""Liens" entre partis politiques et islamisme : ce qu'il faut retenir des conclusions contestées de la commission d'enquête
Le rapport final de cette instance, voulue par Laurent Wauquiez et les députés de droite, cible essentiellement La France insoumise. Mais la commission reconnaît ne pas avoir trouvé "de liens structurés démontrables à ce jour entre les partis politiques et les mouvements islamistes".
De sa naissance à ses conclusions, la commission d'enquête parlementaire sur "les liens entre représentants de mouvements politiques et organisations propageant l’idéologie islamiste" aura fait polémique. Elle s'est achevée, mercredi 17 décembre, avec les préconisations de cette instance ardemment désirée par le groupe des Républicains à l'Assemblée nationale, et qui avait initialement été déclarée irrecevable en juin dernier.
Dans leurs travaux(Nouvelle fenêtre), à l'issue d'une trentaine d'auditions, le président LR de la commission, Xavier Breton, et le rapporteur UDR (ciottiste), Matthieu Bloch, formulent 32 recommandations pour "empêcher que des acteurs hostiles aux principes républicains ne trouvent, au sein des organisations politiques, des relais ou des opportunités d’influence". Ils ciblent principalement La France insoumise (LFI), qui ferait preuve selon eux de "complaisance" avec l'idéologie islamiste, ce qu'a vigoureusement dénoncé le mouvement de gauche radicale. Franceinfo revient sur les conclusions de cette commission d'enquête extrêmement politique.
LFI accusée de "proximités" avec "des individus propageant l'idéologie islamiste"
C'est l'un des éléments les plus saillants du rapport. La commission d'enquête accuse La France insoumise de "proximités" avec "des individus propageant l'idéologie islamiste", et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon emploierait une "stratégie clientéliste passant par l’instrumentalisation de la cause palestinienne", notamment après les attaques terroristes du 7-Octobre en Israël.
De plus, les députés de droite et d'extrême droite ciblent des élus LFI "complaisants" avec des individus proches de mouvements islamistes. "En prétendant défendre les musulmans, certains élus de LFI soutiennent en réalité des individus proches des mouvements islamistes", affirment les auteurs du rapport, en pointant du doigt le député Thomas Portes ou l'eurodéputée Rima Hassan.
"L'engagement de LFI dans une stratégie clientéliste auprès de l'électorat musulman a pu faire de ce mouvement une cible privilégiée pour les stratégies d’entrisme mises en œuvre par des individus promouvant l'idéologie islamiste", est-il écrit dans le rapport de la commission d'enquête, qui s'alarme d'une "inflexion des positions de LFI" sur la laïcité ou le voile islamique.
Pas de "liens structurés" établis "entre les partis politiques et les mouvements islamistes"
La commission d'enquête parlementaire se contente de pointer des cas particuliers, nombreux, très majoritairement reliés à LFI. Dans ses conclusions, elle n'a pas trouvé "de liens structurés démontrables à ce jour entre les partis politiques et les mouvements islamistes". Durant une conférence de presse présentant le rapport, Matthieu Bloch a reconnu qu'il n'y avait pas de lien "structurel" ou "financier", mais évoqué des "liens conjoncturels, électoralistes" avec certains élus de gauche radicale. "C'est précisément ce qui les rend dangereux", appuie-t-il.
Nicolas Lerner, patron de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), a ainsi évoqué devant cette commission "l’absence d’élément prouvant des connivences structurelles au sens de plan d’action, de programme, d’échéance, d’agenda communs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais que nos investigations n’ont pas mis en évidence de démarches assumées et méthodiques allant en ce sens."
LFI fustige une "commission d'inquisition politique" contre elle
"Cette commission n'avait qu'un seul objectif : devenir une commission d'inquisition politique à notre encontre", a estimé LFI dans un communiqué diffusé mardi, avant la publication du rapport. Les auditions des services de renseignement ont "démontré l'absence totale de lien entre La France insoumise et des organisations terroristes, a fortiori de fanatiques religieux", a insisté le mouvement, en citant les propos de Nicolas Lerner.
"Monsieur Wauquiez a essayé de tendre un piège à La France insoumise, il disait qu'il voulait dégommer La France insoumise, et j'ai plutôt le sentiment que c'est sa commission d'enquête qui s'est fait dégommer", a ironisé Manuel Bompard, coordinateur du mouvement, sur TF1(Nouvelle fenêtre), en évoquant notamment l'audition très médiatisée de Jean-Luc Mélenchon, samedi 6 décembre. "Votre commission nous innocente totalement", avait lancé le triple candidat à la présidentielle, ce jour-là.
Des recommandations pour lutter "plus efficacement" contre l'islamisme
Au-delà du cas de La France insoumise, abondamment médiatisé, la commission d'enquête parlementaire formule une série de recommandations, parfois générales, parfois très techniques. Sur le plan politique, "il est indispensable que les partis politiques eux-mêmes se dotent de mécanismes internes de prévention et de vigilance face aux stratégies d’entrisme", réclament les auteurs du rapport.
Ils appellent aussi à "surveiller plus efficacement" la menace islamiste "au travers du renforcement des capacités d’action des services de renseignement", ainsi qu'en augmentant "le soutien public au développement de la recherche sur l’islam et l’islamisme". Un meilleur "contrôle des subventions versées aux associations" serait selon eux nécessaire. La commission préconise encore de renforcer le dispositif de gel des avoirs "pour le rendre applicable aux individus faisant l’apologie du terrorisme ou appelant à la discrimination ou à la haine"."
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