"La Russie, grande gagnante de la guerre en Iran ?
Alors que Washington et Tel Aviv frappent l'Iran, Moscou observe à distance. Derrière cette retenue apparente, la Russie pourrait tirer plusieurs bénéfices stratégiques d'un nouveau foyer de crise au Moyen-Orient.
Stupeurs et tremblements. À Téhéran, les dirigeants iraniens découvrent des limites à leur indéfectible relation avec la Russie. Comme l'avait appris avant eux l'ancien président syrien Bachar al-Assad, Moscou soutient, oui, mais à distance. Après les frappes américaines et israéliennes, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exprimé sa solidarité, sans offrir d'aide concrète. Dans les colonnes du magazine Forbes, lundi 2 mars, le think tank britannique Chatham House parle d'une "couverture prudente", le Kremlin cherchant à rester en contact sans s'impliquer directement.
Cette retenue surprend d'autant plus qu'un accord de partenariat de vingt ans a été signé entre la Russie et l'Iran, début 2025, même s'il n'y est pas question d'une alliance militaire, ni d'un engagement de défense mutuelle.
Le risque (profitable ?) d'un effondrement
Même lors de la guerre de douze jours entre Israël et l'Iran, à l'été dernier, la Russie n'avait "ni les moyens ni l'intérêt" de défendre militairement le régime iranien, exposent des analystes. Pourtant, en cas d'affaiblissement durable de Téhéran, Moscou pourrait perdre de l'influence dans toute la région, comme ce fut déjà le cas en Syrie après la chute d'Assad.
La Russie pourrait voir s'envoler des investissements majeurs, notamment un projet ferroviaire stratégique reliant les deux pays et un contrat de 25 milliards de dollars pour la construction de centrales nucléaires. Le pays de Vladimir Poutine avait aussi prévu d'élargir sa présence dans le secteur pétrolier et gazier iranien. Perdre un allié n'est toutefois pas toujours une catastrophe. Le Kremlin pourrait même saisir cette opportunité pour se repositionner et conserver l'avantage dans la région.
Le malheur des uns, le bonheur des autres
Moscou est d'ailleurs moins dépendant qu'auparavant de Téhéran. Au début de la guerre en Ukraine, la Russie s'appuyait fortement sur les drones iraniens Shahed, mais depuis 2023, elle en produit désormais des copies presque identiques sur son propre sol. L'Iran avait aussi aidé la Russie à contourner les sanctions, mais là encore, Moscou a trouvé ses "propres réseaux alternatifs" et opère désormais une vaste flotte fantôme de pétroliers. Autrement dit, la relation reste utile, mais elle n'est plus vitale.
Le conflit entre les États-Unis et l'Iran pourrait même bénéficier à Moscou. La guerre fait monter les prix du pétrole, notamment en raison des tensions autour du détroit d'Ormuz, par où transite plus de 20 % des exportations mondiales. Or, "le pétrole et le gaz représentent 45 % du budget fédéral russe". En outre, une guerre prolongée risque d'épuiser les stocks de munitions américains, au détriment du soutien à l'Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky l'a reconnu : ce qui se passe au Moyen-Orient pèsera sur les négociations avec Moscou."
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