compteur trafiqué : comment déjouer la fraude
Posté : 10 décembre 2014 08:20
Près d'une occasion sur cinq affiche un kilométrage fictif. En attendant la mise en place d'un fichier national, voici comment se prémunir contre ce type de fraude.
C'est le sourire en coin et la larme à l'œil que les anciens combattants livrent leurs souvenirs de la "grande époque" du négoce automobile. Ils racontent comment certains de leurs confrères peu scrupuleux — mais eux, jamais ! — rajeunissaient en un tournemain les voitures. Comment il leur suffisait de brancher le câble du compteur sur le mandrin d'une perceuse électrique pour faire défiler les chiffres. Ou comment des mains expertes ouvraient les instruments sans laisser de trace suspecte.
On croyait le négoce automobile débarrassé de cette plaie depuis l'avènement de l'électronique et la disparition des compteurs à rouleaux au profit des écrans à cristaux liquides. Hélas ! Il n'en est rien. "La fraude au compteur touche pratiquement un véhicule d'occasion sur trois en Europe et un sur cinq en France", affirme Céline Kastner, Directrice du service juridique et des politiques publiques de l'Automobile Club Association. "Les proportions sont encore plus importantes lorsqu'il s'agit de transactions transfrontalières puisque les réglementations varient beaucoup d'un État membre à l'autre."
Près d'une occasion sur cinq affiche un kilométrage fictif. En attendant la mise en place d'un fichier national, voici comment se prémunir contre ce type de fraude.
Un boîtier à 150 euros déniché sur le net suffit à réécrire le kilométrage d'une Volkswagen Golf de 2008. Édifiant. Image © LQA — E. Bergerolle Un boîtier à 150 euros déniché sur le net suffit à réécrire le kilométrage d'une Volkswagen Golf de 2008. Édifiant. Image
C'est le sourire en coin et la larme à l'œil que les anciens combattants livrent leurs souvenirs de la "grande époque" du négoce automobile. Ils racontent comment certains de leurs confrères peu scrupuleux — mais eux, jamais ! — rajeunissaient en un tournemain les voitures. Comment il leur suffisait de brancher le câble du compteur sur le mandrin d'une perceuse électrique pour faire défiler les chiffres. Ou comment des mains expertes ouvraient les instruments sans laisser de trace suspecte.
On croyait le négoce automobile débarrassé de cette plaie depuis l'avènement de l'électronique et la disparition des compteurs à rouleaux au profit des écrans à cristaux liquides. Hélas ! Il n'en est rien. "La fraude au compteur touche pratiquement un véhicule d'occasion sur trois en Europe et un sur cinq en France", affirme Céline Kastner, Directrice du service juridique et des politiques publiques de l'Automobile Club Association. "Les proportions sont encore plus importantes lorsqu'il s'agit de transactions transfrontalières puisque les réglementations varient beaucoup d'un État membre à l'autre."
"Les véhicules haut-de-gamme sont les plus touchés", poursuit Thibaut Frank, Responsable Marketing Valorisations du Groupe Argus. "Ce sont les plus courus et, en même temps, ceux qui parcourent le plus de kilomètres en moyenne. Deux bonnes raisons pour céder à la tentation de falsifier leur compteur."
En France, un gros 4x4 de luxe de type BMW X5 Diesel parcourt en moyenne 25.000 km par an. Trafiquer son compteur pour laisser accroire qu'il n'a parcouru que 10.000 km par an en moyenne permet d'augmenter de 4.000 à 5.000 euros son prix de vente. Sans grand effort, ainsi que nous le démontre Christian Scholly, Directeur général de l'Automobile Club Association.
Deux minutes pour trafiquer le compteur d'une Golf
"Il suffit de vous procurer en centre auto ou bien sur internet l'un de ces innombrables boîtiers électroniques conçus pour dialoguer avec l'ordinateur de bord (ODB) de votre voiture. Les boîtiers limités à un constructeur démarrent à 150 euros mais d'autres plus sophistiqués facturés plusieurs milliers d'euros dialoguent avec toutes les marques." Le reste de la manipulation est d'une simplicité désarmante.
Après avoir localisé dans la boîte à gants ou sous la planche de bord la prise diagnostic, il suffit d'y brancher ledit boîtier et de taper la nouvelle valeur de kilométrage (voir notre vidéo de démonstration avec l'instrumentation d'une Volkswagen Golf de 2008). Cette manipulation ne laisse aucune trace dans l'ordinateur de bord dont les données ne sont absolument pas protégées.
"C'est tout le principe du Bus Can qui délivre tous les paramètres de fonctionnement du moteur, la vitesse de rotation des roues, le kilométrage, etc. à veut bien se donner la peine de les lire", rappelle Didier Bollecker, Président de l'Automobile Club Association. "Sur les modèles les plus récents dotés d'un écran central, on peut même les afficher en temps réel afin, par exemple, d'améliorer sa conduite et réaliser des économies de carburant."
Selon les estimations de la FIA, il en coûterait 1 à 3 euros par voiture seulement pour interdire la modification du kilométrage total parcouru. "Il suffirait de protéger cette donnée derrière un mur pare-feu : devenue inviolable, elle pourrait seulement être consultée et comparée au kilométrage affiché sur le compteur", explique Christian Scholly. Sauf à être un véritable ingénieur en informatique, l'homme de la rue et le garagiste du coin ne pourraient plus trafiquer les compteurs.
"Il s'agit là d'un remède technique qui devrait aller de pair avec une solution juridique et réglementaire", souligne Céline Kastner en évoquant les systèmes mis en place par nos voisins européens.
En Belgique, le kilométrage est relevé à chaque passage en atelier ou au contrôle technique
En Belgique, depuis 2006, le vendeur d'une automobile — qu'il soit particulier ou bien professionnel — est tenu de remettre un document intitulé Car-Pass qui atteste de l'historique du kilométrage. Coût : 7 euros pour une validité de deux mois. Sans Car-Pass authentique, la vente n'est pas valable et l'acheteur peur réclamer le remboursement complet des sommes versées. En conséquence, l'acheteur est tenu de signer un reçu en échange du Car-Pass.
Le Car-Pass, alias "Certificat de compteur kilométrique" est imprimé sur une feuille de papier sécurisé par hologramme. Ce document officiel délivré par le centre de contrôle technique belge ou par un professionnel de la réparation identifie le véhicule au moyen de la date de sa mise en circulation, de ses numéros de châssis et d'immatriculation. Il dresse l'historique de l'évolution du kilométrage, tel que relevé à l'occasion d'un passage dans un centre de contrôle technique ou bien chez un mécanicien. Peu importe qu'il s'agisse d'un concessionnaire ou d'un petit garagiste, d'un spécialiste des pneumatiques ou bien de l'entretien rapide, personne ne coupe à cette obligation en Belgique.
Un doute quant à la validité des informations mentionnées sur le Car-Pass ? Le document est livré avec un code valable deux mois qui permet de se connecter sur le site Car-Pass pour accéder directement aux données du serveur national. Mieux, le propriétaire d'un véhicule peut de sa propre initiative demander la rectification du certificat s'il estime qu'il comporte une erreur à la hausse ou à la baisse. Il lui suffit de remplir un imprimé disponible en ligne.
