Marine Le Pen et le Rassemblement lancent une contre-attaque désespérée après la peine d’inéligibilité
Rejetant toute remise en question, la cheffe de file du RN mise tout sur un scénario hasardeux. Ce qui interroge sur la capacité du parti à rebondir.
POLITIQUE - C’est sans doute le lieu préféré des responsables politiques aux prises avec la justice et pressés de mener une contre-offensive médiatique. Comme Nicolas Sarkozy ou François Fillon avant elle, Marine Le Pen était sur le plateau du 20 Heures de TF1 pour s’exprimer après sa lourde condamnation : quatre ans de prison dont deux ferme (aménagés sous bracelet électronique), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate.
Sur le papier, cela signifie qu’elle ne pourra pas se porter candidate à l’élection présidentielle. Et c’est bien de cela dont la députée du Pas-de-Calais est venue parler ce lundi 31 mars. Dénonçant une « décision politique », Marine Le Pen a directement mis en cause la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis. « La magistrate a assumé très clairement mettre en œuvre l’exécution provisoire de l’inéligibilité pour m’empêcher d’être candidate à la présidentielle », a-t-elle attaqué, accusant le tribunal correctionnel (dont le jugement est pourtant collégial) d’avoir agi dans l’unique but d’entraver son destin politique.
Tout miser sur une issue hasardeuse
Une défense qui a l’avantage d’esquiver le fond - une condamnation pour détournement de fonds public entachant de fait sa probité - et qui correspond à ce que donne à voir le Rassemblement national ces dernières heures. Soit une attaque en règle de la justice poursuivant un objectif obscur. Puisqu’il n’est pas dit que la minuscule issue juridique qui pourrait la sauver, à savoir un appel qui interviendrait rapidement et qui, de surcroît, lui serait favorable, puisse voir le jour. « Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi. Je vais mener les voies de recours que je peux. Il y a un petit chemin. Il est certes étroit, mais il existe », a-t-elle affirmé.
Malgré le caractère désespéré de la manœuvre, le RN s’obstine à tenir cette ligne. À l’image de l’appel à la «
mobilisation populaire et pacifique » lancé par Jordan Bardella, et à la pétition mise en ligne par le parti lepéniste visant à démontrer que «
la volonté du peuple est plus forte » que la justice.
Au premier abord, il y a du travail pour convaincre les Français, 65 % de ceux interrogés par Odoxa pour Le Figaro ne se disant pas choqués par la condamnation et 54 % estimant qu’elle a été traitée comme n’importe quel justiciable.
Ne reculant devant aucune exagération, le président du RN va jusqu’à dénoncer une « dictature des juges, qui souhaite empêcher le peuple français de s’exprimer ».
Une position qui s’entend pour récupérer à peu de frais des adresses mail de sympathisants, mais qui interroge sur les suites concrètes que le RN compte donner à ce coup de massue. Et, in fine, sur la capacité du parti d’extrême droite à se muer en force d’alternance mature et crédible.
Haro sur la justice
Car à part jeter l’opprobre sur l’institution judiciaire, la posture de Marine Le Pen et de ses proches offre peu de perspectives pour les mois à venir. Même l’option Bardella, évoquée en plateau, est pour l’instant balayée par l’intéressée, qui prend ainsi le risque de priver son parti de réelle option alternative mûrement préparée en cas de crash en appel (si appel il y a).
Plus inquiétant, ce discours accompagne des haines déversées sur les réseaux sociaux, lesquelles ont conduit le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à hausser le ton. «
Les menaces proférées contre les magistrats du Tribunal judiciaire de Paris sont inacceptables dans une démocratie et préoccupantes pour l’indépendance de l’autorité judiciaire », a dénoncé le Garde des Sceaux sur X, pendant que Marine Le Pen accusait en direct les juges d’avoir «
mis en place des pratiques qu’on croyait réservées à des régimes autoritaires ».
Quelques heures plus tôt, l’un de ses proches, André Rougé, mettait une cible dans le dos des magistrats. «
Mesdames Louise Neyton, procureur, et Bénédicte de Perthuis, présidente du tribunal auront des comptes à rendre à l’Histoire de France. Elles ont assassiné la démocratie ! », a écrit l’eurodéputé sur X.
Dans deux communiqués, le Conseil supérieur de la magistrature et la Cour d’appel de Paris (auprès de laquelle Marine Le Pen compte faire un recours) ont également déploré la tournure des événements. «
Dans un État de droit démocratique, la critique d’une décision de justice ne peut en aucun cas s’exprimer par des menaces formulées à l’égard des magistrats », a dénoncé le premier président de la Cour d’appel, Jacques Boulard. Ce dernier a également appelé «
au respect de l’institution judiciaire ».
Tout l’inverse du Rassemblement national, et de Marine Le Pen, ces dernières heures.
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 48204.html