'information que le même message exprimé oralement.
Pour le maintien intégral de l'orthographe actuelle et pour celui de la coexistence des deux orthographes, tout a déjà été dit.
Réponse au dernier paragraphe:
Ce ne sont pas les arguments des adversaires qui posent problème, c'est leur absence d'arguments. Ils remplacent ça soit par ce qu'on peut appeler des aboiements, comme on vient de le voir sur ce forum, soit par de la censure.
En règle générale, les écrivains sont au-dessus de ce débat, et le problème de la réforme de l'orthographe concerne bien davantage l'Education nationale que l'Académie Française.
Aux réactions observées, il est évident que dans leur grande majorité, les enseignants de la base, d'une part, ont toute l'ouverture d'esprit souhaitable, d'autre part sont attachés au principe de la liberté d'expression. Le contraste est très marqué avec ce qu'on observe sur les grands forums internet sur lesquels, de toute évidence, la nomenklatura veille au grain.
J'ai eu tout de même l'honneur de quelques éclats de l'époustouflant Paul Guth.
Ca date d'une première tentative faite en 1985. Le seul tract que j'avais produit à l'époque, intitulé "Viv la dézinvoltur!" a eu des échos dans toute la presse nationale au moment de la rentrée. Paul Guth, interviewé par Le Parisien, nous a sorti alors quelques petits bijoux de son cru:
"Vous délirez, épouvantable terroriste!",
"Ah ! Rougnon-la Bombe vous nous faites bien rire",
"Quarante fautes par page dans la meilleure copie d'une classe! (...) heureusement que notre orthographe est un des plus puissants exercices de musculation de l'esprit!"
Au total, rien que du bien sympathique. En une semaine, j'ai reçu une quarantaine de lettres, dont les trois quarts étaient des encouragements, et les autres des invectives. Les invectives étaient un régal et j'ai pu les reprendre pour ridiculiser la défense de l'orthographe, avec notamment l'intervention d'une mamie héroïque:
"Si mes petits enfants échouent à cause de l'orthographe, C'EST NORMAL, il faut bien qu'ils puissent échouer autant que les autres"
Avec les auteurs des lettres d'encouragement, j'ai réussi laborieusement à créer une association loi 1901, nommée ortograf-ADEC. La réunion constitutive s'est faite en coïncidence de date avec l'accident de Tchernobyl, vers le 1er mai 1986.
Mais le vice-président était un professionnel de l'orthographe, et, quand je parle de taupe, je n'invente rien. Il a sabordé l'association en imposant deux points qui sont d'ailleurs repris par le mouvement Ortograf.net du québécois Mario Périard, c'était
a) le refus de tout aménagement de l'alphabet
b) un militantisme qui consistait à "prouvé l mouvman an marchan".
Il est pour moi évident que la rupture avec Ortograf.net, faite fin 2008, fait sauter le seul barrage véritable, en dehors de la loi médiatique du silence sur cette question.
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