Communiqué LDH
LE PEN RÉÉCRIT UNE NOUVELLE FOIS L’HISTOIRE
M. Jean-Marie Le Pen s’est, une nouvelle fois, livré à une réécriture de l’Histoire. En laissant croire que la Gestapo a pu protéger la population française, en tentant d’insinuer que le massacre d’Oradour aurait pu avoir des justifications, M. Le pen porte atteinte à la mémoire de tous ceux qui ont été les victimes des crimes contre l’humanité commis par les occupants nazis.
Bien sûr, M. Jean-Marie Le Pen doit rendre compte judiciairement de ses propos. Mais, il est tout aussi important de souligner que le négationnisme dont fait constamment preuve l’intéressé a, comme écho contemporain, un racisme tout aussi permanent.
La LDH continuera à faire sanctionner les propos et les attitudes d’un homme politique qui n’a aucune légitimité à se réclamer de la démocratie.
Paris, le 13 janvier 2005
Communiqué de presse (Toulon)
Toulon, le 16 janvier 2005
Le dégoût, l’indignation, tels sont les sentiments que suscitent les dernières déclarations du président du FN. Et d’abord, le dégoût. Des centaines d’historiens se sont penchés sur la seconde guerre mondiale. Aucun d’entre eux n’a jamais déclaré qu’en France l’occupation nazie « n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures » ! Aucun n’a considéré la gestapo comme une police protectrice de la population !
Autre propos indigne : évoquant la destruction d’Oradour-sur-Glane et ses 642 habitants brûlés vifs dans l’église du village (parmi eux 245 femmes et 207 enfants), le président du FN accrédite des thèses négationnistes.
« Bavures » ? Les 200 000 condamnations à la déportation, qui laissaient une chance infime aux porteurs de l’étoile jaune ?
« Bavures » ? Les 25 000 résistants fusillés, les 6 000 habitants des villes et des villages massacrés au cours d’opérations de représailles ?
« Bavures » ? Les morts du plateau des Glières et du Vercors ? Le charnier de Signes ? Et le pillage de la France qui entraînait la sous-alimentation de toute la population (1 700 calories par jour) ? ...
Ces propos sont une provocation et une insulte à la mémoire et aux familles de toutes les victimes des crimes du nazisme.
Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR) du Var
Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP) du Var
Communauté Juive de Toulon
Ligue des droits de l’Homme (LDH) de Toulon
Cinq mois avec sursis requis contre Le Pen pour ses propos sur l’Occupation
[AFP - 14 déc 2007] — Une peine de cinq mois de prison avec sursis et une amende de 10.000 euros ont été requises vendredi contre Jean-Marie Le Pen, absent de ce procès devant le tribunal correctionnel de Paris où étaient examinés ses propos sur l’Occupation allemande qu’il avait jugée "pas particulièrement inhumaine".
Poursuivi pour complicité "d’apologie de crimes de guerre" et "de contestation de crime contre l’Humanité", le président du Front national (FN) avait tenu les propos incriminés en janvier 2005 dans le journal Rivarol.
Sont également poursuivis le journaliste qui l’avait interviewé, Jérôme Bourbon, et la directrice de publication de l’hebdomadaire d’extrême droite, Marie-Luce Wacquez.
En premier lieu, plusieurs associations, ainsi que la commune de Villeneuve-d’Ascq (Nord), reprochent à M. Le Pen d’avoir présenté une version choquante du massacre d’Ascq, perpétré dans la nuit du 1er au 2 avril 1944.
Dans Rivarol, le leader politique racontait qu’"un lieutenant allemand, fou de douleur que son train de permissionnaires ait déraillé dans un attentat, causant ainsi la mort de ses jeunes soldats, voulait fusiller tout le village : il avait d’ailleurs déjà tué plusieurs civils. Et c’est la Gestapo de Lille, avertie par la SNCF, qui arriva aussitôt pour arrêter le massacre".
Partie civile au procès, le maire socialiste de Villeneuve-d’Ascq, Jean-Michel Stievenard, a rappelé à la barre que la réalité avait été bien différente.
Un petit groupe de résistants avait bien saboté un aiguillage, faisant dérailler deux wagons, mais il n’y avait eu aucun blessé. Quant au lieutenant allemand, il avait fait rafler les hommes du village d’Ascq et en avait fait fusiller 86, avant que la gendarmerie allemande, et non la Gestapo, n’interrompe le massacre.
"Ces propos sont pour nous une nouvelle manière de rayer Ascq de la carte de France", a fait valoir M. Stievenard.
La procureure de la République, Anne de Fontette, a déploré, elle, que Jean-Marie Le Pen ait transformée la Gestapo, jugée criminelle par le tribunal de Nuremberg, en "une autorité protectrice". Il est à craindre, a-t-elle dit, que "certains esprits peu enclins à la critique" ne voient ensuite dans la Gestapo "des Soldats de la Paix" ou encore "les Casques bleus des années 40".
Pour ce qui est de la "contestation de crime contre l’humanité", M. Le Pen est poursuivi notamment pour un passage où il déclare : "En France du moins, l’Occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine, même s’il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550.000 kilomètres carrés."
Vendredi, la directrice de Rivarol a déclaré ne pas avoir "été choquée par de tels propos". "Si l’on exclut la déportation", l’Occupation en France "a été tout de même modérée par rapport à ce qui s’est passé en Belgique et aux Pays-Bas", a affirmé Mme Wacquez.
Partie civile au procès, Serge Klarsfeld, le fondateur de l’association des Fils et filles des déportés juifs de France (FFDJF), a dénoncé "une dénaturation complète de la réalité historique", voyant en M. Le Pen "un multirécidiviste". Celui-ci a notamment déjà été condamné pour avoir vu dans les chambres à gaz "un point de détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale".
Une bonne partie de la défense de Me Wallerand de Saint-Just, l’avocat de M. Le Pen, a consisté à présenter les propos poursuivis comme "une conversation à bâtons rompus", que Rivarol n’aurait pas dû publier. Par conséquent, son client ne peut être poursuivi.
Pour Mme de Fontette, "cette ficelle est un peu grosse". Quelques heures plus tôt, le journaliste avait confirmé que les propos faisaient bien partie de l’interview.
La 17e chambre rendra son jugement le 8 février.