L'inquiétante progression de la corruption liée au narcotrafic
Posté : 02 juillet 2026 12:17
""Il m'a proposé 1 000 euros, j’ai accepté" : l'inquiétante progression de la corruption liée au narcotrafic
Grâce à leur puissance financière, les narcotrafiquants n'hésitent plus à corrompre à tous les niveaux de la chaîne pénale. Récemment, des policiers, des agents pénitentiaires, des greffiers mais aussi un avocat, ont été mis en cause. Enquête sur un phénomène en expansion.
Six mois après son procès, Charlotte*, ancienne surveillante à la prison de Luynes a pris du recul. Elle parvient à analyser l'engrenage qui l'a poussée, elle, la jeune femme sans histoire, à se laisser corrompre par un détenu. C'était en 2025. Charlotte est en poste à Luynes au sud d'Aix-en-Provence depuis quatre ans mais "ça ne se passe pas bien". Elle se sent mise à l'écart par les autres surveillants plus âgés qu'elle. Surtout, elle a des problèmes d'argent. "Dans le Sud, la vie est chère. J'étais dans le rouge, mon compte était trop à découvert", raconte-t-elle pour la première fois à la cellule investigation de Radio France. "J'ai demandé de l'aide à ma banque, en vain. Et je ne voulais pas solliciter encore ma mère".
Au sein de la prison, S., un détenu, perçoit le mal-être de Charlotte. À l'étage où elle est affectée, il distribue les repas et nettoie les coursives : dans l'écosystème carcéral, il a un rôle clé. "Il a vu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas parce qu'on se voyait quasiment tous les jours, relate la jeune femme. Les détenus prennent le temps de nous cerner. Ils nous observent et nous questionnent. Ils connaissent beaucoup de choses sur nous." Charlotte finit par faire part à S. de ses problèmes d'argent. "Il m'a proposé de me prêter 1 000 euros en cash. J'ai accepté." Rendez-vous est donné sur un parking de Marignane où un proche du détenu lui remet les billets ainsi que quatre morceaux de cannabis, qu'elle doit introduire discrètement dans la prison.
"Je ne pouvais plus faire marche arrière"
A-t-elle conscience à ce moment-là qu'on la corrompt ? "Oui", lâche-t-elle. "Mais j'étais dans le besoin. Je me suis dit que si c'était juste une seule fois, ça passerait".
Elle hésite quand même. Garde le stupéfiant chez elle quelques jours. Puis commence à dépenser l'argent "pour les choses du quotidien, l'essence, les courses". "Je ne pouvais plus faire marche arrière. Ça peut paraître bête, mais je n'allais pas me rendre à la gendarmerie et leur dire que j'avais du stupéfiant parce qu'un détenu m'avait prêté 1 000 euros, confie la jeune femme. Je n'avais pas d'autre solution que de faire entrer le produit dans la prison. C'est moi qui me suis prise au piège toute seule." Quelques jours plus tard, la surveillante cache le cannabis dans sa brassière, franchit le sas d'entrée du centre pénitentiaire et le remet à S. à l'abri des regards.
Charlotte est finalement dénoncée en interne et le 9 janvier, le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence la condamne à trois ans de prison dont deux fermes assortis d'une interdiction d'exercer dans l'administration pénitentiaire pendant cinq ans. Après quelques semaines à l'isolement, elle a pu bénéficier d'un aménagement de peine et porte aujourd'hui un bracelet électronique. Elle est repartie vivre chez sa mère, loin d'Aix-en-Provence. Le détenu a écopé d'une peine de trois ans d'emprisonnement. Dans cette même affaire, trois salariés d'une entreprise de maintenance exerçant à Luynes ont également été condamnés pour avoir fourni de la drogue et des cigarettes à des détenus, moyennant finance.
Plus de 2 000 téléphones retrouvés à la prison de Luynes
Cette histoire est loin d'être anecdotique pour Jean-Luc Blachon, le procureur d'Aix-en-Provence. "Introduire de la drogue en prison est un moyen de maintenir la position des groupes délinquants, explique le magistrat. C'est une monnaie d'échange en détention et un moyen de pression. C'est aussi une façon de s'enrichir. C'est pour cette raison que la lutte contre l'introduction illicite de produits stupéfiants, comme des téléphones portables, doit être une priorité."
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https://www.franceinfo.fr/enquetes-fran ... 88902.html
Grâce à leur puissance financière, les narcotrafiquants n'hésitent plus à corrompre à tous les niveaux de la chaîne pénale. Récemment, des policiers, des agents pénitentiaires, des greffiers mais aussi un avocat, ont été mis en cause. Enquête sur un phénomène en expansion.
Six mois après son procès, Charlotte*, ancienne surveillante à la prison de Luynes a pris du recul. Elle parvient à analyser l'engrenage qui l'a poussée, elle, la jeune femme sans histoire, à se laisser corrompre par un détenu. C'était en 2025. Charlotte est en poste à Luynes au sud d'Aix-en-Provence depuis quatre ans mais "ça ne se passe pas bien". Elle se sent mise à l'écart par les autres surveillants plus âgés qu'elle. Surtout, elle a des problèmes d'argent. "Dans le Sud, la vie est chère. J'étais dans le rouge, mon compte était trop à découvert", raconte-t-elle pour la première fois à la cellule investigation de Radio France. "J'ai demandé de l'aide à ma banque, en vain. Et je ne voulais pas solliciter encore ma mère".
Au sein de la prison, S., un détenu, perçoit le mal-être de Charlotte. À l'étage où elle est affectée, il distribue les repas et nettoie les coursives : dans l'écosystème carcéral, il a un rôle clé. "Il a vu qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas parce qu'on se voyait quasiment tous les jours, relate la jeune femme. Les détenus prennent le temps de nous cerner. Ils nous observent et nous questionnent. Ils connaissent beaucoup de choses sur nous." Charlotte finit par faire part à S. de ses problèmes d'argent. "Il m'a proposé de me prêter 1 000 euros en cash. J'ai accepté." Rendez-vous est donné sur un parking de Marignane où un proche du détenu lui remet les billets ainsi que quatre morceaux de cannabis, qu'elle doit introduire discrètement dans la prison.
"Je ne pouvais plus faire marche arrière"
A-t-elle conscience à ce moment-là qu'on la corrompt ? "Oui", lâche-t-elle. "Mais j'étais dans le besoin. Je me suis dit que si c'était juste une seule fois, ça passerait".
Elle hésite quand même. Garde le stupéfiant chez elle quelques jours. Puis commence à dépenser l'argent "pour les choses du quotidien, l'essence, les courses". "Je ne pouvais plus faire marche arrière. Ça peut paraître bête, mais je n'allais pas me rendre à la gendarmerie et leur dire que j'avais du stupéfiant parce qu'un détenu m'avait prêté 1 000 euros, confie la jeune femme. Je n'avais pas d'autre solution que de faire entrer le produit dans la prison. C'est moi qui me suis prise au piège toute seule." Quelques jours plus tard, la surveillante cache le cannabis dans sa brassière, franchit le sas d'entrée du centre pénitentiaire et le remet à S. à l'abri des regards.
Charlotte est finalement dénoncée en interne et le 9 janvier, le tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence la condamne à trois ans de prison dont deux fermes assortis d'une interdiction d'exercer dans l'administration pénitentiaire pendant cinq ans. Après quelques semaines à l'isolement, elle a pu bénéficier d'un aménagement de peine et porte aujourd'hui un bracelet électronique. Elle est repartie vivre chez sa mère, loin d'Aix-en-Provence. Le détenu a écopé d'une peine de trois ans d'emprisonnement. Dans cette même affaire, trois salariés d'une entreprise de maintenance exerçant à Luynes ont également été condamnés pour avoir fourni de la drogue et des cigarettes à des détenus, moyennant finance.
Plus de 2 000 téléphones retrouvés à la prison de Luynes
Cette histoire est loin d'être anecdotique pour Jean-Luc Blachon, le procureur d'Aix-en-Provence. "Introduire de la drogue en prison est un moyen de maintenir la position des groupes délinquants, explique le magistrat. C'est une monnaie d'échange en détention et un moyen de pression. C'est aussi une façon de s'enrichir. C'est pour cette raison que la lutte contre l'introduction illicite de produits stupéfiants, comme des téléphones portables, doit être une priorité."
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