Patrick_NL a écrit : sacamalix a écrit : 19 décembre 1653 : il ne s'est rien passé de notable

Événement considérable:
Marié
Claes Claesz, résidant à Westhavenstraet, lakenwerker de profession
Mariée
Grietgen Jacobs, né(e) à Middelburch, résidant à Westhavenstraet
Qui sont ils?
Aucune idée mais c'est dans le registre de mariage de Leiden.
Polémique insupportable:ils se seraient maries avant ( juillet 1619) d'après généalogie on line.
Je compté sur ton érudition pour arbitrer ce débat indispensable
L'histoire pourtant, est d'une terrible banalité pour l'époque...
Cette chère Grietgen était une fille bien malheureuse en ce temps-là. Aînée de famille nombreuse, comme beaucoup de familles de cette époque, elle avait perdu ses parents presque en même temps que son pucelage, vers les 10 ans. Il lui a donc fallu subvenir tôt aux besoins de ses frères et soeurs, délaissés qu'ils étaient par leurs oncles et tantes qui les logeaient au fond de l'étable. La pauvre fille s'occupait à la fois des vaches familiales et des enfants, envoyant paître ces derniers pendant qu'elle surveillait les premières (ou l'inverse ?).
C'est lors d'une journée pourtant radieuse que le drame arriva. Grietgen, alors déjà une belle jeune femme de 14 ans, tomba en pâmoison devant Christiaan, un beau jeune homme d'à peine 38 ans, fils du notaire, qu'elle croisait pour la première fois. Distraite par cet émoi, elle ne vit pas Hilke, la benjamine, s'approcher dangereusement du lac tout proche, dans lequel elle chuta. Malgré l'intervention aussi rapide que possible du vieux Claes, qui travaillait un peu plus loin, la jeune Hilke se noya. A peine remise du chagrin causé par Christiaan qu'elle savait inaccessible, Grietgen dut donc affronter le décès de sa soeur, dont elle se sentait responsable.
Il n'en fallait pas plus pour que le vieux Claes, pris d'un élan de sympathie, et son appétit de vieillard aiguisé par la fraicheur de l'enfant, console la petite Grietgen du mieux qu'il put. Il le fit tellement bien que Grietgen fut bien vite enceinte. La jeune fille était alors proche de perdre son honneur, le seul bien qui lui restait. Elle se maria donc avec Claes le 19 décembre 1653, le ventre déjà bien rond. Le reste du village n'était pas dupe : l'enfant avait été conçu en dehors de l'union sacrée de ce mariage quasi-incestueux. Plein de chagrin pour Grietgen, le curé de la paroisse fit alors une révélation opportune (et que personne n'a pu vérifier encore) : ces deux-là s'étaient mariés en secret plusieurs mois avant, en juillet, mais n'avaient pas voulu éventer l'affaire pour ne pas s'exposer aux quolibets des villageois. Nul doute que Grietgen, qui voyait ainsi son honneur lavé, fut réjouie de cette déclaration opportune du Père Peeters.
On ne sait si le vieux Claes eut du mal à suivre la fougue de la jeune Grietgen (certains racontent qu'ils jouirent de leur dernière nuit...), si elle usa d'un stratagème quelconque, ou si tout simplement son heure était arrivée... Toujours est-il qu'aux premières heures de l'année 1654, Claes s'éteignit dans son sommeil.
La veuve s'en fut alors chez le notaire, achetant avec les maigres économies de Claes une émancipation qui lui permit de ne pas retourner vivre dans l'étable de ses oncles et tantes. Alors qu'elle attendait son tour, elle aperçut de nouveau Christiaan. Et cette fois, ce ne fut pas en vain. Attendri par la fragilité de la jolie jeune veuve, il répudia sur le champ sa quinzième maîtresse. Dès lors, Grietgen se rendit compte du pouvoir de sa beauté, et en usa du mieux qu'elle put pour assurer à ses frères et soeurs l'existence qu'ils méritaient... aux dépens des bourses du bientôt pauvre Christiaan. Mais cela, c'est une autre histoire...
