Gesticulation et culpabilisation
Posté : 26 août 2009 10:03
Gesticulation et culpabilisation
Face à l'opinion publique, Nicolas Sarkozy n'avait pas le choix: il devait recevoir les banquiers. Mais l'Etat a-t-il vraiment les moyens d'agir?
Nicolas Sarkozy entame sa rentrée politique en sermonnant les banques. Et en particulier l'une d'entre elles, dont les provisions destinées à rémunérer ses «traders» sont jugées exorbitantes. Rien que de très classique, me confie le patron d'un grand établissement financier, et pourtant l'affichage de telles sommes (*) choque l'opinion. Une partie des Français souffre de la crise malgré l'ampleur des stabilisateurs sociaux en France. Et une majorité d'entre eux craint pour son emploi.
Les traders boucs émissaires idéaux
Chaque crise génère ses boucs émissaires. Aussi, les traders sont-ils une cible idéale avec des symboles comme Jérôme Kerviel. Le sentiment général est que les financiers n'ont rien appris de la crise dont ils sont en partie responsables avec le développement des fonds spéculatifs, obligations «pourries», subprimes. Certes, la situation est plus complexe car on assiste à une fantastique redistribution des cartes à l'échelon mondial, à l'affirmation des pays émergents au détriment de l'Occident déclinant faute d'adaptation de son modèle social. Mais l'opinion simplifie les problèmes et Nicolas Sarkozy surfe sur le mécontentement général pour ne pas être emporté dans la tourmente tant redoutée. D'autant que l'État a aidé les banques à passer un cap difficile au plus fort de la crise. Pour autant, en les convoquant dans le cadre solennel qu'est l'Élysée, une mise en scène à laquelle se prêtent les banquiers tels les bourgeois de Calais, l'État peut-il aller au-delà de ce qui ressemble fort à de la gesticulation? Faute d'avoir monnayé son apport dans la crise par une entrée au sein des conseils d'administration, la nationalisation n'étant plus d'actualité, l'État n'a pas d'autre moyen d'agir. Surtout que les banques ont, depuis, remboursé leurs emprunts. De la même manière, la France a du mal à faire entendre sa voix au sein du G20 sur le thème de la régulation des marchés. Ainsi, ses préconisations sur le contrôle des paradis fiscaux n'ont-elles guère été suivies d'effet.
Culpabilisation des banques
Aux États-Unis, les grandes banques sorties d'affaire ont remis leurs pratiques traditionnelles à l'ordre du jour. Et les bonus français paraissent bien pâlots comparés à ceux pratiqués allégrement outre-Atlantique. Désormais, c'est Barack Obama qui est au coeur des critiques pour avoir trop laissé filer les déficit Autant dire que même si elle apparaît d'un bon rendement électoral, la posture morale de Nicolas Sarkozy pourrait bien demeurer purement incantatoire. Néanmoins, elle légitime l'opération de culpabilisation des banques qui n'en font pas assez pour le redémarrage de l'économie réelle.
*Cela correspond grosso modo à un bonus de 54.000euros attribué à chaque trader, bien que la population visée par la provision d'un milliard d'euros soit nettement plus large.
Face à l'opinion publique, Nicolas Sarkozy n'avait pas le choix: il devait recevoir les banquiers. Mais l'Etat a-t-il vraiment les moyens d'agir?
Nicolas Sarkozy entame sa rentrée politique en sermonnant les banques. Et en particulier l'une d'entre elles, dont les provisions destinées à rémunérer ses «traders» sont jugées exorbitantes. Rien que de très classique, me confie le patron d'un grand établissement financier, et pourtant l'affichage de telles sommes (*) choque l'opinion. Une partie des Français souffre de la crise malgré l'ampleur des stabilisateurs sociaux en France. Et une majorité d'entre eux craint pour son emploi.
Les traders boucs émissaires idéaux
Chaque crise génère ses boucs émissaires. Aussi, les traders sont-ils une cible idéale avec des symboles comme Jérôme Kerviel. Le sentiment général est que les financiers n'ont rien appris de la crise dont ils sont en partie responsables avec le développement des fonds spéculatifs, obligations «pourries», subprimes. Certes, la situation est plus complexe car on assiste à une fantastique redistribution des cartes à l'échelon mondial, à l'affirmation des pays émergents au détriment de l'Occident déclinant faute d'adaptation de son modèle social. Mais l'opinion simplifie les problèmes et Nicolas Sarkozy surfe sur le mécontentement général pour ne pas être emporté dans la tourmente tant redoutée. D'autant que l'État a aidé les banques à passer un cap difficile au plus fort de la crise. Pour autant, en les convoquant dans le cadre solennel qu'est l'Élysée, une mise en scène à laquelle se prêtent les banquiers tels les bourgeois de Calais, l'État peut-il aller au-delà de ce qui ressemble fort à de la gesticulation? Faute d'avoir monnayé son apport dans la crise par une entrée au sein des conseils d'administration, la nationalisation n'étant plus d'actualité, l'État n'a pas d'autre moyen d'agir. Surtout que les banques ont, depuis, remboursé leurs emprunts. De la même manière, la France a du mal à faire entendre sa voix au sein du G20 sur le thème de la régulation des marchés. Ainsi, ses préconisations sur le contrôle des paradis fiscaux n'ont-elles guère été suivies d'effet.
Culpabilisation des banques
Aux États-Unis, les grandes banques sorties d'affaire ont remis leurs pratiques traditionnelles à l'ordre du jour. Et les bonus français paraissent bien pâlots comparés à ceux pratiqués allégrement outre-Atlantique. Désormais, c'est Barack Obama qui est au coeur des critiques pour avoir trop laissé filer les déficit Autant dire que même si elle apparaît d'un bon rendement électoral, la posture morale de Nicolas Sarkozy pourrait bien demeurer purement incantatoire. Néanmoins, elle légitime l'opération de culpabilisation des banques qui n'en font pas assez pour le redémarrage de l'économie réelle.
*Cela correspond grosso modo à un bonus de 54.000euros attribué à chaque trader, bien que la population visée par la provision d'un milliard d'euros soit nettement plus large.