Re: « Assistanat », « Remigration », « Grand remplacement » : comment l’extrême droite française...
Posté : 13 août 2026 10:31
Généalogie d’un concept
Qu’est-ce que la “remigration” ?
Anne-Sophie Moreau, publié le 19 janvier 2024
Alors que le Royaume-Uni projette d’exiler ses migrants au Rwanda, l’extrême droite identitaire allemande fomente un projet de « remigration » censé purifier le peuple de ses immigrés inassimilés. Mais de quoi s’agit-il, au juste ?
Une villa cossue au bord d’un lac, tout près de Wannsee où se tint la conférence du même nom. C’est là que se sont pressées en toute discrétion une vingtaine de personnalités de l’extrême droite allemande, invitées par un dentiste à la retraite et le fondateur d’une chaîne de sandwiches, pour discuter de la « survie du peuple ».
Parmi elles, des responsables d’Alternative für Deutschland (AfD), devenue la deuxième force politique du pays : le parti est crédité de 20% des intentions de vote pour les élections européennes. Ce sommet a eu lieu fin novembre ; son compte rendu vient d’être publié par le média d’investigation Correctiv, avec comme titre « Un plan secret contre l’Allemagne ». Au cœur du scandale, une intervention de Martin Sellner, tête pensante autrichienne du « Mouvement identitaire » allemand, ayant pour objectif affiché de discuter d’un plan de « remigration » des immigrés.
(Re)coloniser l’Afrique ?
Vouloir expulser les étrangers ? Rien d’étonnant de la part de l’extrême droite, pense-t-on au premier abord. De nombreux gouvernements de tous bords planchent d’ailleurs déjà sur la question de l’immigration illégale : en 2019, Emmanuel Macron promettait en vain de faire exécuter 100% des « obligations de quitter le territoire français » (OQTF). Cette semaine, le Royaume-Uni a franchi une étape inédite en la matière, en faisant voter par la Chambre des Communes l’expulsion au Rwanda des demandeurs d’asile arrivés illégalement sur son territoire. Un projet extrêmement controversé, que l’Agence des Nations unies pour les réfugiés juge contraire au droit international.
Or le projet du Mouvement identitaire allemand va encore au-delà. La « remigration » évoquée par Martin Sellner a pour but d’« annuler la colonisation [du pays] par des étrangers ». Pour cela, il faudrait éloigner les demandeurs d’asile, les étrangers à qui a été accordé un titre de séjour, mais aussi, et c’est ce point précis qui a tout particulièrement indigné l’opinion : tout immigré « non assimilé » – c’est-à-dire y compris des citoyens qui détiennent la nationalité allemande. Ces derniers constituent « le plus gros problème » à résoudre pour l’extrême droite, d’après le leader des identitaires. Il faudrait exercer une « forte pression » pour les contraindre à s’adapter à la culture locale, via des « lois sur mesure » dont Sellner ne détaille pas le contenu exact.
Le projet prendrait « des décennies », assume le jeune tribun. Il va jusqu’à envisager la création d’un État en Afrique du Nord censé héberger ces immigrés indésirables à ses yeux, soit près de deux millions de personnes. Ces Allemands exilés pourraient y suivre des formations ou se mettre au sport (non, ce n’est pas une blague). Sellner a même un plan pour les militants qui défendent les réfugiés : ils pourraient les suivre là-bas, tout simplement !
Un arrière-goût de “solution finale”
Impossible pour les Allemands de ne pas penser à la conférence de Wannsee, où des dignitaires nazis se réunirent en 1942 dans un décor similaire pour décider de la « Solution finale » qui scella le sort de six millions de Juifs d’Europe. Ou encore au « plan Madagascar » esquissé par les nazis en 1940, lorsqu’ils envisageaient de les déporter sur l’île en question. Certes, le terme de « déportation » a été soigneusement évité par Sellner. Mais l’idée même de vouloir effectuer un tri entre les « bons » et les « mauvais » citoyens convoque des souvenirs tristement vivaces chez nos voisins allemands. Ce week-end, des milliers de personnes manifestaient contre l’AfD, accusée de constituer un danger pour la République fédérale, tandis que des députés envisagent de faire interdire le parti par la cour constitutionnelle.
La direction du parti n’a pas participé à cette rencontre, se défendent ses représentants. Le chef du groupe parlementaire du land de Saxe-Anhalt et le conseiller personnel de la dirigeante du parti Alice Weidel étaient certes présents, mais sans rôle officiel. Il n’empêche que le concept de « remigration » figure depuis longtemps dans les programmes de l’AfD, y compris dans celui des élections européennes. « La jeunesse allemande demande la remigration », affichaient les jeunes de l’AfD sur leurs bannières lors d’une manifestation en octobre.
En France, Éric Zemmour annonçait lors de sa campagne présidentielle vouloir créer un « ministère de la Remigration ». Son objectif : expulser un million de « clandestins », de « délinquants », de « criminels » et de « fichés S », bref, « tous les gens dont on ne veut plus », dont le candidat imaginait pouvoir se débarrasser d’ici la fin du quinquennat. Une proposition qui a suscité l’indignation y compris chez certains de ses militants.
Déloger les “Français de papier”
D’où vient le terme de « remigration » ? Pas de l’extrême droite, du moins au départ. Emprunté de l’anglais, le mot est absent des dictionnaires français. D’après Oxford, la première occurrence du terme est relevée en 1608 dans des écrits du pasteur Andrew Willet (1562-1621). L’expression est de nos jours employée par les démographes anglophones pour désigner le retour – volontaire ou non – d’immigrés dans leur pays d’origine. Historiquement, le terme est donc purement factuel et dénué de toute connotation politique.
https://www.philomag.com/articles/quest ... emigration
Qu’est-ce que la “remigration” ?
Anne-Sophie Moreau, publié le 19 janvier 2024
Alors que le Royaume-Uni projette d’exiler ses migrants au Rwanda, l’extrême droite identitaire allemande fomente un projet de « remigration » censé purifier le peuple de ses immigrés inassimilés. Mais de quoi s’agit-il, au juste ?
Une villa cossue au bord d’un lac, tout près de Wannsee où se tint la conférence du même nom. C’est là que se sont pressées en toute discrétion une vingtaine de personnalités de l’extrême droite allemande, invitées par un dentiste à la retraite et le fondateur d’une chaîne de sandwiches, pour discuter de la « survie du peuple ».
Parmi elles, des responsables d’Alternative für Deutschland (AfD), devenue la deuxième force politique du pays : le parti est crédité de 20% des intentions de vote pour les élections européennes. Ce sommet a eu lieu fin novembre ; son compte rendu vient d’être publié par le média d’investigation Correctiv, avec comme titre « Un plan secret contre l’Allemagne ». Au cœur du scandale, une intervention de Martin Sellner, tête pensante autrichienne du « Mouvement identitaire » allemand, ayant pour objectif affiché de discuter d’un plan de « remigration » des immigrés.
(Re)coloniser l’Afrique ?
Vouloir expulser les étrangers ? Rien d’étonnant de la part de l’extrême droite, pense-t-on au premier abord. De nombreux gouvernements de tous bords planchent d’ailleurs déjà sur la question de l’immigration illégale : en 2019, Emmanuel Macron promettait en vain de faire exécuter 100% des « obligations de quitter le territoire français » (OQTF). Cette semaine, le Royaume-Uni a franchi une étape inédite en la matière, en faisant voter par la Chambre des Communes l’expulsion au Rwanda des demandeurs d’asile arrivés illégalement sur son territoire. Un projet extrêmement controversé, que l’Agence des Nations unies pour les réfugiés juge contraire au droit international.
Or le projet du Mouvement identitaire allemand va encore au-delà. La « remigration » évoquée par Martin Sellner a pour but d’« annuler la colonisation [du pays] par des étrangers ». Pour cela, il faudrait éloigner les demandeurs d’asile, les étrangers à qui a été accordé un titre de séjour, mais aussi, et c’est ce point précis qui a tout particulièrement indigné l’opinion : tout immigré « non assimilé » – c’est-à-dire y compris des citoyens qui détiennent la nationalité allemande. Ces derniers constituent « le plus gros problème » à résoudre pour l’extrême droite, d’après le leader des identitaires. Il faudrait exercer une « forte pression » pour les contraindre à s’adapter à la culture locale, via des « lois sur mesure » dont Sellner ne détaille pas le contenu exact.
Le projet prendrait « des décennies », assume le jeune tribun. Il va jusqu’à envisager la création d’un État en Afrique du Nord censé héberger ces immigrés indésirables à ses yeux, soit près de deux millions de personnes. Ces Allemands exilés pourraient y suivre des formations ou se mettre au sport (non, ce n’est pas une blague). Sellner a même un plan pour les militants qui défendent les réfugiés : ils pourraient les suivre là-bas, tout simplement !
Un arrière-goût de “solution finale”
Impossible pour les Allemands de ne pas penser à la conférence de Wannsee, où des dignitaires nazis se réunirent en 1942 dans un décor similaire pour décider de la « Solution finale » qui scella le sort de six millions de Juifs d’Europe. Ou encore au « plan Madagascar » esquissé par les nazis en 1940, lorsqu’ils envisageaient de les déporter sur l’île en question. Certes, le terme de « déportation » a été soigneusement évité par Sellner. Mais l’idée même de vouloir effectuer un tri entre les « bons » et les « mauvais » citoyens convoque des souvenirs tristement vivaces chez nos voisins allemands. Ce week-end, des milliers de personnes manifestaient contre l’AfD, accusée de constituer un danger pour la République fédérale, tandis que des députés envisagent de faire interdire le parti par la cour constitutionnelle.
La direction du parti n’a pas participé à cette rencontre, se défendent ses représentants. Le chef du groupe parlementaire du land de Saxe-Anhalt et le conseiller personnel de la dirigeante du parti Alice Weidel étaient certes présents, mais sans rôle officiel. Il n’empêche que le concept de « remigration » figure depuis longtemps dans les programmes de l’AfD, y compris dans celui des élections européennes. « La jeunesse allemande demande la remigration », affichaient les jeunes de l’AfD sur leurs bannières lors d’une manifestation en octobre.
En France, Éric Zemmour annonçait lors de sa campagne présidentielle vouloir créer un « ministère de la Remigration ». Son objectif : expulser un million de « clandestins », de « délinquants », de « criminels » et de « fichés S », bref, « tous les gens dont on ne veut plus », dont le candidat imaginait pouvoir se débarrasser d’ici la fin du quinquennat. Une proposition qui a suscité l’indignation y compris chez certains de ses militants.
Déloger les “Français de papier”
D’où vient le terme de « remigration » ? Pas de l’extrême droite, du moins au départ. Emprunté de l’anglais, le mot est absent des dictionnaires français. D’après Oxford, la première occurrence du terme est relevée en 1608 dans des écrits du pasteur Andrew Willet (1562-1621). L’expression est de nos jours employée par les démographes anglophones pour désigner le retour – volontaire ou non – d’immigrés dans leur pays d’origine. Historiquement, le terme est donc purement factuel et dénué de toute connotation politique.