"Les Européens dénoncent une "escalade" après un nouveau tir du missile Orechnik sur l'Ukraine
Ce projectile a été lancé contre une cible non communiquée de la ville occidentale de Lviv. La capitale, Kiev, a, elle, été visée par une importante vague de drones, qui ont fait au moins quatre morts.
La Russie a frappé la ville ukrainienne de Lviv avec un missile hypersonique Orechnik, jeudi 8 janvier, pour la deuxième fois depuis novembre 2024, lorsqu'une usine militaire avait été attaquée à Dnipro. L'armée russe a lancé ce projectile de dernière génération quelques heures seulement après avoir signifié son rejet du plan de déploiement d'une force multinationale en Ukraine. La nature de la cible n'a pas été communiquée à ce stade. Cette frappe n'est pas isolée et une nouvelle nuit de bombardements massifs a fait au moins quatre morts dans la capitale, Kiev.
Jeudi soir, des images étaient apparues sur les réseaux sociaux, montrant plusieurs flashs lumineux fendre le ciel en direction du sol, suivis de détonations difficiles à dénombrer. Certains analystes avaient rapidement évoqué le possible recours à ce type de missile. Celui-ci, en effet, a pour caractéristique d'être équipé de six têtes, chacune chargée de six munitions. Une vidéo du tir russe du 21 novembre 2024, diffusée sur les réseaux sociaux, montrait six puissants flashs successifs au moment de l'attaque, signe, d'après le GUR, le renseignement militaire ukrainien, que le missile "était équipé de six ogives".
Les mêmes flashs lumineux sont apparus sur plusieurs vidéos apparues sur les réseaux sociaux. (DR)
Sur Telegram(Nouvelle fenêtre), le maire de Lviv, Andrii Sadovi, avait dans un premier temps invité à la prudence concernant l'identification du missile, confiant cette responsabilité à l'armée. Dans la nuit, le commandement occidental de l'armée de l'air avait ensuite évoqué sur Facebook(Nouvelle fenêtre) une frappe sur Lviv intervenue à 23h47, avec un missile balistique se déplaçant à une vitesse hypersonique "d'environ 13 000 km/h". Le missile russe Orechnik peut être équipé avec des ogives conventionnelles mais également nucléaires – ce qui n'était pas le cas, en l'occurrence.
Le service de sécurité d'Ukraine (SBU) a finalement publié des images de débris présentés comme ceux de ce projectile. Des éléments de stabilisation et de guidage du missile figurent parmi les éclats retrouvés dans la région de Lviv, selon cette source, ainsi que des pièces de moteur.
"Une menace mondiale", réagit l'Ukraine
Ce missile a été déployé mi-décembre en Biélorussie, pays allié de la Russie situé aux portes de l'UE, comme l'avait alors annoncé son président, Alexandre Loukachenko. Mais la Russie a aussi pu lancer son missile depuis le cosmodrome de Kapoustin Yar, dans la région d'Astrakhan, a commenté un porte-parole de l'armée de l'air ukrainien, cité par le quotidien Ukraïnska Pravda(Nouvelle fenêtre). Le site héberge un complexe de lancement des missiles stratégiques russe.
"Une telle attaque à proximité de la frontière de l'Union européenne et de l'Otan représente une menace grave pour la sécurité du continent européen et un test pour l'alliance transatlantique", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères ukrainien(Nouvelle fenêtre), Andrii Sybiga. "Le recours par [Vladimir] Poutine d'un missile de moyenne portée près des frontières de l'UE et de l'Otan en réponse à ses propres hallucinations représente une menace mondiale. Et elle exige une réponse mondiale."
Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l'UE, a estimé que le tir d'un missile Orechnik était le signe "clair" d'une "escalade". Les attaques "continues" de la Russie, "y compris l'utilisation d'un missile balistique de portée intermédiaire Orechnik dans l'ouest de l'Ukraine", représentent "une escalade et sont inacceptables", ont également réagi Emmanuel Macron, le chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer, selon une porte-parole de Downing Street.
Kiev sous les drones
En effet, la capitale ukrainienne a aussi été la cible d'intenses bombardements dans la nuit. Une quarantaine de sites ont été touchés, dont 20 immeubles résidentiels, a précisé Igor Klymenko, le ministre de l'Intérieur ukrainien. L'opérateur électrique privé DTEK a annoncé que 370 000 foyers étaient sans courant à Kiev, à cause des frappes et de conditions météorologiques difficiles, après d'importantes coupures dans d'autres villes les jours précédents. La police a fait état de quatre morts et 24 blessés dans la capitale. Le bâtiment de l'ambassade du Qatar a subi des dégâts.
L'ambassade américaine à Kiev(Nouvelle fenêtre) avait informé jeudi ses ressortissants d'une possible attaque aérienne d'envergure "pouvant survenir à tout moment au cours des prochains jours". Et, selon l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a lancé dans la nuit 36 missiles et 242 drones sur l'Ukraine, parmi lesquels 18 missiles et 226 drones ont été abattus. Le ministère de la Défense russe a déclaré que ces frappes avaient été déclenchées "en réponse à l'attentat terroriste perpétré par le régime de Kiev" contre une résidence de Vladimir Poutine fin décembre, dont l'Ukraine et les Occidentaux affirment qu'il s'agit d'un "mensonge"."
https://www.franceinfo.fr/monde/europe/ ... 30326.html