Boum !...
Plus de 90 dollars le baril : avec sa promesse de poursuivre la guerre en Iran, Donald Trump fait exploser le prix du pétrole
Le président américain a annoncé ce vendredi 6 mars la poursuite de la guerre jusqu’à la capitulation de l’Iran. Faisant perdurer la paralysie du détroit d’Ormuz, où transite 20 % de l’or noir mondial.
Le prix du baril de pétrole au plus haut depuis deux ans. Les cours de l’or noir s’envolent, ce vendredi 6 mars, après la promesse de Donald Trump de poursuivre la guerre jusqu’à la «capitulation totale» de l’Iran. «Il n’y aura pas d’accord avec l’Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION», a fanfaronné le président américain sur son réseau Truth Social, sans se soucier que cette déclaration sèmerait un vent de panique chez les investisseurs concernant l’offre pétrolière du Moyen-Orient, ravivant les craintes d’un nouveau choc inflationniste.
Aussitôt dit, aussitôt fait : le baril de Brent, la référence internationale du pétrole, a bondi de 7 % dans la journée et a dépassé le seuil symbolique des 90 dollars. Vers 16 heures, il a atteint les 91,89 dollars, une première depuis avril 2024. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, s’est affiché brièvement à 89,62 dollars, soit une hausse de 10,63 %, avant de redescendre un peu. «Alors que la situation dans la région se détériore et qu’aucune fin claire du conflit n’est en vue, résume Fawad Razaqzada, analyste de Forex.com, les marchés de l’énergie réagissent en conséquence».
Dans une interview au Financial Times ce vendredi, le ministre qatari de l’Énergie, Saad al-Kaabi, envisage même que le prix du baril atteigne 150 dollars si tous les producteurs d’énergie du Golfe interrompent leurs exportations dans les semaines à venir avec une poursuite du conflit.
8,7 millions de barils bloqués par jour
Si les investisseurs s’inquiètent, c’est parce que chaque journée passée dans un Moyen-Orient en guerre engendre un risque pour l’approvisionnement en pétrole sur les marchés du monde entier. Depuis le début du conflit lancé samedi 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, qui riposte, plusieurs infrastructures énergétiques ont subi des attaques.
Surtout, le stratégique détroit d’Ormuz, par où transite environ 20 % de la production mondiale d’or noir et près de 20 % du gaz naturel liquéfié, est paralysé : les Gardiens de la révolution bloquent de facto le trafic dans le détroit. Giovanni Staunovo, analyste chez UBS, avertit que «chaque jour où le détroit d’Ormuz reste fermé, le marché pétrolier se tend davantage». La télévision d’Etat iranienne a affirmé ce vendredi encore qu’un «autre» navire était en feu dans le détroit après avoir été touché par un drone. Plus tôt, un porte-parole de l’armée iranienne avait déclaré qu’un pétrolier américain dans le golfe Persique était «en feu» après avoir été ciblé par les forces iraniennes.
Par ailleurs, les capacités de stockage des pays du Golfe ne sont pas infinies. «Si la situation ne se résout pas rapidement, nous assisterons bientôt à une rationalisation de la production de pétrole brut et à une nouvelle réduction de l’activité des raffineries, en particulier en Asie et au Moyen-Orient», prévient de son côté Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sont en mesure de contourner partiellement le détroit, mais, ajoute l’analyse, «même avec ces options de contournement, environ 8,7 millions de barils par jour» sont bloqués.
De son côté, l’Irak a d’ores et déjà réduit sa production d’or noir, au sein de l’un de ses principaux champs pétrolifères en début de semaine, et selon un article du Wall Street Journal, le Koweït a commencé à faire de même, «après avoir épuisé ses capacités de stockage de pétrole brut». Désormais, même si les exportations via Ormuz reprennent, «il y aura un décalage avant la reprise de la production», souligne Ole R. Hvalbye, analyste chez SEB. Et si la situation continue de s’aggraver, «cela pourrait potentiellement déclencher une récession économique».
Répercussions sur les consommateurs
En raison de ces perturbations, qui pourraient durer, «les acheteurs cherchent à sécuriser des barils de substitution», ce qui «amplifie» la hausse des prix, explicite Giovanni Staunovo. Pour prévenir d’éventuelles pénuries, la Chine a aussi demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d’essence, selon l’agence Bloomberg.
Preuve supplémentaire d’un marché en difficulté : le gouvernement américain a autorisé jeudi, et pour un mois, la livraison de pétrole russe (pourtant sous sanction) vers l’Inde, New Delhi étant directement touché par des problèmes d’approvisionnements en raison du conflit au Moyen-Orient. Les investisseurs redoutent aussi un regain d’inflation, particulièrement en Europe où les pays importent massivement leurs hydrocarbures, rappelant la vague inflationniste provoquée par la guerre en Ukraine en 2022.
«
Pour les marchés, la question reste entière : s’agit-il d’un simple choc temporaire ou du début d’un nouveau cycle de tensions durables sur l’énergie ?», résume John Plassard responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank. Car «la flambée des prix du pétrole a également des répercussions sur d’autres classes d’actifs, en particulier sur les marchés actions européens, généralement très sensibles aux coûts de l’énergie», abonde Fawad Razaqzada de Forex.com. L’augmentation de la valeur de l’or noir «agit comme une taxe sur la croissance, poursuit-il, pesant à la fois sur les marges des entreprises et les dépenses des consommateurs.»
https://www.liberation.fr/international ... X5KZ5POM4/