Hausse du nombre de suicides dans la Police Nationale.
Posté : 08 novembre 2017 05:29
Sur les dix premiers mois de 2017, 39 policiers se sont suicidés, contre 37 l’année dernière. Cette augmentation trahit le malaise des forces de l’ordre, sous pression depuis les attentats de 2015.
Dans la police, le suicide est un mal méconnu parce que tabou. Mais le silence qui entoure ce fléau ne doit pas en faire oublier l’ampleur : en une décennie, 709 agents se sont donné la mort. Et depuis le 1er janvier, 39 fonctionnaires de police ont mis fin à leurs jours en France – déjà trois de plus que sur l’ensemble de l’année 2016.
Cette recrudescence macabre met en relief le mal-être des uniformes, menacés par des risques psycho-sociaux accrus depuis les attentats de 2015 et le renforcement du plan Vigipirate.
Une hausse inquiétante:
Le mal-être dans la police est loin d’être une nouveauté : le taux de suicide y est traditionnellement trois fois plus élevé que dans la population générale. Mais après l’année noire de 2014, où les 55 suicides de policiers avaient poussé Bernard Cazeneuve à lancer un Plan prévention suicide, les chiffres étaient repartis à la baisse : 45 cas avérés en 2015 et 37 en 2016.
Les 39 suicides déjà comptabilisés pour l’année 2017 et révélés par France Bleu, qui a pu consulter le bilan trimestriel présenté à chaque réunion du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), témoignent d’une accélération du phénomène. D’autant plus que, comme le souligne Frédéric Galéa, délégué général d’Alliance Police Nationale, le premier syndicat de policiers en France, "on risque de voir ce nombre augmenter, les fins d’année étant habituellement marquées par des pics de suicides".
Si dans les rangs de la police, tous les âges et tous les grades sont touchés, les suicides sont très majoritairement masculins : seules deux à trois femmes figurent parmi le comptage 2017 du CHSCT. Dans 50%, l’acte est commis avec l’arme de service.
Surmenage, fatigue, désocialisation
Pour Frédéric Galéa, "ces suicides sont le reflet d’un véritable mal-être de la profession". Leurs causes demeurent très compliquées à déterminer, parce qu’elles sont nombreuses et s’entremêlent. "L’administration tente de dire à chaque fois que ces actes sont liés à des causes personnelles, et c’est vrai : dans la majorité des cas, ils surviennent après une séparation, un divorce… " explique-t-il. "Mais on ne peut pas nier que si l’éclatement de la sphère familiale est un déclencheur, il a souvent été causé par des difficultés professionnelles, comme le stress ou les absences à répétition par exemple…".
Comme les militaires, les forces de police payent le prix des efforts renforcés pour la sécurité des citoyens. Depuis 2015, avec le renforcement du plan Vigipirate, leurs missions ne cessent d’augmenter alors que leurs effectifs eux, ne bougent pas. La Bac, le Raid, les CRS…Tous sont touchés par le surmenage. Ils enchaînent des horaires contraignants, qui les éloignent de leurs familles, et doivent en plus répondre présent à chaque situation ou mobilisation exceptionnelles.
"Avant tout un citoyen lambda":
"Les agents sont exténués, ils n’en peuvent plus", constate Eric Marrocq, secrétaire départemental de la Gironde d’Alliance Police Nationale. Si d’après lui, la région est relativement épargnée par les suicides – "une poignée de cas avérés en 5 ans"-, l’épuisement des agents n’y est pas moins une réalité. "Les nouveaux horaires appliqués en 2017 créent beaucoup de tensions. Les policiers travaillent cinq week-ends sur six actuellement, ils supportent mal le fait de ne pas avoir de vacation forte (ndlr : un rythme qui prévoit des services plus longs, mais avec des repos plus réguliers, et nécessite donc une hausse des effectifs). Pour eux, c’est une injustice".
En plus de réclamer les 14 000 postes supplémentaires promis par Gérard Collomb d’ici 2018, les syndicats de policiers demandent la mise en place de suivis plus réguliers pour les agents en arrêt de maladie et isolés, ainsi que des mesures favorisant les moments en famille. Il existe également un service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), avec une ligne téléphonique ouverte 24h/24 (01 80 15 47 09).
Car ces vagues de suicides révèlent surtout qu’au-delà des difficultés de la profession, l’humain s’efface trop souvent derrière l’uniforme : "Un policier, c’est avant tout un père ou une mère de famille, un citoyen lambda, qui a ses problèmes et ses tracas. Et cela ne doit pas passer systématiquement derrière sa profession", rappelle très justement Frédéric Galéa.
Source:Sud-Ouest.
Dans la police, le suicide est un mal méconnu parce que tabou. Mais le silence qui entoure ce fléau ne doit pas en faire oublier l’ampleur : en une décennie, 709 agents se sont donné la mort. Et depuis le 1er janvier, 39 fonctionnaires de police ont mis fin à leurs jours en France – déjà trois de plus que sur l’ensemble de l’année 2016.
Cette recrudescence macabre met en relief le mal-être des uniformes, menacés par des risques psycho-sociaux accrus depuis les attentats de 2015 et le renforcement du plan Vigipirate.
Une hausse inquiétante:
Le mal-être dans la police est loin d’être une nouveauté : le taux de suicide y est traditionnellement trois fois plus élevé que dans la population générale. Mais après l’année noire de 2014, où les 55 suicides de policiers avaient poussé Bernard Cazeneuve à lancer un Plan prévention suicide, les chiffres étaient repartis à la baisse : 45 cas avérés en 2015 et 37 en 2016.
Les 39 suicides déjà comptabilisés pour l’année 2017 et révélés par France Bleu, qui a pu consulter le bilan trimestriel présenté à chaque réunion du CHSCT (Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), témoignent d’une accélération du phénomène. D’autant plus que, comme le souligne Frédéric Galéa, délégué général d’Alliance Police Nationale, le premier syndicat de policiers en France, "on risque de voir ce nombre augmenter, les fins d’année étant habituellement marquées par des pics de suicides".
Si dans les rangs de la police, tous les âges et tous les grades sont touchés, les suicides sont très majoritairement masculins : seules deux à trois femmes figurent parmi le comptage 2017 du CHSCT. Dans 50%, l’acte est commis avec l’arme de service.
Surmenage, fatigue, désocialisation
Pour Frédéric Galéa, "ces suicides sont le reflet d’un véritable mal-être de la profession". Leurs causes demeurent très compliquées à déterminer, parce qu’elles sont nombreuses et s’entremêlent. "L’administration tente de dire à chaque fois que ces actes sont liés à des causes personnelles, et c’est vrai : dans la majorité des cas, ils surviennent après une séparation, un divorce… " explique-t-il. "Mais on ne peut pas nier que si l’éclatement de la sphère familiale est un déclencheur, il a souvent été causé par des difficultés professionnelles, comme le stress ou les absences à répétition par exemple…".
Comme les militaires, les forces de police payent le prix des efforts renforcés pour la sécurité des citoyens. Depuis 2015, avec le renforcement du plan Vigipirate, leurs missions ne cessent d’augmenter alors que leurs effectifs eux, ne bougent pas. La Bac, le Raid, les CRS…Tous sont touchés par le surmenage. Ils enchaînent des horaires contraignants, qui les éloignent de leurs familles, et doivent en plus répondre présent à chaque situation ou mobilisation exceptionnelles.
"Avant tout un citoyen lambda":
"Les agents sont exténués, ils n’en peuvent plus", constate Eric Marrocq, secrétaire départemental de la Gironde d’Alliance Police Nationale. Si d’après lui, la région est relativement épargnée par les suicides – "une poignée de cas avérés en 5 ans"-, l’épuisement des agents n’y est pas moins une réalité. "Les nouveaux horaires appliqués en 2017 créent beaucoup de tensions. Les policiers travaillent cinq week-ends sur six actuellement, ils supportent mal le fait de ne pas avoir de vacation forte (ndlr : un rythme qui prévoit des services plus longs, mais avec des repos plus réguliers, et nécessite donc une hausse des effectifs). Pour eux, c’est une injustice".
En plus de réclamer les 14 000 postes supplémentaires promis par Gérard Collomb d’ici 2018, les syndicats de policiers demandent la mise en place de suivis plus réguliers pour les agents en arrêt de maladie et isolés, ainsi que des mesures favorisant les moments en famille. Il existe également un service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), avec une ligne téléphonique ouverte 24h/24 (01 80 15 47 09).
Car ces vagues de suicides révèlent surtout qu’au-delà des difficultés de la profession, l’humain s’efface trop souvent derrière l’uniforme : "Un policier, c’est avant tout un père ou une mère de famille, un citoyen lambda, qui a ses problèmes et ses tracas. Et cela ne doit pas passer systématiquement derrière sa profession", rappelle très justement Frédéric Galéa.
Source:Sud-Ouest.