Victor a écrit : 27 février 2023 09:19
Votre problème, c'est que vous ne faites pas la différence entre les différentes postures politiques et les réalités financières, économiques et démographiques.
Vous pensez, gros naïf que vous êtes, qu'un autre parti au pouvoir pourrait revenir sur cette réforme des retraites ..
Comme si une autre majorité au pouvoir pouvait trouver des dizaines de milliards juste en claquant des doigts ..
Et même chose sur l'immigration.
Si par malheur le RN arrivait un jour au pouvoir, il prendrait des mesures symboliques sur l'immigration, juste pour satisfaire les xénophobes de son électorat, mais sans vraiment couper l'immigration. Tout simplement parce qu'avec notre natalité en chute libre, il n'y a pas d'autres moyens que de faire venir en France de nombreux immigrés. Ce n'est pas une immense population de retraités qui vont faire "tourner" la France et encore moins financer leur pension.
Malheureusement tu ne comprends pas grand-chose en expliquant que cette réforme est une affaire de "réalité".
Il y a un point particulier de ton message qui démontre ton incompréhension profonde de la question des retraites, c'est le fait de parler de "trouver des dizaines de milliards". Discuter du financement des retraites en évoquant les valeurs nominales, c'est-à-dire les milliards d'euros, ne veut absolument rien dire. Tout simplement car les caisses de retraite se financent par le prélèvement sur le travail et sur le capital, c'est-à-dire sur la richesse produite et donc le PIB.
Parler de milliards sert juste à faire peur. Nous pourrions avoir à dépenser 10 fois plus que nos dépenses annuelles de retraite et être sans aucun "déficit" si nous produisons dans le même temps 10 fois plus de richesse. Pour être cohérent il faut discuter en pourcentage du PIB.
Nos retraites pèsent environ 15 à 16% du PIB à l'heure actuel. La question réelle de cette réforme est la suivante : quelle part de la richesse produite, c'est-à-dire du PIB, sommes nous prêts à allouer au financement des retraites ? Parler de déficit est presque contre-intuitif puisque, de manière purement technique et comptable, le financement des retraites s'effectue par des prélèvements sur le PIB et que celui-ci est largement assez grand pour financer l'ensemble des pensions.
La notion de déficit renvoie à des normes comptables (normes d'une grande importance). Les caisses de retraites sont financées par les cotisations sociales, c'est-à-dire principalement par des prélèvements sur les revenus du travail (90%, seulement 4% par les revenus du capital). Si les recettes ne sont pas assez importantes alors les réserves de retraite ou le budget de l'Etat prend le relais.
Oui oui, à l'instar des cotisations sociales, le budget de l'Etat est également un prélèvement sur le PIB mais cette fois-ci principalement sur la consommation (TVA) et les impôts sur le revenu.
Le COR a fait un énorme travail mais, bien sûr, ils ne sont pas voyants. Déjà ils distinguent parfaitement les deux normes comptables concurrentes politiquement. Les deux normes sont la norme EPR (Equilibre Permanent des Régimes) et EEC (Effort de l'Etat Constant), elles illustrent deux visions d'intervention de l'Etat. Dans l'EPR, l'Etat fait le minimum légal (l'Etat doit obligatoirement financer l'équilibre des retraites des fonctionnaires, ça représente environ 2% du PIB), c'est la norme que choisi le gouvernement pour justifier sa réforme (mais sans discuter de la norme choisie, bien évidemment). Dans EEC, l'Etat maintient son effort actuel.
Ensuite, le COR montre que les dépenses de retraite vont se stabiliser en pourcentage du PIB. Même en partant sur le scénario le plus pessimiste, il estime que les retraites pèseront 15% du PIB d'ici 2070. Pour cela le COR retient plusieurs variables comme par exemple le "combo" âge de départ/espérance de vie. A l'heure actuel, l'âge de départ augmente déjà mécaniquement à cause de la réforme Touraine (43 annuités requises) qui nous mène déjà vers un départ moyen à 64 ans. Effectivement, cela peut paraitre contre intuitif mais on se dirige déjà vers un départ moyen à 64 ans puisque le départ nécessite 2 choses : 43 ans de cotisations (contre 40 ans avant la réforme Touraine, nous pouvons l'applaudir

) mais également minimum 62 ans (pour le moment). Les jeunes font de plus en plus d'études donc cela va faire mécaniquement reculer l'âge de départ à 64 ans en moyenne, cependant le gouvernement n'est pas rassasié et propose d'encore augmenter la moyenne. Les classes populaires devront cotiser parfois jusqu'à 46 ans (dans le cas d'un démarrage professionnel à 18 ans).
Le COR envisage une stabilisation démographique assez rapide puisque la génération des babyboomers sera enterrée d'ici 20 à 30 ans. On va rapidement avoir autant d'entrant sur le marché du travail que de départ à la retraite.
De plus, le ratio nombre de travailleurs/nombre de retraités est illusoire. Ce n'est pas pour rien que l'autre abruti d'Elon Musk a repris cet argument... En réalité, c'est le PIB qui est ponctionné et un travailleur demain produira sans doute davantage qu'un travailleur aujourd'hui (gains de productivité).
En gros, le recul de l'âge de départ (réforme Touraine), la stabilisation du taux jeunes/anciens, l'augmentation de la productivité et la baisse du niveau de vie des retraités (dû aux précédentes réformes qui sont progressivement effectives) font que les dépenses en pourcentage du PIB se stabilisent.
Bien évidemment le COR n'est pas devin, il s'est déjà trompé puisque nos dépenses de retraite sont mieux contrôlées que ce qu'il avait prévu il y a de cela quelques années (ce qui ne signifie pas que cela ira encore dans le même sens). En effet, pour prédire parfaitement l'avenir des retraites il faut prédire le PIB, le taux de chômage, la productivité, l'évolution du SMIC, l'évolution de la population, l'espérance de vie, l'inflation et même les risques climatiques. Le rapport du COR sert à fournir un modèle que l'on peut tripoter en faisant jouer de multiples variables pour produire des trajectoires différentes.
En d'autres termes, la naïveté se trouve de ton côté. A partir du moment où tu considères les propos du gouvernement comme étant autre chose que des éléments de langage dont le seul intérêt est la communication de basse politique alors tu ne peux pas être autre chose qu'un naïf. "Si on veut préserver notre beau régime de retraite (#émotion) alors on doit augmenter l'âge de départ (#technique)", franchement c'est à hurler de rire. L'écrasante majorité des économistes, y compris libéraux de droite, ne trouvent aucune justification autre que politique à cette réforme.
Ce gouvernement est un gouvernement de bonimenteurs qui détruisent tout, y compris le sens des mots.
Par exemple, Macron a d’abord dit : "Est-ce qu’il faut faire reculer l’âge légal qui est aujourd’hui à 62 ans ? Je ne crois pas. Tant qu’on n’a pas réglé le problème du chômage dans notre pays, franchement ça serait hypocrite". Puis il a dit : "La réforme des retraites est indispensable, elle est vitale". Il a d’abord dit : "Nombre de nos compatriotes ont voté pour moi, non pour soutenir les idées que je porte mais pour faire barrage à l’extrême-droite. J’ai conscience que ce vote m’oblige à l’avenir". Puis il a dit : "On ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu d’élections il y a quelques mois. C’est une réforme qui a été démocratiquement validée". Macron est un homme dangereux qui vit dans une réalité psychique parallèle, nous serions 10 millions dans les rues qu'il continuerait le regard halluciné à poursuivre ses vérités du moment.
Oui, je méprise ce gouvernement, Macron et ceux qui, comme toi, participent à justifier ce cirque.