Re: L'Abbé Pierre accusé d'agressions sexuelles par plusieurs femmes
Posté : 20 avril 2025 07:19
Affaire Abbé Pierre : ce que l’on sait des nouvelles accusations d’antisémitisme et de pétainisme qui le visent
Dans un livre publié ce jeudi 17 avril, les journalistes Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin démontrent qu’avant d’être résistant, le prêtre a été un «partisan» du maréchal Pétain et qu’il a tenu des propos antisémites.
On connaissait les nombreuses accusations d’agressions sexuelles visant l’Abbé Pierre et le silence complice de l’Eglise pendant des décennies. On connaissait moins l’intérêt un temps porté par le fondateur d’Emmaüs au Maréchal Pétain, et encore moins ses propos antisémites. Dans leur livre enquête Abbé Pierre, la fabrique d’un saint (Allary) publié ce jeudi 17 avril, les journalistes Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin révèlent une nouvelle face sombre du prêtre catholique.
Dans l’ouvrage, dont Le Nouvel Obs a partagé les bonnes feuilles mercredi, la biographie élogieuse d’un Abbé Pierre qui s’est toujours battu pour la France, resté aux côtés des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale prend du plomb dans l’aile. D’après des documents consultés par les journalistes, avant d’entrer en résistance, celui qui se faisait à l’époque encore appeler Henri Grouès «a d’abord été un chaud partisan de la révolution nationale du maréchal Pétain».
Pour preuve, il écrit en des termes élogieux en mai 1941 au responsable pour la région Dauphiné-Haute Savoie du Secrétariat général de la Jeunesse (une administration qui vise à encadrer les nouvelles générations) pour dire qu’il soutient une «Chevalerie de la France nouvelle» et une «reprise saine et morale des jeunes de France». Le même mois, à la tribune du vélodrome de Grenoble, il vante la «France renaissante de notre grand maréchal».
Un grand écart pas si marginal
Il ne basculera dans la résistance qu’un an plus tard, «au moment des grandes rafles des juifs», explique à l’Obs Marie-France Etchegoin. Cette partie de son histoire est déjà documentée : l’Abbé Pierre cachera et hébergera des juifs à Grenoble, et les aidera à passer la frontière suisse. Il participera aussi à créer des fausses cartes d’identité, à aider les réfractaires du service du travail obligatoire (STO) ou encore à la création d’un maquis en Chartreuse et dans le Vercors, rappelle le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Le Maitron.
Interrogé par Libération, l’historien Henry Rousso, spécialiste de la Seconde guerre mondiale notamment connu pour avoir défini le «négationnisme», explique que ce parcours de pétainiste à résistant n’avait à l’époque rien de surprenant : «C’est un phénomène qui a été théorisé et qui est loin d’être marginal. Beaucoup, même des gens absolument prestigieux, ont pu être des fidèles du régime de Vichy au début de l’occupation avant de basculer ensuite dans la Résistance. Il faut comprendre qu’un monde sépare 1940 de 1944. En 40, la France a perdu, le pays est à terre, il n’y a plus d’espoir. Des millions de Français ont eu des sentiments plutôt pro-Pétain à cette époque. A partir de 1942-1943, c’est totalement différent. Mais tous ne sont pas entrés en résistance.»
Le chercheur cite notamment l’exemple de François Mitterrand (agent contractuel du gouvernement de Vichy début 1942 puis résistant un an plus tard) ou encore de Maurice Couve de Murville qui a travaillé pendant plusieurs années pour le gouvernement de Vichy avant basculer dans la résistance et de finir Premier ministre de Charles de Gaulle sur la fin de sa présidence.
«Le curé maquisard trouve qu’il y a trop de juifs dans les institutions»
Dans leur ouvrage, Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin déterrent également des propos antisémites tenus par l’Abbé Pierre lors d’une audition à Alger, alors capitale de la France libre, en juillet 1944. Le religieux parle «des familles [juives] contraintes à l’oisiveté (sans qu’il soit de leur faute, certes) mais regorgeant d’or avec quoi elles raflaient avec une impitoyable dureté tout». Il se plaint aussi des «trop faibles proportions d’Israélites dans les maquis» et des «trop fortes proportions au contraire parmi les passifs ‘‘planqués’‘, des fermes ou des petits hôtels».
«Ce document est à peine croyable, juge Laetitia Cherel dans l’Obs. Le curé maquisard trouve qu’il y a trop de juifs dans les institutions du gouvernement provisoire. Il considère que les Français leur sont tout aussi hostiles qu’avant la guerre et qu’ils ont des raisons de l’être.» Henry Rousso estime que ces citations «reflètent les préjugés de l’époque». Par ailleurs, l’Abbé Pierre était «assez mal informé car la proportion de Juifs dans la résistance était particulièrement élevée», précise l’historien.
Quelques années plus tard, au milieu des années 1990, l’Abbé Pierre apportera également son soutien au philosophe négationniste Roger Garaudy, auteur d’un livre révisionniste et condamné pour contestation de crimes contre l’humanité. Il expliquera par la suite avoir agi à «titre amical».
https://www.liberation.fr/societe/relig ... directed=1
Dans un livre publié ce jeudi 17 avril, les journalistes Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin démontrent qu’avant d’être résistant, le prêtre a été un «partisan» du maréchal Pétain et qu’il a tenu des propos antisémites.
On connaissait les nombreuses accusations d’agressions sexuelles visant l’Abbé Pierre et le silence complice de l’Eglise pendant des décennies. On connaissait moins l’intérêt un temps porté par le fondateur d’Emmaüs au Maréchal Pétain, et encore moins ses propos antisémites. Dans leur livre enquête Abbé Pierre, la fabrique d’un saint (Allary) publié ce jeudi 17 avril, les journalistes Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin révèlent une nouvelle face sombre du prêtre catholique.
Dans l’ouvrage, dont Le Nouvel Obs a partagé les bonnes feuilles mercredi, la biographie élogieuse d’un Abbé Pierre qui s’est toujours battu pour la France, resté aux côtés des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale prend du plomb dans l’aile. D’après des documents consultés par les journalistes, avant d’entrer en résistance, celui qui se faisait à l’époque encore appeler Henri Grouès «a d’abord été un chaud partisan de la révolution nationale du maréchal Pétain».
Pour preuve, il écrit en des termes élogieux en mai 1941 au responsable pour la région Dauphiné-Haute Savoie du Secrétariat général de la Jeunesse (une administration qui vise à encadrer les nouvelles générations) pour dire qu’il soutient une «Chevalerie de la France nouvelle» et une «reprise saine et morale des jeunes de France». Le même mois, à la tribune du vélodrome de Grenoble, il vante la «France renaissante de notre grand maréchal».
Un grand écart pas si marginal
Il ne basculera dans la résistance qu’un an plus tard, «au moment des grandes rafles des juifs», explique à l’Obs Marie-France Etchegoin. Cette partie de son histoire est déjà documentée : l’Abbé Pierre cachera et hébergera des juifs à Grenoble, et les aidera à passer la frontière suisse. Il participera aussi à créer des fausses cartes d’identité, à aider les réfractaires du service du travail obligatoire (STO) ou encore à la création d’un maquis en Chartreuse et dans le Vercors, rappelle le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Le Maitron.
Interrogé par Libération, l’historien Henry Rousso, spécialiste de la Seconde guerre mondiale notamment connu pour avoir défini le «négationnisme», explique que ce parcours de pétainiste à résistant n’avait à l’époque rien de surprenant : «C’est un phénomène qui a été théorisé et qui est loin d’être marginal. Beaucoup, même des gens absolument prestigieux, ont pu être des fidèles du régime de Vichy au début de l’occupation avant de basculer ensuite dans la Résistance. Il faut comprendre qu’un monde sépare 1940 de 1944. En 40, la France a perdu, le pays est à terre, il n’y a plus d’espoir. Des millions de Français ont eu des sentiments plutôt pro-Pétain à cette époque. A partir de 1942-1943, c’est totalement différent. Mais tous ne sont pas entrés en résistance.»
Le chercheur cite notamment l’exemple de François Mitterrand (agent contractuel du gouvernement de Vichy début 1942 puis résistant un an plus tard) ou encore de Maurice Couve de Murville qui a travaillé pendant plusieurs années pour le gouvernement de Vichy avant basculer dans la résistance et de finir Premier ministre de Charles de Gaulle sur la fin de sa présidence.
«Le curé maquisard trouve qu’il y a trop de juifs dans les institutions»
Dans leur ouvrage, Laetitia Cherel et Marie-France Etchegoin déterrent également des propos antisémites tenus par l’Abbé Pierre lors d’une audition à Alger, alors capitale de la France libre, en juillet 1944. Le religieux parle «des familles [juives] contraintes à l’oisiveté (sans qu’il soit de leur faute, certes) mais regorgeant d’or avec quoi elles raflaient avec une impitoyable dureté tout». Il se plaint aussi des «trop faibles proportions d’Israélites dans les maquis» et des «trop fortes proportions au contraire parmi les passifs ‘‘planqués’‘, des fermes ou des petits hôtels».
«Ce document est à peine croyable, juge Laetitia Cherel dans l’Obs. Le curé maquisard trouve qu’il y a trop de juifs dans les institutions du gouvernement provisoire. Il considère que les Français leur sont tout aussi hostiles qu’avant la guerre et qu’ils ont des raisons de l’être.» Henry Rousso estime que ces citations «reflètent les préjugés de l’époque». Par ailleurs, l’Abbé Pierre était «assez mal informé car la proportion de Juifs dans la résistance était particulièrement élevée», précise l’historien.
Quelques années plus tard, au milieu des années 1990, l’Abbé Pierre apportera également son soutien au philosophe négationniste Roger Garaudy, auteur d’un livre révisionniste et condamné pour contestation de crimes contre l’humanité. Il expliquera par la suite avoir agi à «titre amical».
https://www.liberation.fr/societe/relig ... directed=1