"Il pensait avoir gagné à Euromillions et c'est foutu" : comment Jordan Bardella a été relégué au rôle de numéro 2 derrière Marine Le Pen
Publié le 12/07/2026 06:56
Alors qu'il s'était préparé à porter les couleurs du Rassemblement national à l'élection présidentielle, l'ambitieux patron du parti doit se contenter de la perspective de Matignon. Une rétrogradation qui ne dit pas son nom.
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Heureux et fier d'avoir parrainé Jordan Bardella !" Plusieurs cadres du Rassemblement national (RN), comme le député Jean-Philippe Tanguy, ont publié sur les réseaux sociaux, ces derniers jours, des photos d'eux avec un formulaire de soutien au patron du parti. Les plus malicieux y verront un message taquin, car ce sont des parrainages pour permettre au trentenaire de rester président du RN, poste qu'il occupe déjà depuis la fin de l'année 2022.
Un maigre lot de consolation pour l'eurodéputé, qui aurait pu devenir le candidat du parti à la flamme, si Marine Le Pen n'avait pas décidé de se pourvoir en cassation après sa condamnation confirmée par la cour d'appel de Paris, mardi 7 juillet.
Pour Jordan Bardella, le destin s'est joué mardi après-midi. La cour d'appel vient alors de condamner Marine Le Pen à un an de bracelet électronique, ainsi qu'à une peine d'inéligibilité avec sursis, la partie ferme ayant déjà été purgée.
Dans ces conditions, plus favorables qu'anticipé, la triple candidate à l'élection présidentielle a pris sa décision :
elle annoncera le soir même, sur le plateau de TF1, sa volonté de continuer à briguer l'Elysée, malgré les nuages autour de cette candidature contrariée, mais possible.
"Ni soulagement, ni déception"
La cheffe de file des députés RN a fait part de son choix à son dauphin, au siège du parti, dans le 16e arrondissement de Paris. "Pendant leur tête-à-tête, Marine lui a dit que sa décision était prise d'y aller, et elle s'est assurée que leur ticket gagnant était toujours d'actualité. Et Jordan a acquiescé", raconte un cadre à franceinfo.
En quelques mots, voilà donc le probable candidat à la magistrature suprême et favori de l'élection revenu dans son rôle habituel de numéro deux, à neuf mois du scrutin. Lors d'un premier déplacement en commun depuis l'arrêt de la cour d'appel, à La Flèche (Sarthe), mercredi, Jordan Bardella est apparu un brin crispé aux côtés d'une Marine Le Pen tout sourire. L'eurodéputé a échangé peu de mots avec les habitants de cette ville conquise par l'extrême droite aux dernières municipales, et a assuré le service minimum auprès des journalistes venus guetter ses déclarations, comme ses silences. "Ce n'est ni du soulagement ni de la déception", a-t-il brièvement répondu à la presse. "Moi, je me réjouis que Marine puisse porter nos couleurs et que l'innocence partielle du Rassemblement national soit reconnue. Nous allons continuer de travailler naturellement, main dans la main, comme nous l'avons toujours fait."
Le rapport entre les deux dirigeants était pourtant métamorphosé, ces derniers mois. Marine Le Pen avait prévenu : en cas de condamnation qui l'empêcherait de se présenter, ce que les réquisitions à l'issue du procès en appel pouvaient laisser penser, il reviendrait à son jeune dauphin de prendre le relais. De facto, l'hypothèse avait conduit le parti à anticiper ce scénario, à l'image d'une fête champêtre aux allures de transmission de témoin, samedi, à Liévin, dans le fief RN du Pas-de-Calais. "Si la justice m'interdit de me présenter à la présidentielle, alors c'est avec une grande énergie et une grande conviction que je soutiendrai tous les jours, et jusqu'à la victoire, Jordan Bardella", avait lancé Marine Le Pen à ses soutiens, comme un adoubement avant l'heure.
Un slogan préparé pour Jordan Bardella
Presque sur orbite, le président du RN avait jusqu'alors poursuivi sa tentative de présidentialisation, comme pour mieux endosser le costume et sortir de l'ombre le jour où la voie s'ouvrirait devant lui. A l'image de ce déplacement en Pologne, mi-juin, pour consolider sa stature internationale auprès, notamment, du président nationaliste, Karol Nawrocki. Plus discrètement,
un slogan et le lancement de campagne avaient été préparés par le parti en cas de candidature de Jordan Bardella, selon les informations de franceinfo.
La date du 7 juillet 2026, désormais inscrite dans l'histoire du parti, a bousculé les plans. Outre La Flèche, mercredi, un autre déplacement commun est prévu la semaine du lundi 13 juillet pour mettre en scène l'unité du tandem, a appris franceinfo auprès de deux sources internes, jeudi après-midi. En attendant ces images estivales d'harmonie affichée, les cadres du RN insistent sur la "complémentarité" des deux leaders. "Si on devait supposer que l'un ait des lacunes, l'autre compenserait finalement par ses propres qualités", a défendu auprès de Public Sénat(Nouvelle fenêtre) Christopher Szczurek, sénateur RN du Pas-de-Calais.
Une cote en hausse chez les électeurs du RN
Au fil des mois, le trentenaire a multiplié les déplacements dans toute la France, pour les dédicaces de son livre, et a vu sa cote de popularité grimper. Au point de dépasser celle de Marine Le Pen, y compris auprès de la base électorale du parti. D'après deux sondages publiés mercredi, un tiers des sympathisants du RN estiment qu'elle aurait dû laisser la place à Jordan Bardella après sa condamnation en appel. Un avis certes minoritaire, mais inexistant avant le procès en appel. Et 36% des électeurs du RN pensent que l'eurodéputé aurait fait un meilleur candidat, contre 26% pour la députée du Pas-de-Calais, selon une enquête d'Elabe pour BFMTV(Nouvelle fenêtre).
Malgré sa popularité croissante, le président du RN doit désormais reprendre la place de numéro 2. "Ce n'est pas un retour en arrière, la candidature présidentielle de Jordan Bardella a toujours été le deuxième scénario", assure le député de Moselle Alexandre Loubet, membre de son équipe. "Ça ne change rien, on continue à préparer le projet de Marine Le Pen", poursuit-il. Ce programme, justement, sera discuté comme toujours par le tandem et quelques proches, mais sera celui de la quadruple candidate. Après avoir laissé s'exprimer sa fibre plus libérale, Jordan Bardella aura plus de mal à imprimer sa marque sur le projet du RN pour 2027.
Reste à voir si ces discussions se feront sans heurts, après quelques remous en interne sur l'âge de départ à la retraite, sur lequel Jordan Bardella souhaite ouvrir "une réflexion" quand sa mentor juge que la proposition de 2022 d'un départ à 62 ans est "toujours d'actualité". Ou encore sur la fiscalité, quand lui hésite à taxer les superprofits pétroliers alors que Marine Le Pen trouve cela "normal".
Pour Jordan Bardella, la fin de l'"enfer" ?
S'il refuse de parler de "soulagement" devant les caméras, le président du RN quitte une place pour le moins inconfortable. "La position de Jordan Bardella n'était pas simple ces dix-huit derniers mois", a reconnu la députée du Var Laure Lavalette, sur franceinfo. "Il vit le moment très durement, il dit 'j'ai deux mois d'enfer' [devant moi]", confiait un cadre, huit semaines avant le dénouement judiciaire.
Au parti, on jure que le tandem restera uni et les équipes soudées. "Jordan est trop fidèle et reconnaissant pour tenter quoi que ce soit contre Marine", juge un parlementaire RN. "Pour Bardella, c'est affreux, il pensait avoir gagné à Euromillions et c'est foutu !" s'amuse un ministre, certain que "Marine Le Pen va le câliner, tout le monde va se mettre dans le rang". "Je pense qu'il a la sagesse de se dire que ce n'est pas forcément l'urgence d'être candidat cette fois", estimait un lieutenant du parti, à quelques jours de la décision en appel. A 31 ans l'an prochain, Jordan Bardella peut encore rêver de devenir le plus jeune Premier ministre de la Ve République, si toutefois Marine Le Pen remportait le scrutin présidentiel qu'il a un temps rêvé de disputer.
https://www.franceinfo.fr/politique/jor ... 01364.html