Ben voyons ! Radio Odoul ment !
Le Front populaire a-t-il donné les pleins pouvoirs à Pétain, comme l'affirment des comptes d'extrême droite ?
La coalition de gauche élue en 1936 a pris fin en 1938. Si des anciens élus de ce mouvement ont pu participer au vote du 10 juillet 1940, la plupart d'entre eux se trouvaient à droite de l'échiquier politique.
Près d'un siècle après le Front populaire de Léon Blum, les principaux partis de gauche se sont alliés au sein d'un Nouveau Front populaire afin de faire barrage à l'extrême droite aux élections législatives anticipées convoquées par Emmanuel Macron. Mais déjà, certains internautes raillent l'intitulé de cette alliance, invoquant l'histoire : "Quel nom funeste ! C'est le Front populaire qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain", assure une utilisatrice sur le réseau social X. Une théorie aussi avancée par Pierre Sautarel, fondateur du site identitaire Fdesouche.
Le député RN Julien Odoul se servait déjà de cet argument il y a deux mois sur X : "Macron a parlé des Français qui ont trahi la France pendant la Seconde Guerre mondiale, mais il a oublié de mentionner les socialistes qui ont voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain." Alors, la coalition victorieuse formée en 1936 a-t-elle effectivement voté en faveur des pleins pouvoirs au profit du maréchal Pétain, connu pour sa collaboration avec l'Allemagne nazie ?
Une large alliance contre le fascisme
Après l'essor économique des années 1920, la France traverse plusieurs crises économiques et politiques dans la décennie suivante. Les différents partis de gauche, très divisés, craignent un coup d'Etat fasciste, comme chez leur voisin italien. Cette menace suffit à rassembler le socialiste Léon Blum, le communiste Maurice Thorez et le centriste Edouard Daladier. Les trois responsables s'unissent en vue des élections législatives de mai 1936 : c'est le Front populaire. Ils s'accordent sur un programme avec le slogan : "Pour le pain, la paix et la liberté." Concrètement, ils veulent mettre fin à la crise économique qui bouleverse le pays, éviter les conflits internationaux et défendre la République face au fascisme.
Cette coalition remporte les élections le 5 mai 1936, avec 386 sièges sur 608. Le Front populaire devient alors le parti majoritaire, avec Léon Blum à la tête du gouvernement. A la liesse succède un mouvement de grève massif pour faire pression sur l'exécutif. Entre mai et juin, plus de deux millions de personnes descendent dans la rue. Après des négociations, le 8 juin 1936, les accords de Matignon sont signés et de nombreux acquis sociaux remportés. Une hausse de salaire, deux semaines de congés payés par an et 40 heures de travail hebdomadaire sont ainsi instaurées.
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Une formulation malhonnête
Peu d'élus se doutaient aussi que Pétain allait réaliser un coup d'Etat dès le lendemain. "Ce vote arrive après le traumatisme de la défaite [de la Seconde Guerre mondiale]. Le gouvernement, réfugié à Vichy, essaie de trouver une solution. Il y a une manœuvre de Pierre Laval [ex-président du Conseil des ministres et future figure de la collaboration] pour ériger le maréchal Pétain comme sauveur", rappelle Jean Vigreux. "Ils n'avaient pas conscience de ce futur sabordage de la République." Le 11 juillet 1940, Philippe Pétain met en place un régime autoritaire qui mènera une politique de collaboration avec les nazis jusqu'en 1944.
Ainsi, affirmer que le "Front populaire" ou que les "socialistes" ont "donné les pleins pouvoirs à Pétain" est une formulation trompeuse, selon les historiens consultés par franceinfo. C'est "une formulation injuste historiquement et politiquement", résume Serge Wolikow. Derrière cette allégation, souvent portée par l'extrême droite, le but est "d'abîmer la mémoire du Front populaire des années 1930", juge-t-il. Pour son collègue Jean Vigreux, il s'agit d'un argument "classique" mis en avant par "tous ceux qui ont tenté de réhabiliter, depuis 1945, la mémoire du maréchal Pétain".
https://www.francetvinfo.fr/vrai-ou-fak ... 99826.html