"Les "Français" sont-ils vraiment écartés des logements sociaux comme l'affirme Marine Le Pen? Ce n'est pas vraiment ce que montrent les chiffres
La candidate du Rassemblement national a dévoilé dimanche ses priorités pour le logement. Parmi celles-ci, elle a indiqué vouloir "prioriser" l'accès des Français au parc social. Mais les personnes de nationalité étrangère sont-elles vraiment favorisées aujourd'hui ?
Marine Le Pen veut instaurer une "priorité nationale" dans l’attribution des logements sociaux, l’une des principales propositions de son discours de rentrée prononcé dimanche 13 septembre à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). La candidate du RN souhaite faire passer les ménages français avant les étrangers à situation comparable et réserver aux Français le bénéfice des APL.
"Il est intolérable que les Français (...) soient écartés du bénéfice du logement à faible loyer", a-t-elle affirmé. Mais les Français sont-ils réellement défavorisés dans l’accès aux HLM?
Marine Le Pen laisse ainsi entendre que les étrangers seraient favorisés dans l’accès au logement social, au détriment des Français. Cette affirmation a provoqué lundi une passe d’armes entre Jordan Bardella et le porte-parole du RN Laurent Jacobelli, d’un côté, et Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère quelque 600 bailleurs sociaux, de l’autre. Cette dernière a dénoncé une "lubie xénophobe".
Les deux responsables du RN s’appuient notamment sur des chiffres du ministère de l’Intérieur: en 2022, 30% des immigrés vivant en France habitaient un logement HLM, contre 11% des non-immigrés. Mais cette surreprésentation dans le parc social ne signifie pas qu’ils sont favorisés au moment de l’attribution.
Des revenus plus faibles
Elle "peut être liée à leurs plus faibles revenus, mais aussi à la plus grande taille de leur ménage", précise le ministère.
D'après les dernières données de l'USH, 16% des locataires du parc HLM sont nés à l'étranger. Cela signifie que certains sont de nationalité étrangère, mais aussi que d'autres ont acquis la nationalité française ou sont binationaux (mais le détail exact n'est pas connu). Une proportion qui n'est que légèrement supérieure à leur poids dans l’ensemble de la population: selon cette enquête de l’Insee, 14% des personnes vivant en France en 2025 sont nées à l’étranger. Cela s'explique notamment par les plus faibles revenus de la population étrangère selon Emmanuelle Cosse, présidente du syndicat.
Plusieurs critères sont en effet examinés par les bailleurs sociaux et les maires au moment de l'attribution d'un logement social: non seulement le niveau de revenus, mais aussi la composition du ménage et le niveau d'urgence sociale. Certains publics sont également prioritaires, comme les femmes victimes de violences, les personnes en situation de handicap ou encore les travailleurs essentiels. En revanche, la nationalité des demandeurs n'est pas un critère: le Conseil constitutionnel juge que le principe d'égalité devant la loi s'applique aux étrangers. Cela signifie qu'une personne qui possède un titre de séjour valide bénéficie des mêmes droits d’accès au logement social qu'un citoyen français.
Ainsi, les ménages étrangers ne sont pas "légalement" favorisés dans l'attribution d'un logement social. Mais le sont-ils dans les faits?
Ce n'est pas ce qui est constaté dans les chiffres.
En 2024, les demandes déposées par des étrangers ont proportionnellement un peu moins souvent abouti que celles des Français. Selon l’USH, le nombre de logements attribués représentait 14% des demandes françaises, contre 13% des demandes déposées par des étrangers non européens en situation régulière et 12% de celles des ressortissants européens. Les autres demandeurs restent généralement en attente ou peuvent abandonner ou ne pas renouveler leur demande.
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Autrement dit, la proportion plus élevée d’étrangers dans le parc social ne s’explique pas par un traitement préférentiel lors de l’attribution des logements.
"Désavantagés dans l'accès au logement social"
Les ménages étrangers, ou issus de l'immigration, se voient d'ailleurs attribuer plus difficilement un logement social. Selon le Défenseur des droits dans un rapport publié en mars 2025, "les demandeurs les plus pauvres, parmi lesquels les personnes étrangères (...), sont systématiquement désavantagés dans l’accès au logement social".
"Comme le montre une étude de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), ils connaissent paradoxalement les taux d’attribution les plus faibles, et sont souvent relégués aux logements les moins attractifs du parc social", relève le Défenseur.
Le constat n’est pas nouveau. Si les données sont anciennes, un rapport du Haut Conseil à l’intégration remis dès 2007 au Premier ministre François Fillon mettait déjà en évidence des délais d’attente plus longs pour les ménages immigrés. Parmi ceux ayant déposé une demande de logement social, 28% attendaient depuis plus de trois ans, soit "le double de la proportion moyenne". Le rapport relevait également qu’ils obtenaient principalement "des logements sociaux anciens ou très anciens".
"Un tel décalage" s'explique, selon ce rapport, par le niveau de revenus, mais aussi par la demande par ces ménages de logements plus grands - qui étaient alors plus rares -ou encore par "des facteurs plus subjectifs, comme la demande de regroupement en communauté".
45% des locataires du parc social sous le 2e décile de revenus
Dans son discours de rentrée, Marine Le Pen a également souligné que "70% des Français, sont éligibles au parc social et seulement 11% en bénéficient". Dans le détail, il est vrai que 72% des Français sont éligibles au logement social à partir du seul critère des ressources. Mais en soustrayant les personnes déjà propriétaires de leur résidence principale - et qui sont, de fait, inéligibles au parc social - cette part chute à 37%.
Il n'empêche, la tension reste très forte pour l'accès à un logement social. Le nombre de demandes a encore bondi ces dernières années, pour atteindre le pic historique des 2,9 millions de dossiers en attente en 2026 (contre 2,5 millions trois ans plus tôt, en 2023). Seul 1 demandeur sur 7 se voit finalement attribuer un logement social. Tandis que la rotation du parc reste faible, à 7%, car de nombreux locataires peinent à trouver un logement dans le parc privé, faute de moyens.
"En 2020, 45% des locataires du parc social se situaient sous le 2e décile de revenus qui s'élève à 15.113 euros annuels", indique l'USH dans son rapport annuel. Trente-six ans plus tôt, en 1984, ils n'étaient que 21%.
Ces difficultés s'inscrivent dans un contexte de tension pour les bailleurs sociaux, obligés d'arbitrer entre la production de nouveaux logements et la rénovation de leur parc vieillissant."
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