Quelle "générosité...
L’armée israélienne conseille aux Gazaouis de se déplacer dans des zones impraticables ou déclarées dangereuses
Alors que l’offensive sur la ville de Gaza a été lancée, Tsahal a désigné mercredi 27 août une quarantaine de zones pour l’accueil des Palestiniens. Elles sont en grande partie inadaptées voire classées comme dangereuses.
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Communiqué important aux habitants de la bande de Gaza, en particulier dans la ville de Gaza», annonçait mercredi 27 août le porte-parole arabophone de l’armée israélienne sur ses réseaux sociaux, alors que Tsahal intensifie ses bombardements et destructions dans le nord de l’enclave. Environ un million de Gazaouis y vivaient encore ces derniers mois, et la question de leur transfert vers le sud se pose de façon toujours plus urgente. «
Concernant les rumeurs mensongères selon lesquelles il n’y aurait pas de places disponibles dans le sud pour le déplacement de la population : à l’approche du passage à la prochaine phase de la guerre, je tiens à confirmer qu’il existe de vastes zones vides.»
Le communiqué est accompagné d’une carte de la bande de Gaza, dans laquelle ces zones supposément vides sont entourées en bleu. «L’armée a procédé à un repérage», ajoute le communiqué. D’après une analyse de CheckNews, rejoignant celle publiée par Haaretz et le chercheur israélien de l’université Ben-Gourion Yaakov Garb, une grande partie de ces zones sont en réalité situées dans des périmètres désignés comme dangereux par l’armée ou dans des endroits où il est impossible pour les déplacés de s’installer.
Jalonnées de dunes
La carte publiée par Tsahal présente une quarantaine de zones, allant de 18 000 m² à 1,4 km² chacune, pour une surface totale d’environ 6,5 km². Elles sont situées autour de Al-Mawasi, Khan Younès et Deir el-Balah. Depuis le mois de juillet, c’est à cet endroit que les 2 millions de Gazaouis sont appelés à se réfugier. Dans l’enclave, moins de 13 % des zones sont déclarées comme sûrs par l’armée israélienne.
Mais 40 % de ces espaces dits «vides» sont localisés dans le vaste périmètre classé comme dangereux depuis le 27 juillet par l’armée israélienne. Tsahal annonçait alors la mise en place d’une «pause tactique locale des activités militaires» de 10 heures à 20 heures, excepté dans cette zone (en rouge foncé dans la carte ci-dessous). «[Y] retourner vous met en danger», prévenait l’armée. Cette zone d’exclusion est toujours en vigueur, et d’après le site spécialisé Acled, l’armée israélienne y a mené un certain nombre d’opérations et plusieurs bombardements au mois d’août.
D’autres zones dites «libres» sont situées en dehors de l’espace rouge, mais ont fait l’objet, au moins une fois depuis le 18 mars et la fin du cessez-le-feu, d’un ordre d’évacuation. C’est le cas sur la côte dans les environs de Deir el-Balah, concernée par des ordres d’évacuation le 6 avril et le 20 juillet. Depuis, l’armée israélienne n’a rien publié indiquant qu’un retour des habitants dans ces quartiers était possible.
Quand ce ne sont pas des zones classées comme dangereuses par Tsahal, certains de ces espaces sont impraticables. C’est le cas de plusieurs d’entre eux situés dans le sud de l’enclave. Les zones coloriées en bleu par Tsahal sont en fait jalonnées de dunes, où il est impossible de construire quoi que ce soit. Autour des dunes, des dizaines de tentes sont déjà installées, de façon très dense, comme le montrent des images-satellites récentes fournies par Planet Labs.
Ailleurs, Tsahal invite les Gazaouis à se déplacer dans des endroits en partie déjà occupés par des constructions – immeubles, maisons ou enclos. La zone ci-dessous, localisée au sud de Nousseirat (dans le centre de l’enclave) est par exemple déjà occupée pour près de moitié par des habitations, dont notamment ce qu’il reste de l’école Shuhada de Maghazi.
Activité agricole
Il arrive enfin que les surfaces annoncées comme disponibles par l’armée soient occupées pour partie par des champs, encore récemment cultivés. D’après une analyse de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture et d’autres organes des Nations unies publiée le 29 juillet, 86,1 % de la surface cultivée à Gaza était endommagée. C’est dans le gouvernorat de Khan Younès qu’il reste le plus de cultures a priori épargnées : ce chiffre n’est que de 18,7 %.
Pourtant, l’armée israélienne semble inviter les Gazaouis à s’y déplacer. La plus grande zone colorée en bleu par l’armée israélienne, au nord de Khan Younès et représentée dans la carte ci-dessous, est en partie occupée par des champs ou des serres d’horticulture. Des images-satellites de ces derniers mois de Planet Labs permettent de constater une activité agricole encore récente.
Interrogée sur ces conclusions, Tsahal a simplement répété que «l’armée de défense appel[ait] tous les résidents à s’appuyer sur la carte régulièrement mise à jour et disponible en ligne». Carte qui montre toujours une enclave aux trois quarts rouge vif. «L’évacuation de la ville de Gaza est inévitable, a ajouté le porte-parole arabophone de l’armée dans son communiqué.
Par conséquent, chaque famille se déplaçant vers le sud recevra le maximum d’aide humanitaire.»
https://www.liberation.fr/checknews/lar ... TMABLJZUQ/
