« On veut le fascisme », « je soutiens Hitler » : Mediapart révèle les messages néonazis de Quentin Deranque sur les réseaux sociaux
Le site d’investigation a authentifié trois comptes X comme appartenant au militant nationaliste, mort de ses blessures après une rixe en février à Lyon. Les milliers de messages postés témoignent de « l’étendue de sa pensée raciste et antisémite », teintée de « glorification du fascisme et nostalgie du nazisme »
« On veut le fascisme », « je soutiens Adolf », « mort totale des nègres »… les propos sont sans équivoque. Ils sont, selon Mediapart, ceux de Quentin Deranque, militant nationaliste de 23 ans mort après avoir été frappé par des antifascistes à Lyon le 12 février dernier lors d’une rixe. Dans une longue enquête publiée ce jeudi, le site d’investigation retrace le parcours militant du jeune homme, loin du portrait d’intellectuel catholique « non-violent » dressé par plusieurs de ses proches au lendemain de sa mort.
Pour comprendre la philosophie qui animait le militant identitaire, le site d’investigation a notamment enquêté sur sa vie numérique et exhumé trois comptes X anonymes qui auraient été créés et largement utilisé par Quentin Deranque ces dernières années. Les milliers de posts publiés démontrent selon Mediapart « l’étendue de sa pensée raciste et antisémite, construite autour d’une glorification du fascisme et une nostalgie du nazisme ».
Fasciste, antisémite, nostalgique du nazisme
« Je soutiens Adolf » twittait par exemple Quentin Deranque en juillet 2024, qui plaisante aussi sur « l’excellente utilisation des réseaux ferrés » en Allemagne. « On veut le fascisme », écrivait-il encore en janvier 2025, se revendiquant par ailleurs lui-même comme « un fasciste ». S’immisçant dans plusieurs débats sur le réseau social, il commentait par exemple par « et c’est très bien » un message du député La France insoumise Antoine Léaument, qui rappelait que le RN « a été fondé par des Waffen SS ». Un discours tenu pendant des années : « il faut que les lois Pleven et Gayssot soient supprimées », écrivait-il déjà en mai 2023, à propos des lois françaises qui interdisent notamment de nier la Shoah.
Des diatribes violentes, parfois dirigées nommément contre des personnalités juives : « Il faudra déterrer et fusiller (((Halimi)))», écrit-il en 2004, citant l’avocate juive Gisèle Halimi en employant le code antisémite des trois parenthèses, très utilisé sur les réseaux sociaux.
« Mort totale des nègres »
Plusieurs des propos de Quentin Deranque sont aussi ouvertement racistes.
« On ne veut pas vivre avec des Africains, qu’ils soient délinquants ou non », assène-t-il en décembre 2024, traitant ensuite de « Pà N » (pour « pute à nègres ») une infirmière qui soulignait l’importance des soignants racisés, notamment dans les hôpitaux français.
À longueur de messages, le jeune homme caché sous un pseudonyme multiplie les outrances, rapporte Mediapart : tantôt il appelle à « déporter » les « bouègres » (condensé de « bougnoules » et « nègres »), tantôt il se revendique ouvertement raciste, usant aussi à plusieurs reprises du sigle d’appel au meurtre « TND », pour « Total Nigger Death » (« mort totale des nègres »).
Quelle réaction de ses soutiens et du monde politique ?
L’avocat de la famille de Quentin Deranque, Fabien Rajon, avait décrit l’homme de 23 ans comme « un militant nationaliste qui a toujours défendu ses convictions de manière non violente », « prônant un militantisme pacifique ».
« Ces tweets, s’ils sont bien avérés, sont évidemment condamnables », a écrit vendredi soir Me Rajon. « Pour autant, ils ne pouvaient justifier le lynchage à mort de Quentin ». « Rien n’est décidément épargné à sa famille qui n’a toujours pas pu entamer son deuil, compte tenu de l’acharnement dont elle est victime », a déploré l’avocat.
Interrogé par Mediapart, l’un des amis du jeune homme, Vincent Claudin, qui avait témoigné dans les médias au lendemain de sa mort rétorque : « quelques messages sur Twitter ne sont pas représentatifs des engagements d’une personne. J’en sais quelque chose ». Ancien assistant parlementaire de la députée RN Lisette Pollet, l’homme a lui-même été licencié suite à des révélations de Mediapart sur des messages pro-Hitler, racistes et antisémites.
Mais bien au-delà de ses proches, la mort de Quentin Deranque a provoqué de nombreuses réactions politiques, une minute de silence étant même observée à l’Assemblée nationale et au Sénat et son portrait affiché sur l’hôtel de région d’Auvergne-Rhône-Alpes.
Selon Franceinfo, cet hommage embarrasserait désormais Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, qui se dit « horrifiée » par les propos révélés par Mediapart, mais « rappelle que la décision de respecter une minute de silence avait été décidée avec l’ensemble des présidents de groupe ».
À gauche, plusieurs responsables qui avaient participé à l’hommage ont également pris leurs distances. « En démocratie, le débat politique ne devrait jamais conduire à la mort de quiconque, mais que la droite et l’extrême droite aient cherché à transformer en héros un jeune néo nazi, raciste et antisémite au dernier degré, est une honte », indique le secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure sur X.
En démocratie, le débat politique ne devrait jamais conduire à la mort de quiconque, mais que la droite et l’extrême droite aient cherché à transformer en héros un jeune néo nazi, raciste et antisémite au dernier degré, est une honte. Quentin Deranque a été une victime mais il ne…
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