Histoire d'alimenter les débat...
Un article de Inna Shevchenko, leader des FEMEN dans le Huffington Post et daté du 7 Février dernier
Le Sextrémisme: la nouvelle voix du féminisme!
Je dois vous révéler un terrible secret concernant notre civilisation : une femme n'est pas un être humain. Et cela fait des milliers d'années que ce secret se transmet de génération en génération. Ce dogme est clairement expliqué et appliqué dans les trois livres que l'on considère comme sacrés : la Bible, la Torah et le Coran. Il se reflète dans l'art et le folklore de tous les peuples et de toutes les nations. Il s'impose même comme une évidence dans la législation. La doctrine de l'avilissement des femmes est partagée, à des degrés différents, par tous les pays allant du Moyen-Orient à l'Europe Occidentale la plus émancipée.
Rappelons-nous de l'affaire plus que gênante qui a touché le géant du meuble suédois IKEA - qui avait pris la décision de photoshoper et d'effacer toutes les femmes figurant dans son catalogue à destination du Moyen-Orient, sur simple demande (ordre ?) du richissime Saoudien Wahhabi. Cette alliance misogyne et monstrueuse a été fomenté par l'un des pays les plus progressistes d'aujourd'hui et un autre, où les femmes se voient encore refuser le droit de vote. Ce putsch sur catalogue est devenu le manifeste marketing du patriarcat moderne - un système qui manipule le corps de la femme - que ce soit pour la faire disparaître complètement ou pour le rendre pornographique -, ayant pour seul finalité de servir les intérêts idéologiques et économiques des hommes. C'est ce que j'appelle un crime public contre la libération des femmes.
Et il y a une explication à ça. C'est en contrôlant le corps des femmes que les hommes les asservissent. Cela s'étend de l'idée du tout glamour, de la femme comme objet de contemplation à des actes barbares comme l'excision ou la défiguration à l'acide. Nous vivons dans un monde régit par l'occupation économique, idéologique et culturelle masculine. La femme est réduite au rang d'esclave, elle est privée des droits qui devraient incomber à tous, mais le plus important reste cette impossibilité qu'elle a de disposer de son corps. Se réapproprier son corps, son sexe, est la seule clé possible pour tendre vers la liberté et en finir avec cette oppression malsaine. La nudité féminine détachée du système patriarcal devient alors le symbole de la libération des femmes : nos corps deviennent des armes et s'imposent comme une nouvelle voix, une transformation du féminisme. Nous sommes nues car nous sommes féministes.
Mais la plus grande bataille que doit mener le féminisme contemporain, c'est de récupérer la chair qui lui a été dérobée - et bien enfouie au cœur de la machine culturelle et financière du système patriarcal - et de la rendre à celles qui en sont propriétaire. Que nous puissions enfin utiliser nos corps pour protéger les intérêts des femmes, partout dans le monde.
Femen essaie d'apporter une nouvelle vision du féminisme, où le corps, au travers de la nudité, devient un instrument actif pour confronter les institutions patriarcales - comme l'église, les sociétés dictatoriales et l'industrie du sexe. Nous avons développé une technique que nous appelons sextrémisme. C'est un nouveau type d'activisme féminin qui est, certes agressif, mais encore non-violent, provocateur mais délivrant un message clair. Le sextrémisme ne nous permet pas seulement de soulever les problématiques auxquelles les femmes sont confrontées, mais permettent aussi de prendre la température, de se rendre compte du degré de libération des femmes dans chaque pays. Ce "sexist-style" est une manière de casser les notions patriarcales concernant la nature des femmes et de laisser place à une grande lutte révolutionnaire. Nous avons organisé des manifestation topless dans de nombreux pays : certaines personnes nous saluent et nous respectent, mais nos activistes ont déjà été frappées, kidnappées ou emprisonnées. Femen est une action permettant de tester réellement la démocratie.
Au travers du Huffington Post, je vais émettre différentes réflexions au sujet de nos convictions sextrémistes, en essayant de frapper chaque esprit avec l'idée que la lutte des femmes ne s'est pas arrêtée dans les années 70, mais continue encore, et que nous, Femen, irons jusqu'au bout.
Go out! Undress! Win!
Read you soon!
Your Inna Femen
Et le point de vue, très critique de Lydia Guirous féministe de DRoite, président de Futur au Féminin
(Parce que je pense que les hommes sont très mal placés pour juger les féministes).
FEMEN: les poupées écervelées du féminisme
Aujourd'hui la ligne rouge a été franchie par les Femen. En envahissant la cathédrale Notre-Dame de Paris nues et en vociférent des insultes contre le Pape et l'Eglise catholique, elles ont trahi la cause féministe et porté un coup de griffe à notre pacte Républicain.
En effet, il convient de rappeler que la République française s'appuie sur quelques principes fondamentaux, au rang desquels se trouvent : la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité.
Ces principes ne sont pas que des mots et des déclarations d'intention lancés au gré d'une plume dans notre constitution, mais un choix de société. La Laïcité est un principe de tolérance et d'acceptation de l'autre dans sa liberté de conscience et de culte. Elle est à la fois une régle et un seuil minimal de tolérance et de respect d'autrui au sein d'un espace social donné. C'est donc la condition essentielle de notre vivre ensemble.
S'attaquer aux religions et à leurs lieux de culte, c'est s'attaquer à la sphère spirituelle privée des individus. En aucun cas, la laïcité au sein de notre République n'a eu cet objectif. Elle veille simplement à ce que la sphère publique soit neutre.
L'action menée par les Femen nous renvoie donc à une idéologie fasciste, primaire, et violente.
Leur demonstration dans un lieu de culte français connu du monde entier est indigne et trahi l'image laïque et tolérante de la République française. La laïcité n'est pas un anti-cléricalisme forcené, pas plus qu'elle n'invite à l'athéïsme ou à l'agnosticisme. Si les pères de notre République l'ont choisi comme principe moteur de notre pacte social, ce n'est pas pour qu'une bande de jeunes hystériques écervelées viennent le trahir.
En tant que féministe, il est bon de rappeler que le féminisme a également pour fondement, la tolérance et le respect, et pour conséquence, l'égalité entre les hommes et les femmes. Si le combat féministe est un combat de longue haleine qu'il faut constamment mener car il suppose un changement culturel, en aucun cas, il ne peut s'associer à ce type de mouvement fasciste, provocateur et insolent.
Être féministe, c'est être vigilante chaque jour à la réalisation de cette ambition. Si l'on pouvait concevoir les actions engagées et médiatisées de groupe comme La barbe ou les Chiennes de garde, on ne peut tolérer l'action de ces poupées enragées.
Par ailleurs, on ne peut qu'être sceptique sur le mode d'action de ces féministes pour plusieurs raisons. En effet, elles combattent l'exploitation de la femme et du corps de la femme par une curieuse pirouette qui consiste à exhiber leur nudité. Elles font donc de leurs corps un objet de chantage aux pouvoirs publics. Leurs corps est donc un produit, une marchandise. Or, c'est précisément contre cette marchandisation et cette exploitation du corps de la femme que se sont battues pendant des décennies les féministes et elles continuent d'ailleurs à le faire.
Qu'y a-t-il de transgressif à exhiber le corps de jolies jeunes femmes pour passer un message, sachant que toute les minutes sur toutes les chaînes de télévisons du monde on voit des femmes nues ou dénudées. L'action des Femen relève en ce sens d'une rare stupidité mais en plus elle est discriminante, car l'on constate, comme dans une publicité commerciale, que la part faite aux femmes rondes est plus que limitée...
Finalement les Femen ressemblent plus à une association de mannequins ratées, qu'à une association féministe d'envergure politique. Les poitrines de ces jeunes femmes, devenues des panneaux publicitaires aux slogans provocateurs et caricaturaux, ne portent ni messages féministes, ni messages laïcs. Au contraire, il s'agit de messages d'intolérance et d'incitation à la haine. Dans une société qui doit faire face à de nombreuses difficultés et qui lutte pour maintenir son modèle républicain malgré les multiples menaces communautaristes, il est indispensable de sanctionner de telles provocations.
Caricatures, provocations, blasphème, intolérance, elles utilisent les bonnes vieilles recettes fascistes pour faire le buzz.
Je condamne ces actions stériles et inappropriées qui dénaturent et caricaturent toujours davantage le féminisme et la cause des femmes. Ni la lutte pour l'égalité hommes/femmes, ni le combat pour la laïcité, principe fondateur de notre République, n'ont besoin des happenings "sextremistes" des FEMEN, pour être menés en France.
Au nom de la dignité du féminisme et au nom de la laïcité, qui n'est pas le rejet du religieux mais au contraire le socle de la fraternité et du vivre ensemble, je demande une condamnation ferme des actions des Femen par les pouvoirs publics et par le gouvernement.