Cécile Kohler et Jacques Paris : l’Iranienne qui pourrait être échangée contre les Français condamnée à un an de prison et interdite de territoire
Condamnée notamment pour apologie du terrorisme, Mahdieh Esfandiari a déjà annoncé qu’elle fera appel de la décision rendue ce jeudi 26 février à Paris. L’Iran assure qu’un accord a été négocié avec la France pour l’échanger contre les deux professeurs retenus dans le pays depuis 2022.
La décision était particulièrement attendue, dans un procès aux potentielles répercussions géopolitiques.
Ce jeudi 26 février, Mahdieh Esfandiari a été condamnée à un an de prison ferme et trois avec sursis pour «apologie d’un acte de terrorisme commis en ligne», «provocation directe en ligne à un acte de terrorisme», «injure publique en ligne en raison de l’origine, ethnie, nation, race ou religion» et «association de malfaiteurs».
Son avocat a déjà annoncé son intention de faire appel. Les quatre autres prévenus qui comparaissaient à ses côtés lors du procès qui s’est tenu mi-janvier au tribunal de Paris, parmi lesquels
se trouvait le militant d’extrême droite multicondamné Alain Soral, ont pour leur part été condamnés à des peines allant de deux à quatre ans de prison, en majorité assortis de sursis.
L’Iranienne arrivée en France il y a huit ans était accusée d’avoir relayé sur les réseaux sociaux et dans des groupes Telegram des publications antisémites ou légitimant les attaques du 7 Octobre. Il y était par exemple question d’une «attaque qui fait le bonheur de milliards de gens dans le monde» et de «martyrs» du Hamas. On y trouvait également des photos de cadavres d’Israéliens, civils ou militaires, qualifiés d’«occupants usurpateurs», des plaisanteries sur un jeu vidéo en ligne «simulant les attaques du Hamas le 7 Octobre» avec «des soldats israéliens portant des couches et se faisant capturer et tuer».
Un dossier très politique
Lors de l’audience, Mahdieh Esfandiari avait reconnu avoir participé à gérer ces canaux mais avait assuré avoir quitté ses fonctions d’administratrice avant le 7 Octobre et n’avoir publié aucun des contenus pour lesquels elle était poursuivie. Une version qui n’avait pas convaincu la procureure qui avait requis à son égard quatre ans de prison dont trois avec sursis assortis d’une interdiction définitive du territoire français. Elle n’avait cependant pas estimé qu’il était nécessaire de la réincarcérer, Mahdieh Esfandiari ayant déjà effectué huit mois de détention provisoire.
Durant les quatre jours de procès, il avait aussi été beaucoup question de géopolitique. Les autorités iraniennes ont ainsi fait savoir à plusieurs reprises ces derniers mois qu’elles souhaitaient échanger Mahdieh Esfandiari contre les Français Cécile Kohler, 41 ans, et Jacques Paris, 72 ans, retenus en Iran depuis mai 2022.
Condamnés respectivement à vingt et dix-sept ans de prison notamment pour espionnage pour Israël, emprisonnés pendant plus de trois ans puis finalement libérés début novembre 2025, ils se trouvent toujours à l’ambassade de France à Téhéran, avec interdiction de quitter le pays.
Le chef de la diplomatie iranienne assure même qu’un accord a déjà été négocié avec la France et qu’il doit être effectif une fois «que toute la procédure juridique et judiciaire» sera arrivée à son terme «dans les deux pays».
La France n’a jamais confirmé ces informations.
«Agente iranienne» ou simple «militante sincèrement engagée» ?
Cette situation avait alimenté les débats au tribunal. Pour l’avocate de la Licra Ilana Soskin, l’intérêt de l’Iran pour Mahdieh Esfandiari est une preuve parmi d’autres qu’elle est «une agente iranienne qui prend ses informations auprès du bureau du Guide» pour «diffuser sur le sol français le discours des mollahs de la république islamique d’Iran». Les conseils de la femme de 39 ans avaient de leur côté dénoncé une situation «systématiquement romancée et instrumentalisée» alors que leur cliente n’est «qu’une militante sincèrement engagée qui revendique une lecture politique d’un conflit historique».
«
Concernant l’échange, tout dépendra de la décision à venir», avaient-ils commenté à la veille de la décision. Les modalités d’un tel échange restent inconnues, alors que la situation en Iran reste très incertaine.
Le pays est secoué par des manifestations d’ampleur qu’il réprime violemment et est menacé d’une intervention militaire américaine.
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Mahdieh Esfandiari lors de son procès à Paris, le 13 janvier 2026. (Stéphane de Sakutin/AFP)