Comment le programme économique du RN conduirait le pays à sa perte
Posté : 09 juillet 2026 07:43
"Les différences de tonalité entre Marine Le Pen et Jordan Bardella cachent mal une même tendance au fourre-tout et à l’approximation financière. Qui risque bien, en cas d’arrivée au pouvoir, de se fracasser sur le mur de la dette.
La cour d’appel de Paris a rendu son verdict dans l’affaire des assistants parlementaires et les Français savent que Marine Le Pen, qui se pourvoit en cassation, est désormais la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle.
Ils ne savent en revanche toujours pas grand-chose de son programme économique. Le suspense reste entier, d’autant plus que celui-ci a beaucoup varié depuis trente ans. Pas à la marge, mais avec de brusques coups de barre : une fois à gauche, une fois à droite avec d’incessants virements de bord n’ayant rien de surprenant de la part d’une famille Le Pen originaire de La Trinité-sur-Mer, haut lieu de la voile sportive.
Jean-Marie Le Pen se disait « socialement à gauche mais économiquement à droite. » Héritier du poujadisme et surfant sur la vague libérale « reagano-thatchérienne » des années 1980, il s’était fait le chantre véhément de la désétatisation et de la lutte contre le « fiscalisme ». Prônant des privatisations tous azimuts, appelant à une réduction massive du nombre de fonctionnaires, militant pour l’abolition des droits de succession mais aussi pour la suppression de l’ISF et même de l’impôt sur le revenu.
Volte-face sur l’euro ou la dette
Dès son arrivée à la tête du Front national (FN) en janvier 2011, Marine Le Pen, désireuse d’élargir son électorat populaire, fait opérer un virage à 180 degrés à la ligne économique du parti. Avec une politique ultra-keynésienne de la demande, de soutien au pouvoir d’achat par une relance monétaire et salariale, l’injection à haute dose dans son programme des mesures sociales, le tout sur fond de défense des services publics et de refus de l’ouverture à la concurrence dans le secteur ferroviaire, de renforcement de l’État-providence et de l’État-stratège et actionnaire. Bref, une authentique politique économique de gauche, pour ne pas dire « socialo-communiste ».
Selon le décompte effectué par le sociologue Gilles Ivaldi, alors que 82 % des mesures « socio-économiques » défendues par Jean-Marie Le Pen se situaient résolument à droite, 68 % de celles contenues dans la plateforme présidentielle de Marine Le Pen en 2012 pouvaient être classées à gauche, parmi lesquelles, de façon emblématique, le retour à 60 ans de l’âge légal de départ à la retraite.
Marine Le Pen n’est longtemps restée économiquement fidèle à son père que sur un point : le rejet de l’euro. Monnaie que lui avait qualifiée de « faute économique, sociale et politique, un crime contre la Nation », et elle de « boulet total pour l’économie française » et de « symbole d’une politique européenne fédéraliste, d’un jusqu’au-boutisme absurde d’élites financières prêtes à sacrifier le peuple sur l’autel de leurs intérêts ». Rien de moins.
La sortie de l’euro est alors devenue l’alpha et l’oméga du programme économique du RN, Marine Le Pen avertissant que, sans une telle rupture monétaire, 70 % des mesures qu’il contenait ne pourraient pas être appliquées. Avant que son échec à la présidentielle de 2017 lui fasse prendre conscience que la promesse d’un retour au franc lui coûtait électoralement trop cher. Il la privait du vote de nombreux retraités inquiets pour leur assurance-vie, terrifiait les sympathisants d’une droite conservatrice et aisée, certes attirée par le discours sécuritaire et identitaire du RN, mais encore plus soucieuse de la valeur de son épargne.
En 2019, Marine Le Pen annonce sa conversion à la monnaie unique, geste inaugural d’une stratégie plus générale de dédiabolisation économique du parti. Qui est passée notamment par un changement radical d’avis sur la dette publique. Après avoir longtemps expliqué que celle-ci ne posait pas de réel problème dans la mesure où elle pouvait être directement financée par la Banque de France et être ainsi libérée de ses créanciers étrangers, Marine Le Pen fait spectaculairement volte-face. En février 2021, elle publie une retentissante tribune dans le journal L’Opinion : « Oui, une dette doit être remboursée. Il y a là un aspect moral essentiel. À partir du moment où un État souverain fait appel à une source de financement extérieure, sa parole est d’airain. Il s’organise pour rembourser sa dette contre vents et marées. Qui paie ses dettes s’enrichit. »
Un revirement destiné à se démarquer de Jean-Luc Mélenchon et à rassurer les milieux financiers mais qui a aussi apporté la preuve définitive que dans la famille Le Pen, père comme fille, l’économie était considérée comme un sujet secondaire. Que les programmes devaient être avant tout conçus et adaptés au gré du vent et des aspirations des Français, avec comme seul objectif de prendre le maximum d’électeurs aux partis traditionnels de gouvernement. Qu’opportunisme et populisme devaient définir la ligne économique du parti.
Les généralités de Bardella
Si le RN est parvenu, à force de reniements, sinon à totalement se dédiaboliser dans le domaine économique, du moins à paraître moins effrayant aux yeux des milieux patronaux et des CSP +, Marine Le Pen n’y a guère gagné pour autant en crédibilité. Les Français gardent en mémoire ses prestations catastrophiques lors du débat du second tour de l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron, s’emmêlant les pinceaux sur son fumeux projet d’instauration de l’écu, s’embrouillant dans les chiffres de la dette, de l’inflation et de la croissance.
Jordan Bardella, son potentiel Premier ministre, a cet avantage compétitif de ne pas avoir subi une telle humiliation et de ne pas porter un aussi lourd passif. Les spécialistes du RN le disent plus libéral que Marine Le Pen, ce qui n’est pas difficile, plus « pro-business », plus pragmatique aussi. À l’image d’une Giorgia Meloni. Cela reste à confirmer, tant le discours économique de Jordan Bardella se limite prudemment à d’aimables généralités, telle la volonté de relancer la croissance et le pouvoir d’achat, de réindustrialiser le pays, de libérer les entreprises du carcan des normes et du fardeau de la surfiscalité. La question se pose aussi de savoir s’il ne s’agit pas là d’une simple posture, d’une stratégie électorale visant pour le RN à ratisser le plus large possible, Marine Le Pen personnifiant le volet social et Jordan Bardella incarnant la fibre libérale.
Projet fourre-tout
Toujours est-il qu’aujourd’hui, et avant qu’il ne soit dévoilé en détail, le programme économique du RN tel qu’on peut le connaître apparaît paradoxalement de nature macroniste, s’affichant « en même temps » de gauche et de droite. Plus précisément, il est bien moins libéral qu’il l’avait été sous Jean-Marie Le Pen mais beaucoup moins social qu’il l’a été avec Marine Le Pen de 2012 à 2022.
Promettant par exemple d’un côté de baisser la TVA de 20 à 5,5 % pour les carburants, l’électricité, le gaz et le fioul domestique, mais de l’autre de sortir les biens immobiliers de l’assiette de calcul des droits de succession à hauteur de 300 000 euros. D’un côté, de supprimer les impôts de production mais, de l’autre, d’annuler la réforme de l’assurance-chômage. D’exonérer, d’un côté, l’ensemble des contribuables âgés de moins de 30 ans d’impôt sur le revenu mais, de l’autre, de rétablir l’ISF en instaurant un impôt sur la fortune financière.
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Un petit vent d’« embourgeoisement » au RN
Un projet fourre-tout et attrape-tout, de la famille des invertébrés. Qui convient parfaitement à un parti d’opposition mais devient un sérieux handicap quand votre candidate est la grande favorite des sondages pour s’installer à l’Élysée. Vitupérer contre ses adversaires, dénoncer la responsabilité de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe dans le bilan ruineux du macronisme, fustiger l’idéologie marxisante et décroissante de la gauche mélenchoniste ne constituent pas un programme économique présidentiel.
Le RN va très vite devoir dissiper le grand flou qui entoure le sien. Préciser par exemple quelles sont ses intentions sur la réforme des retraites, expliquer par quel tour de magie il prétend augmenter la production de richesse dans le pays sans augmenter la quantité de travail et le taux d’emploi des seniors, dans quelles dépenses sociales autres que les prestations aux immigrés il entend tailler pour réduire les déficits.
Il ne va pas non plus pouvoir éternellement éviter d’aborder les sujets qui fâchent, à commencer par le recours à l’immigration de travail réclamée par le patronat pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre et au déclin démographique. Mais aussi et surtout la gestion de ses relations avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, régulièrement accusée d’être à la solde du « mondialisme libre-échangiste », ou avec Christine Lagarde, la patronne de la Banque centrale européenne, qualifiée un jour de « nullité » par Jean-Philippe Tanguy, le monsieur économie du parti. Voilà qui promet.
L’économie a beau ne pas être dans son ADN, le RN va devoir convaincre une majorité de Français, qui placent le pouvoir d’achat au premier rang de leurs préoccupations, de la pertinence de son programme mais surtout les rassurer sur sa faisabilité et la manière dont il compte le financer. Le RN ne peut plus aujourd’hui se permettre d’en présenter un aussi fantaisiste et dépensier que celui de 2022, dont le coût pour les finances publiques avait été chiffré par les experts de l’Institut Montaigne à 102 milliards d’euros par an.
Non seulement parce que la dette est – enfin ! – devenue un motif d’inquiétude pour les Français, mais aussi parce qu’à peine publié le programme économique du RN va être passé au crible par les agences de notation et par nos créanciers étrangers. Avec la menace que, si ces derniers le jugent financièrement irréaliste et budgétairement intenable, ils choisissent par précaution de se débarrasser, avant même la tenue du scrutin, de centaines de milliards d’euros d’obligations assimilables du Trésor qu’ils détiennent. Ce qui provoquerait une flambée des taux d’intérêt et déclencherait une crise financière qui rebattrait totalement les cartes de la campagne électorale. Après le plafond de verre, c’est contre le mur de la dette que le RN risque tôt ou tard de se fracasser3;
https://www.lepoint.fr/politique/rassem ... YIQPNYGEM/
La cour d’appel de Paris a rendu son verdict dans l’affaire des assistants parlementaires et les Français savent que Marine Le Pen, qui se pourvoit en cassation, est désormais la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle.
Ils ne savent en revanche toujours pas grand-chose de son programme économique. Le suspense reste entier, d’autant plus que celui-ci a beaucoup varié depuis trente ans. Pas à la marge, mais avec de brusques coups de barre : une fois à gauche, une fois à droite avec d’incessants virements de bord n’ayant rien de surprenant de la part d’une famille Le Pen originaire de La Trinité-sur-Mer, haut lieu de la voile sportive.
Jean-Marie Le Pen se disait « socialement à gauche mais économiquement à droite. » Héritier du poujadisme et surfant sur la vague libérale « reagano-thatchérienne » des années 1980, il s’était fait le chantre véhément de la désétatisation et de la lutte contre le « fiscalisme ». Prônant des privatisations tous azimuts, appelant à une réduction massive du nombre de fonctionnaires, militant pour l’abolition des droits de succession mais aussi pour la suppression de l’ISF et même de l’impôt sur le revenu.
Volte-face sur l’euro ou la dette
Dès son arrivée à la tête du Front national (FN) en janvier 2011, Marine Le Pen, désireuse d’élargir son électorat populaire, fait opérer un virage à 180 degrés à la ligne économique du parti. Avec une politique ultra-keynésienne de la demande, de soutien au pouvoir d’achat par une relance monétaire et salariale, l’injection à haute dose dans son programme des mesures sociales, le tout sur fond de défense des services publics et de refus de l’ouverture à la concurrence dans le secteur ferroviaire, de renforcement de l’État-providence et de l’État-stratège et actionnaire. Bref, une authentique politique économique de gauche, pour ne pas dire « socialo-communiste ».
Selon le décompte effectué par le sociologue Gilles Ivaldi, alors que 82 % des mesures « socio-économiques » défendues par Jean-Marie Le Pen se situaient résolument à droite, 68 % de celles contenues dans la plateforme présidentielle de Marine Le Pen en 2012 pouvaient être classées à gauche, parmi lesquelles, de façon emblématique, le retour à 60 ans de l’âge légal de départ à la retraite.
Marine Le Pen n’est longtemps restée économiquement fidèle à son père que sur un point : le rejet de l’euro. Monnaie que lui avait qualifiée de « faute économique, sociale et politique, un crime contre la Nation », et elle de « boulet total pour l’économie française » et de « symbole d’une politique européenne fédéraliste, d’un jusqu’au-boutisme absurde d’élites financières prêtes à sacrifier le peuple sur l’autel de leurs intérêts ». Rien de moins.
La sortie de l’euro est alors devenue l’alpha et l’oméga du programme économique du RN, Marine Le Pen avertissant que, sans une telle rupture monétaire, 70 % des mesures qu’il contenait ne pourraient pas être appliquées. Avant que son échec à la présidentielle de 2017 lui fasse prendre conscience que la promesse d’un retour au franc lui coûtait électoralement trop cher. Il la privait du vote de nombreux retraités inquiets pour leur assurance-vie, terrifiait les sympathisants d’une droite conservatrice et aisée, certes attirée par le discours sécuritaire et identitaire du RN, mais encore plus soucieuse de la valeur de son épargne.
En 2019, Marine Le Pen annonce sa conversion à la monnaie unique, geste inaugural d’une stratégie plus générale de dédiabolisation économique du parti. Qui est passée notamment par un changement radical d’avis sur la dette publique. Après avoir longtemps expliqué que celle-ci ne posait pas de réel problème dans la mesure où elle pouvait être directement financée par la Banque de France et être ainsi libérée de ses créanciers étrangers, Marine Le Pen fait spectaculairement volte-face. En février 2021, elle publie une retentissante tribune dans le journal L’Opinion : « Oui, une dette doit être remboursée. Il y a là un aspect moral essentiel. À partir du moment où un État souverain fait appel à une source de financement extérieure, sa parole est d’airain. Il s’organise pour rembourser sa dette contre vents et marées. Qui paie ses dettes s’enrichit. »
Un revirement destiné à se démarquer de Jean-Luc Mélenchon et à rassurer les milieux financiers mais qui a aussi apporté la preuve définitive que dans la famille Le Pen, père comme fille, l’économie était considérée comme un sujet secondaire. Que les programmes devaient être avant tout conçus et adaptés au gré du vent et des aspirations des Français, avec comme seul objectif de prendre le maximum d’électeurs aux partis traditionnels de gouvernement. Qu’opportunisme et populisme devaient définir la ligne économique du parti.
Les généralités de Bardella
Si le RN est parvenu, à force de reniements, sinon à totalement se dédiaboliser dans le domaine économique, du moins à paraître moins effrayant aux yeux des milieux patronaux et des CSP +, Marine Le Pen n’y a guère gagné pour autant en crédibilité. Les Français gardent en mémoire ses prestations catastrophiques lors du débat du second tour de l’élection présidentielle face à Emmanuel Macron, s’emmêlant les pinceaux sur son fumeux projet d’instauration de l’écu, s’embrouillant dans les chiffres de la dette, de l’inflation et de la croissance.
Jordan Bardella, son potentiel Premier ministre, a cet avantage compétitif de ne pas avoir subi une telle humiliation et de ne pas porter un aussi lourd passif. Les spécialistes du RN le disent plus libéral que Marine Le Pen, ce qui n’est pas difficile, plus « pro-business », plus pragmatique aussi. À l’image d’une Giorgia Meloni. Cela reste à confirmer, tant le discours économique de Jordan Bardella se limite prudemment à d’aimables généralités, telle la volonté de relancer la croissance et le pouvoir d’achat, de réindustrialiser le pays, de libérer les entreprises du carcan des normes et du fardeau de la surfiscalité. La question se pose aussi de savoir s’il ne s’agit pas là d’une simple posture, d’une stratégie électorale visant pour le RN à ratisser le plus large possible, Marine Le Pen personnifiant le volet social et Jordan Bardella incarnant la fibre libérale.
Projet fourre-tout
Toujours est-il qu’aujourd’hui, et avant qu’il ne soit dévoilé en détail, le programme économique du RN tel qu’on peut le connaître apparaît paradoxalement de nature macroniste, s’affichant « en même temps » de gauche et de droite. Plus précisément, il est bien moins libéral qu’il l’avait été sous Jean-Marie Le Pen mais beaucoup moins social qu’il l’a été avec Marine Le Pen de 2012 à 2022.
Promettant par exemple d’un côté de baisser la TVA de 20 à 5,5 % pour les carburants, l’électricité, le gaz et le fioul domestique, mais de l’autre de sortir les biens immobiliers de l’assiette de calcul des droits de succession à hauteur de 300 000 euros. D’un côté, de supprimer les impôts de production mais, de l’autre, d’annuler la réforme de l’assurance-chômage. D’exonérer, d’un côté, l’ensemble des contribuables âgés de moins de 30 ans d’impôt sur le revenu mais, de l’autre, de rétablir l’ISF en instaurant un impôt sur la fortune financière.
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Un projet fourre-tout et attrape-tout, de la famille des invertébrés. Qui convient parfaitement à un parti d’opposition mais devient un sérieux handicap quand votre candidate est la grande favorite des sondages pour s’installer à l’Élysée. Vitupérer contre ses adversaires, dénoncer la responsabilité de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe dans le bilan ruineux du macronisme, fustiger l’idéologie marxisante et décroissante de la gauche mélenchoniste ne constituent pas un programme économique présidentiel.
Le RN va très vite devoir dissiper le grand flou qui entoure le sien. Préciser par exemple quelles sont ses intentions sur la réforme des retraites, expliquer par quel tour de magie il prétend augmenter la production de richesse dans le pays sans augmenter la quantité de travail et le taux d’emploi des seniors, dans quelles dépenses sociales autres que les prestations aux immigrés il entend tailler pour réduire les déficits.
Il ne va pas non plus pouvoir éternellement éviter d’aborder les sujets qui fâchent, à commencer par le recours à l’immigration de travail réclamée par le patronat pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre et au déclin démographique. Mais aussi et surtout la gestion de ses relations avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, régulièrement accusée d’être à la solde du « mondialisme libre-échangiste », ou avec Christine Lagarde, la patronne de la Banque centrale européenne, qualifiée un jour de « nullité » par Jean-Philippe Tanguy, le monsieur économie du parti. Voilà qui promet.
L’économie a beau ne pas être dans son ADN, le RN va devoir convaincre une majorité de Français, qui placent le pouvoir d’achat au premier rang de leurs préoccupations, de la pertinence de son programme mais surtout les rassurer sur sa faisabilité et la manière dont il compte le financer. Le RN ne peut plus aujourd’hui se permettre d’en présenter un aussi fantaisiste et dépensier que celui de 2022, dont le coût pour les finances publiques avait été chiffré par les experts de l’Institut Montaigne à 102 milliards d’euros par an.
Non seulement parce que la dette est – enfin ! – devenue un motif d’inquiétude pour les Français, mais aussi parce qu’à peine publié le programme économique du RN va être passé au crible par les agences de notation et par nos créanciers étrangers. Avec la menace que, si ces derniers le jugent financièrement irréaliste et budgétairement intenable, ils choisissent par précaution de se débarrasser, avant même la tenue du scrutin, de centaines de milliards d’euros d’obligations assimilables du Trésor qu’ils détiennent. Ce qui provoquerait une flambée des taux d’intérêt et déclencherait une crise financière qui rebattrait totalement les cartes de la campagne électorale. Après le plafond de verre, c’est contre le mur de la dette que le RN risque tôt ou tard de se fracasser3;
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