Quel beau parti.
De la Lorraine à la Normandie, l’incohérence du RN face au racisme de ses candidats
À la veille du premier tour, Éric Ciotti avait publiquement retiré son soutien à Louis-Joseph Pecher en raison de ses messages sur les réseaux sociaux. Mais qualifié au second tour en Meurthe-et-Moselle, il revendique toujours le soutien de son parti, dont il a conservé l’étiquette en préfecture. Une illustration du double langage de l’extrême droite, si l’on observe en regard la situation de la candidate Ludivine Daoudi dans le Calvados.
Une tenue nazie, c’est non.
Des propos antisémites, c’est oui. La ligne adoptée par l’alliance d’extrême droite reste compliquée à suivre pour le second tour des élections législatives. Dans le Calvados, après la diffusion d’une photographie d’elle avec une casquette de l’armée allemande, le Rassemblement national (RN) a demandé, mardi 2 juillet, à sa candidate Ludivine Daoudi de se retirer du second tour –
elle s’était qualifiée en troisième position, avec près de 20 % des voix, et n’avait de ce fait aucune chance de l’emporter.
Ce qui a permis à Jordan Bardella de répéter toute la semaine sur les plateaux de télévision qu’il n’a pas « la main qui tremble » au moment de sanctionner les « quatre ou cinq brebis galeuses » qui auraient été investies par le parti.
Pourtant, dans le même temps, le RN et son allié Éric Ciotti n’ont pas exigé le retrait de Louis-Joseph Pecher, candidat dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle dont ils s’étaient pourtant officiellement désolidarisés avant le premier tour, au moment de la révélation de plusieurs de ses tweets haineux.
Rien n’a été fait dans l’entre-deux-tours
Identifié par StreetPress, un compte anonyme dont Louis-Joseph Pecher, fils d’un vieille figure du Front national, diffusait notamment les propos suivants, sur un compte dont il a reconnu la paternité :
– «
Juif qui parle, bouche qui ment » (le 9 avril 2024, en réponse à Julien Dray),
– «
Le bois de Boulogne retient son souffle. Franky dit la pompe ou la turlutte pourrait s’y reconvertir » (le 7 mai 2024, s’adressant au ministre Franck Riester, ouvertement homosexuel),
– «
L’islam fait toujours le jeu des USA, des juifs et du Mossad » (12 avril 2024),
– «
Le RN est un parti dirigé par des médiocres et des rentiers qui ont renié tout ce qui avait présidé au FN. Du patriotisme couché à la Meloni. Un attrape-nigaud, un défouloir pour sèche-couillons » (2 mai 2024).
Sur ce même compte, Louis-Joseph Pecher déclarait aussi, le 6 décembre 2013, au sujet de la garde des Sceaux de l’époque, Christiane Taubira : «
Toutes les guenons ne sont pas égales. » À l’époque, deux militants du Front national qui avaient aussi comparé la ministre noire à une singe avait été immédiatement exclues par Marine Le Pen.
Sitôt la publication de l’article de StreetPress, le mercredi 19 juin, l’équipe d’Éric Ciotti avait fait part de sa volonté, dans un communiqué de presse diffusé le jour même, de « retirer [son] investiture » à Pecher pour « propos antisémites, homophobes et orduriers ». Dans les faits, les équipes de campagne ne pouvaient pas faire grand-chose, les candidatures du premier tour ayant été bouclées en préfecture trois jours plus tôt, le dimanche 16 juin.
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