Pourquoi Trump est en train de perdre toutes ses guerres
Posté : 20 avril 2026 07:01
Trump apparaît aujourd’hui comme le détenteur d’une puissance immense. Il dispose du pouvoir de déclencher des opérations militaires contre l’Iran, d’enlever des dirigeants étrangers comme au Venezuela, de menacer de faire tomber d’autres régimes comme à Cuba ou de porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays allié comme au Groenland.
Il a l’autorité sur les moyens considérables de la puissance militaire des États-Unis. Sur le plan domestique, il ne fait aujourd’hui l’objet d’aucun contrôle effectif du Congrès, annonce des procès contre ses opposants politiques et menace de prendre en main l’organisation des prochaines élections.
Mais cette situation détourne l’attention d’un élément crucial : Trump est en train de perdre — peut-être de façon irréversible — l’opinion états-unienne.
Il semble même avoir atteint, depuis plusieurs mois déjà, le moment de bascule et de retournement, qui pourrait désormais l’amener vers son déclin politique.
Les signes de cette rupture en cours sont de plus en plus visibles. Les républicains ont perdu des élections importantes de gouverneurs, en Virginie ou au New Jersey. Leurs candidats ont été battus dans plusieurs élections parlementaires partielles, y compris dans des comtés que Trump avait très largement remportés en 2024, comme récemment en Floride. Leurs opposants démocrates ont gagné avec une marge inédite des villes telles que Miami, avec un basculement de comtés à fortes communautés hispaniques, qui avaient pourtant voté en faveur de Trump en 2020 et 2024. Pour les républicains, les perspectives pour les élections parlementaires de mi-mandat en novembre prochain ne sont pas bonnes : ceux-ci pourraient perdre l’une des chambres du Congrès, peut-être même les deux.
Pour la première fois, Trump est aussi confronté à une critique venue de certains soutiens historiques, comme le journaliste Tucker Carlson ou l’ancienne députée Marjorie Taylor Greene. Certains influenceurs qui ont joué un rôle dans son élection de 2024 et parlent à sa base politique, tels Joe Rogan ou Theo Von, se détachent de lui.
Dans l’entourage proche de Trump, personne n’ose s’opposer à ses projets. Sa décision de mettre fin aux fonctions de plusieurs de ses ministres parmi les plus en vue comme Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, et Pam Bondi, procureure générale des États-Unis — et ce alors que toutes deux sont en charge de deux domaines prioritaires pour le président —, ne constituent pas un signe de sérénité et de cohésion. Trump vit dans une bulle qui rappelle — dans un tout autre registre — la fin du mandat de Joe Biden pendant laquelle aucun de ses conseillers n’osait lui dire qu’une nouvelle candidature de sa part était vouée à l’échec.
La rupture de Trump avec les citoyens des États-Unis pourrait s’accélérer dans les mois qui viennent, d’ici aux élections parlementaires de mi-mandat.
Il est essentiel pour l’Europe de comprendre ces évolutions en cours pour penser leurs conséquences dans l’immédiat mais aussi, à moyen terme, pour l’avenir de la démocratie états-unienne et de son rapport au monde.
À chaque fois qu’il est en difficulté sur le plan domestique, Trump cherche à se saisir des leviers dont il dispose au niveau extérieur pour « faire diversion ».
Pour saisir le divorce en cours, il faut d’abord revenir aux conditions de la victoire de Trump en 2024. Celle-ci a été forte et incontestable : au-delà de la présidentielle, il a gagné le vote populaire, ce qui n’était plus arrivé depuis vingt ans au parti républicain : le candidat a en effet obtenu le plus grand nombre de voix au niveau national, sans réunir toutefois la majorité.
Trump a permis à son parti de conquérir les deux chambres du Congrès. Cette légitimité, son sens de la communication, sa capacité au bluff, le désarroi de ses adversaires divisés, ont ainsi donné l’impression d’une inexorable affirmation de son pouvoir personnel et de son agenda politique, selon l’image qu’il entendait lui-même projeter (« the golden age of America »).
Ce moment initial était pourtant également porteur de faiblesses, qui ressurgissent aujourd’hui.
Dans les urnes, la marge de la victoire de Trump n’a pas été considérable face à une opposante qui incarnait pourtant le pouvoir sortant et le plus grand choc inflationniste aux États-Unis depuis deux générations : Trump a rassemblé 75 millions de voix contre 73 millions pour Kamala Harris, soit 3 millions de voix de plus que son score lors de l’élection présidentielle de 2020, mais moins que Joe Biden à l’occasion du même scrutin : plus de 80 millions de citoyens des États-Unis avaient alors voté pour le candidat démocrate.
De plus, Trump a réuni une coalition hétéroclite de constituencies aux aspirations très différentes : classes populaires des régions industrielles et rurales et soutiens très fortunés de Wall Street, libertariens et protectionnistes, nationalistes nativistes et milliardaires favorables à la mondialisation, évangélistes religieux et penseurs d’un nouveau paganisme culturel, élites et opposants aux élites, etc.
Confrontées à l’exercice du pouvoir, des contradictions sont en train de ressurgir brutalement.
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/ ... s-guerres/
Il a l’autorité sur les moyens considérables de la puissance militaire des États-Unis. Sur le plan domestique, il ne fait aujourd’hui l’objet d’aucun contrôle effectif du Congrès, annonce des procès contre ses opposants politiques et menace de prendre en main l’organisation des prochaines élections.
Mais cette situation détourne l’attention d’un élément crucial : Trump est en train de perdre — peut-être de façon irréversible — l’opinion états-unienne.
Il semble même avoir atteint, depuis plusieurs mois déjà, le moment de bascule et de retournement, qui pourrait désormais l’amener vers son déclin politique.
Les signes de cette rupture en cours sont de plus en plus visibles. Les républicains ont perdu des élections importantes de gouverneurs, en Virginie ou au New Jersey. Leurs candidats ont été battus dans plusieurs élections parlementaires partielles, y compris dans des comtés que Trump avait très largement remportés en 2024, comme récemment en Floride. Leurs opposants démocrates ont gagné avec une marge inédite des villes telles que Miami, avec un basculement de comtés à fortes communautés hispaniques, qui avaient pourtant voté en faveur de Trump en 2020 et 2024. Pour les républicains, les perspectives pour les élections parlementaires de mi-mandat en novembre prochain ne sont pas bonnes : ceux-ci pourraient perdre l’une des chambres du Congrès, peut-être même les deux.
Pour la première fois, Trump est aussi confronté à une critique venue de certains soutiens historiques, comme le journaliste Tucker Carlson ou l’ancienne députée Marjorie Taylor Greene. Certains influenceurs qui ont joué un rôle dans son élection de 2024 et parlent à sa base politique, tels Joe Rogan ou Theo Von, se détachent de lui.
Dans l’entourage proche de Trump, personne n’ose s’opposer à ses projets. Sa décision de mettre fin aux fonctions de plusieurs de ses ministres parmi les plus en vue comme Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure, et Pam Bondi, procureure générale des États-Unis — et ce alors que toutes deux sont en charge de deux domaines prioritaires pour le président —, ne constituent pas un signe de sérénité et de cohésion. Trump vit dans une bulle qui rappelle — dans un tout autre registre — la fin du mandat de Joe Biden pendant laquelle aucun de ses conseillers n’osait lui dire qu’une nouvelle candidature de sa part était vouée à l’échec.
La rupture de Trump avec les citoyens des États-Unis pourrait s’accélérer dans les mois qui viennent, d’ici aux élections parlementaires de mi-mandat.
Il est essentiel pour l’Europe de comprendre ces évolutions en cours pour penser leurs conséquences dans l’immédiat mais aussi, à moyen terme, pour l’avenir de la démocratie états-unienne et de son rapport au monde.
À chaque fois qu’il est en difficulté sur le plan domestique, Trump cherche à se saisir des leviers dont il dispose au niveau extérieur pour « faire diversion ».
Pour saisir le divorce en cours, il faut d’abord revenir aux conditions de la victoire de Trump en 2024. Celle-ci a été forte et incontestable : au-delà de la présidentielle, il a gagné le vote populaire, ce qui n’était plus arrivé depuis vingt ans au parti républicain : le candidat a en effet obtenu le plus grand nombre de voix au niveau national, sans réunir toutefois la majorité.
Trump a permis à son parti de conquérir les deux chambres du Congrès. Cette légitimité, son sens de la communication, sa capacité au bluff, le désarroi de ses adversaires divisés, ont ainsi donné l’impression d’une inexorable affirmation de son pouvoir personnel et de son agenda politique, selon l’image qu’il entendait lui-même projeter (« the golden age of America »).
Ce moment initial était pourtant également porteur de faiblesses, qui ressurgissent aujourd’hui.
Dans les urnes, la marge de la victoire de Trump n’a pas été considérable face à une opposante qui incarnait pourtant le pouvoir sortant et le plus grand choc inflationniste aux États-Unis depuis deux générations : Trump a rassemblé 75 millions de voix contre 73 millions pour Kamala Harris, soit 3 millions de voix de plus que son score lors de l’élection présidentielle de 2020, mais moins que Joe Biden à l’occasion du même scrutin : plus de 80 millions de citoyens des États-Unis avaient alors voté pour le candidat démocrate.
De plus, Trump a réuni une coalition hétéroclite de constituencies aux aspirations très différentes : classes populaires des régions industrielles et rurales et soutiens très fortunés de Wall Street, libertariens et protectionnistes, nationalistes nativistes et milliardaires favorables à la mondialisation, évangélistes religieux et penseurs d’un nouveau paganisme culturel, élites et opposants aux élites, etc.
Confrontées à l’exercice du pouvoir, des contradictions sont en train de ressurgir brutalement.
https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/ ... s-guerres/