Cet étonnant « décrochage numérique » qui guette les étudiants
Posté : 11 décembre 2025 12:17
"Une étude alerte sur le niveau de compétences numériques des étudiants. En fin de licence, 50 % d'entre eux ne maîtrisent pas le minimum nécessaire pour entrer dans le monde du travail ou poursuivre des études.
« Le mythe des 'digital natives' a vécu », lance Benjamin Marteau. Le directeur de Pix, ce service public qui délivre des certifications pour attester du niveau de compétences numériques des élèves - comme d'autres organismes certifient des niveaux de langue -, vient de présenter une enquête sur le niveau des étudiants.
En fin de licence, un sur deux ne maîtrise pas les compétences numériques nécessaires pour entrer dans le monde du travail ou poursuivre ses études. « Ce n'est pas parce qu'elles sont nées avec Internet, les ordinateurs et les smartphones que les plus jeunes générations n'auraient plus rien à apprendre avec le numérique, prévient Benjamin Marteau. Le risque de décrochage numérique est réel. »
Des retards qui ne se résorbent pas
L'étude se fonde sur les résultats de 7.700 étudiants qui ont passé leur certification au cours de l'année universitaire 2024-2025. Cinq universités y ont participé - Aix-Marseille, Bordeaux, Tours, Saint-Etienne et Paris 8.
En fin de licence, la moitié des étudiants n'avait pas atteint le seuil de 448 points pix, le seuil repère attendu à bac +3. Au-delà de ce seuil, l'étudiant est, par exemple, capable d'évaluer la fiabilité d'une source en ligne, d'identifier un contenu sponsorisé ou une tentative de phishing.
Ceux qui n'atteignent pas ce nombre de points, en fin de licence, « peuvent rencontrer des difficultés dans la poursuite de leurs études ou pour s'insérer sur le marché du travail », met en garde Yohan Coder, responsable de l'Observatoire Pix des compétences numériques. Parmi eux, 19 % sont encore en dessous du niveau qui était attendu en fin de terminale (384 pix). « Ces étudiants savent répondre à un mail, transférer un mail mais peuvent être mis en difficulté pour mettre en forme un diaporama », poursuit-il.
Ce qui est « troublant », selon Pierre-Alain Müller, président de l'université de Haute-Alsace, c'est que les étudiants qui ont un certain retard dans Pix « le gardent pendant la période de la licence ». En première année de cycle universitaire, quatre étudiants sur dix n'atteignent pas le niveau qui était pourtant attendu en terminale. A la sortie de la licence, ils sont encore trois sur dix à rester en deçà de ce niveau. « Il faut qu'on travaille là-dessus », souligne celui qui est aussi membre du conseil d'administration de France Universités, l'association de leurs présidents. Il encourage les établissements « à conforter les compétences numériques dès l'entrée en licence ».
Les disparités sont fortes selon les filières. Les étudiants inscrits en santé sont ceux qui s'en sortent le mieux : 59 % se situent au-delà du score repère de 448 pix. Le résultat est toutefois tiré par les étudiants inscrits en licence de santé, dont le niveau diffère de ceux du secteur paramédical. Les auteurs de l'étude rapprochent ce bon résultat global de l'obligation de formation au numérique en santé depuis 2022.
Les STAPS à la traîne
Parmi les disciplines les mieux classées viennent ensuite les sciences et les sciences de l'ingénieur. Mais, même dans cette discipline, seuls 50 % d'étudiants dépassent le seuil des 448 pix. Les moins bons scores concernent les étudiants inscrits en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), dont 37 % obtiennent un score inférieur à ce qui est attendu en terminale.
Les étudiants sont 22 % à atteindre un niveau avancé, et les étudiantes sont seulement 13 %. Les auteurs l'expliquent par le fait que les garçons « utilisent davantage le numérique en dehors de l'école » mais aussi par « les stéréotypes de genre qui influencent les pratiques et les ambitions technologiques ».
A l'heure où les universités font face à la recrudescence des cybermenaces, seuls 50 % des étudiants connaissent les bonnes pratiques à adopter en cas d'usurpation d'identité, et 10 % sont capables d'identifier les différentes formes d'attaques (phishing par SMS, fraude au virement, faux support technique…)
En matière de respect du droit d'auteur, autre sujet important dans le travail universitaire, avec le risque de plagiat et l'irruption des IA génératives - dont les données d'entraînement sont nourries par des éléments soumis aux droits d'auteur -, deux tiers des étudiants savent définir ce qu'est un droit d'auteur, mais seuls 10 % savent identifier la licence d'une image qui les intéresse."
https://www.lesechos.fr/politique-socie ... ts-2204191
« Le mythe des 'digital natives' a vécu », lance Benjamin Marteau. Le directeur de Pix, ce service public qui délivre des certifications pour attester du niveau de compétences numériques des élèves - comme d'autres organismes certifient des niveaux de langue -, vient de présenter une enquête sur le niveau des étudiants.
En fin de licence, un sur deux ne maîtrise pas les compétences numériques nécessaires pour entrer dans le monde du travail ou poursuivre ses études. « Ce n'est pas parce qu'elles sont nées avec Internet, les ordinateurs et les smartphones que les plus jeunes générations n'auraient plus rien à apprendre avec le numérique, prévient Benjamin Marteau. Le risque de décrochage numérique est réel. »
Des retards qui ne se résorbent pas
L'étude se fonde sur les résultats de 7.700 étudiants qui ont passé leur certification au cours de l'année universitaire 2024-2025. Cinq universités y ont participé - Aix-Marseille, Bordeaux, Tours, Saint-Etienne et Paris 8.
En fin de licence, la moitié des étudiants n'avait pas atteint le seuil de 448 points pix, le seuil repère attendu à bac +3. Au-delà de ce seuil, l'étudiant est, par exemple, capable d'évaluer la fiabilité d'une source en ligne, d'identifier un contenu sponsorisé ou une tentative de phishing.
Ceux qui n'atteignent pas ce nombre de points, en fin de licence, « peuvent rencontrer des difficultés dans la poursuite de leurs études ou pour s'insérer sur le marché du travail », met en garde Yohan Coder, responsable de l'Observatoire Pix des compétences numériques. Parmi eux, 19 % sont encore en dessous du niveau qui était attendu en fin de terminale (384 pix). « Ces étudiants savent répondre à un mail, transférer un mail mais peuvent être mis en difficulté pour mettre en forme un diaporama », poursuit-il.
Ce qui est « troublant », selon Pierre-Alain Müller, président de l'université de Haute-Alsace, c'est que les étudiants qui ont un certain retard dans Pix « le gardent pendant la période de la licence ». En première année de cycle universitaire, quatre étudiants sur dix n'atteignent pas le niveau qui était pourtant attendu en terminale. A la sortie de la licence, ils sont encore trois sur dix à rester en deçà de ce niveau. « Il faut qu'on travaille là-dessus », souligne celui qui est aussi membre du conseil d'administration de France Universités, l'association de leurs présidents. Il encourage les établissements « à conforter les compétences numériques dès l'entrée en licence ».
Les disparités sont fortes selon les filières. Les étudiants inscrits en santé sont ceux qui s'en sortent le mieux : 59 % se situent au-delà du score repère de 448 pix. Le résultat est toutefois tiré par les étudiants inscrits en licence de santé, dont le niveau diffère de ceux du secteur paramédical. Les auteurs de l'étude rapprochent ce bon résultat global de l'obligation de formation au numérique en santé depuis 2022.
Les STAPS à la traîne
Parmi les disciplines les mieux classées viennent ensuite les sciences et les sciences de l'ingénieur. Mais, même dans cette discipline, seuls 50 % d'étudiants dépassent le seuil des 448 pix. Les moins bons scores concernent les étudiants inscrits en STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives), dont 37 % obtiennent un score inférieur à ce qui est attendu en terminale.
Les étudiants sont 22 % à atteindre un niveau avancé, et les étudiantes sont seulement 13 %. Les auteurs l'expliquent par le fait que les garçons « utilisent davantage le numérique en dehors de l'école » mais aussi par « les stéréotypes de genre qui influencent les pratiques et les ambitions technologiques ».
A l'heure où les universités font face à la recrudescence des cybermenaces, seuls 50 % des étudiants connaissent les bonnes pratiques à adopter en cas d'usurpation d'identité, et 10 % sont capables d'identifier les différentes formes d'attaques (phishing par SMS, fraude au virement, faux support technique…)
En matière de respect du droit d'auteur, autre sujet important dans le travail universitaire, avec le risque de plagiat et l'irruption des IA génératives - dont les données d'entraînement sont nourries par des éléments soumis aux droits d'auteur -, deux tiers des étudiants savent définir ce qu'est un droit d'auteur, mais seuls 10 % savent identifier la licence d'une image qui les intéresse."
https://www.lesechos.fr/politique-socie ... ts-2204191