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des jeunes des Izards en visite au musée juif de Bruxelles

Posté : 12 novembre 2014 17:44
par tisiphoné
Ils sont sages et un peu gauches, la mine soucieuse face à autant de journalistes et de politiques. Ils portent tous le survêtement vert pomme de leur club, l'AS Les Izards. « Dur à assumer », dit l'un d'eux : ce quartier toulousain est celui qui a vu grandir, puis se perdre dans le terrorisme, Mohammed Merah, l'auteur des tueries antijuives de mars 2012.

Le groupe de jeunes est en visite à Bruxelles et a adhéré au projet que lui a présenté une association toulousaine : coupler une visite au Parlement européen avec une autre au Musée juif de la capitale belge, où un autre islamiste radical, Mehdi Nemmouche, a ouvert le feu en mai, tuant quatre personnes dans le hall d'entrée.

Les jeunes ont observé une minute de silence devant la plaque posée en souvenir des victimes, un jeune employé, une Française qui officiait comme bénévole et deux touristes israéliens. « C'est émouvant de voir ces jeunes dire, 'Nous, on ne veut pas ça' », commente Daniel Cohn-Bendit, qui a accompagné son ami José Bové, celui qui a été contacté par les organisateurs toulousains. « Leur geste est à la fois insignifiant et extrêmement important », commente « Dany ».

« JE SUIS MUSULMAN ET PACIFIQUE »


Philippe Blondin, le directeur du musée, fait office de guide. Il raconte « la parfaite intégration » des juifs arrivés en Belgique au XIXe siècle, fuyant les pogroms d'Europe de l'Est. « Il n'étaient pas tous banquiers », précise-t-il, détaillant les petits métiers des uns et les découvertes savantes des autres. Et quand les jeunes jettent un regard sur les planches de bois qui recouvrent les murs de l'une des salles, il précise qu'il ne faut y voir aucun rappel des camps de la mort, mais bien des « Schule », ces premières petites synagogues qui accueillaient les fidèles.

Un peu moins de quatre mois après la tuerie, le musée juif de Bruxelles a rouvert ses portes au public dimanche, désormais entouré de mesures de sécurité draconiennes. Le Premier ministre belge Elio di Rupo a invité tous les citoyens à aller visiter le musée, en hommage aux victimes et pour dire que 'l'humanité est plus forte que la barbarie'. Pour les représentants de la communauté juive de Belgique, cette réouverture est une manière de montrer qu'ils ne baisseront jamais les bras face à l'antisémitisme. 'On ne combat pas ce qu'on connait. Et donc, c'est important qu'un musée puisse envoyer ce message, puisse faire de la pédagogie, puisse expliquer ce que c'est la culture juive, et ça permettra d'apporter un peu de lumière face aux poussées obscurantistes' explique Joël Rubinfeld, président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme. Le 24 mai dernier, Mehdi Nemmouche, un Franco-Algérien se réclamant de l'Etat islamique, avait fait irruption dans le hall d'entrée du musée abattant quatre personnes à bout portant. 'La réouverture du musée a été possible après que le Ministère Public ait reçu les garanties que la reconstitution du crime qui sera bientôt réalisée ici dans le cadre de l'enquête judiciaire en cours n'en sera pas affectée' précise notre correspondante à Bruxelles Isabel Marques da Silva. Pendant ce temps à Berlin, un grand rassemblement était organisé dimanche contre l'antisémitisme. Organisé par le Conseil central des Juifs en Allemagne, il a eu lieu devant la porte de Brandebourg en présence de la chancelière Angela Merkel. Cet été, lors de manifestations de soutien au peuple palestinien, des slogans antisémites ont été entendus dans les cortèges, dans un pays marqué par l'holocauste juif. Cependant, il n'y a pas eu de dérive violente, comme ce fut notamment le cas en France.

Visiblement ému, le président se perd dans quelques détails qui passent au-dessus de la tête des visiteurs mais il explique très bien la signification de l'étoile de David, du Temple de Jérusalem ou de la Ménorah, le chandelier à sept branches. Il détend l'atmosphère avec une blague : « Connaissez-vous la différence entre une femme et une femme juive ? La femme sait tout. La femme juive sait tout, mieux que tout le monde. » Rires polis.

L'un des jeunes résume son état d'esprit : « Je veux montrer que je suis musulman et pacifique. J'ai adhéré au projet parce que j'en ai marre de l'étiquette qu'on me colle dans le dos parce que j'habite le quartier de Merah. » Maurice Sosnowski, président de la Coordination des organisations juives de Belgique, a assisté à la visite et s'en réjouit. Avec une nuance : « Nous avons proposé à la communauté musulmane belge d'organiser ce type de rencontres. Nous n'avons pas reçu de réponses. Ou elles furent négatives. »