Marine Le Pen fait un (petit) changement de pied à son procès, ce que ça cache
Pour la première fois, la cheffe de file du Rassemblement national a reconnu la plausibilité d’une faute. Un discours qui tranche avec ses démentis en première instance.
Une défense revisitée pour le match retour. Le procès en appel de Marine Le Pen dans l’affaire des assistants parlementaires du FN, s’est ouvert mardi 13 janvier avec un premier rebondissement : la cheffe de file du Rassemblement national a décidé d’infléchir sa ligne.
En mars dernier, le tribunal correctionnel de Paris, peu convaincu par ses arguments et autres démentis tranchants, l’avait déclaré coupable de détournement de fonds publics. Avec à la clé, une condamnation à quatre ans d’emprisonnement et une peine d’inéligibilité immédiate, qui avaient fait l’effet d’un coup de tonnerre au moment où la candidate survolait les intentions de vote pour le premier tour de la prochaine présidentielle.
Pour son va-tout, dix mois plus tard, Marine Le Pen semble donc encline à modifier son discours. Elle a effectivement pris la parole, au premier jour du procès, pour expliquer qu’elle n’a jamais eu « le sentiment d’avoir commis le moindre délit », en insistant sur son absence d’intentionnalité « si tant est qu’une faute ait été commise ». Deux tirades qui n’ont rien d’anodin.
«
Si un délit a été commis… »
Avec cette formule inédite dans sa bouche, Marine Le Pen reconnaît pour la première fois la plausibilité d’une faute, en l’occurrence d’un délit. Ce qu’elle avait toujours refusé jusqu’à présent, optant plutôt pour une défense dite de « rupture » faite de dénégations et d’attaques contre la justice ou l’Union européenne. Loin des enjeux de fond.
«
Si un délit a été commis – et tout le monde semble dire qu’un délit a été commis -, je veux bien l’entendre, a-t-elle ainsi insisté dans un retournement de situation attendu. Mais je veux que la cour sache qu’en ce qui nous concerne, nous n’avions aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit lorsqu’en 2004, 2009 puis 2014 nous avons embauché nos propres assistants puis mutualisé ces assistants. »
Pour comprendre cet ajustement stratégique, il faut donc remonter au mois de mars dernier et se pencher sur les motivations du tribunal correctionnel pour infliger une lourde peine à la cheffe de file de l’extrême droite française, et la grande majorité de ses co-prévenus. Pour justifier son inéligibilité immédiate (et donc l’impossibilité de concourir à une nouvelle présidentielle), les magistrats se sont notamment appuyés sur un « risque de récidive objectivement avéré. »
Pour cause : les accusés ont donné l’impression de ne pas comprendre, avant ou après l’audience, l’existence d’impairs ou de délits liés à leurs pratiques. Impossible, dans ces conditions, d’éviter une réitération de ce type de faits.
Éviter le spectre de la récidive
Ils « n’ont exprimé aucune prise de conscience de leur violation de la loi et de l’importance de la probité », même dix ans après, niant les faits « parfois jusqu’à l’évidence », avaient ainsi détaillé les juges dans leur jugement de plus de 150 pages. Un « logiciel » de défense d’autant plus problématique, estimaient-ils, de la part de personnes ayant « une formation de juriste ou d’avocat. »
Pour Marine Le Pen, on comprend donc aisément l’objectif de ce changement de pied : reconnaître l’existence d’un éventuel délit, puisque « tout le monde semble dire qu’il a été commis », selon ses nouveaux mots, pour mieux écarter le risque de récidive et donc la peine d’inéligibilité immédiate qui lui a été accolée en première instance.
Le tout, en rejetant la faute sur le Parlement européen.
Selon les nouveaux éléments de cette défense, les frontistes accusent effectivement leur bête noire de ne pas avoir « joué ce rôle d’alerte tel qu’il aurait dû (le) jouer, alors qu’il avait connaissance de l’ensemble des éléments constitutifs de ces contrats ». «
Nous n’avons jamais rien dissimulé, ni dans la publication de nos organigrammes ni dans les contrats déposés », a encore argué Marine Le Pen. Coupable peut-être, mais à son corps défendant, selon elle.
De quoi convaincre les juges, cette fois-ci ? Le risque de cette défense : faire passer le Parlement européen, partie civile et donc victime dans cette histoire, comme le fautif. Il lui faudra aussi convaincre qu’une alerte de cette institution qu’elle abhorre, qui plus est portant sur la façon dont elle devait gérer son propre parti, l’aurait conduit à rectifier le tir. Pas simple.
Quoi qu’il en soit, une nouvelle déclaration de culpabilité ne l’empêcherait pas de concourir à la prochaine présidentielle. À condition, toutefois, que la peine d’inéligibilité qui pourra l’accompagner soit inférieure à deux ans, ou sans exécution provisoire. Voilà l’enjeu, qui méritait bien une défense musclée pour éviter de nouvelles déconvenues.
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... e=20260115