Le RN et l’Europe, une tout autre menace que Meloni
Posté : 09 juillet 2026 09:28
"Si la dirigeante italienne a appris à composer avec Bruxelles, Marine Le Pen en est loin. Au risque, en cas d’arrivée au pouvoir, d’ébranler l’UE.
De chaque côté des Alpes, deux souverainismes se font face. Le soft, à la Giorgia Meloni, qui s’est accommodée des cénacles européens et a gommé les aspérités de son programme. Et puis le dur, celui que professe encore Jordan Bardella et Marine Le Pen à moins d’un an de la présidentielle. Rien ne distingue sur ce plan les deux figures du RN.
« L’Union européenne coche toutes les cases, c’est un empire marchand, wokiste et ultra-libéral, clamait Marine Le Pen en juin 2025, dans le Loiret. Et parce que c’est sa nature, sa volonté, c’est un empire contre nos nations. C’est un empire qui manipule et menace des désordres, impose et opprime. » Voilà qui suggère que la matrice du RN est intacte et que, en dépit d’un adoucissement de surface, le choc avec les institutions européennes sera rude.
Un élément a traversé les diverses positions du parti vis-à-vis de l’UE à travers le temps : son aversion pour la Commission européenne, l’institution qui, pour Bardella comme pour Le Pen, concentre tous les maux. Comment négocier avec un organe dont on nie la légitimité ?
« Je me méfie des programmes annoncés avant l’arrivée au pouvoir », confie, sceptique, l’un des conseillers du chancelier Merz. Le précédent italien incite, en effet, à la prudence. Giorgia Meloni avait promis un « blocus naval » contre les migrants aux accents militaires. Une fois installée au Palais Chigi, elle a soutenu le pacte migratoire européen, puis signé des décrets pour offrir des permis de travail à plusieurs centaines de milliers de travailleurs étrangers. En jouant le jeu, elle a néanmoins obtenu le durcissement de la politique migratoire et la légalisation des « centres de retour » dans des pays tiers. Ce n’est pas rien.
« Je suis pour tout changer sans rien briser »
Quelle sera l’attitude du RN s’il débarque à l’Élysée ? « Je suis pour tout changer sans rien briser », confiait Jordan Bardella au Point en mai. S’il salue Meloni et la stabilité de son gouvernement, il s’en distingue. Pour le président du RN, la cheffe du gouvernement italien n’avait pas vraiment le choix de sa modération. Elle ne pouvait pas mordre la main qui lui tendait un chèque de 194 milliards d’euros au titre du plan de relance. « L’Italie en est l’un des premiers bénéficiaires », note-t-il sobrement. Meloni souverainiste ? Oui, mais sous perfusion européenne.
La France n’est pas dans cette situation. Elle est contributrice nette au budget de l’Union (23 milliards d’euros en 2025). « Lorsqu’on dit aux Français que l’Europe finance leur agriculture, c’est faux. C’est la France qui finance son agriculture », assène Bardella.
Le bras de fer principal, si le RN accède au pouvoir, sera budgétaire : une réduction de moitié de la contribution française. Puisque l’Allemagne et les Pays-Bas ont leur rabais, pourquoi pas la France ? Sauf que le calendrier pourrait lui jouer un mauvais tour. Le prochain cadre financier est en cours de négociation, et les Vingt-sept entendent le boucler avant la fin de l’année. Le RN le sait, et renvoie à la négociation, sans dire exactement sur quoi il pèserait pour la rouvrir.
Le parti n’a pas encore réglé le passif de ses relations avec Moscou. Et ça se voit.
Marine Le Pen avait tenté un rapprochement avec Giorgia Meloni. En mai 2024, à un mois des élections européennes, dans le Corriere della Sera, la Française l’invitait à fusionner leurs groupes au Parlement européen. « Le moment est venu de s’unir. Si nous réussissons, nous pouvons devenir le deuxième groupe au Parlement européen », glissait-elle. Sauf que Giorgia Meloni a décliné.
La prudence italienne tient aussi au fond des programmes. Illustration avec le marché européen de l’électricité. Giorgia Meloni n’a jamais envisagé d’en sortir. Jordan Bardella comme Marine Le Pen en font le pilier de la souveraineté retrouvée de la France : ils entendent fixer le prix du nucléaire français mais vendre le courant à l’Europe au tarif du marché européen. « Notre premier déplacement se fera à Bruxelles, annonce Jordan Bardella. Et nous indiquerons à la Commission européenne que, à partir de ce moment, la France vend son électricité à 50-60 euros le MWh. » Le RN a les moyens de le faire. Mais l’industrie allemande, déjà fragilisée, paierait plein pot. Berlin riposterait. Le partenaire naturel deviendrait le premier adversaire commercial.
Troisième divergence, la plus profonde : le droit. L’Italienne mène son combat sur un terrain précis : la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur les migrations, contestée avec huit autres États membres dont la Pologne. Une bataille ciblée, contre une institution qui n’est d’ailleurs pas celle de l’UE, dont elle ne remet pas en cause la Cour de justice.
Bâton de dynamite
Le RN, lui, pose un principe général : la primauté du droit national sur le droit européen parce que « la démocratie est un considérant supérieur au traité », indique Bardella. Et pour le graver dans le marbre, le président du RN promet un référendum à valeur constitutionnelle. C’est un bâton de dynamite contre les fondements de l’ordre juridique communautaire. Car si chaque gouvernement agit de la sorte, c’est l’UE qui sera défaite loi après loi, domaine après domaine.
Une dernière chose sépare Giorgia Meloni du RN : son positionnement sur l’Ukraine. L’Italienne soutient Kiev sans ambiguïté depuis le début du conflit. Le RN, si proche de Vladimir Poutine naguère, louvoie. Il condamne l’agression mais n’a pas toujours soutenu l’assistance financière aux Ukrainiens. Il prétend être derrière l’Ukraine mais, au Parlement européen, Jordan Bardella a voté contre le prêt de 90 milliards d’euros. La justification avancée ? La France n’aurait plus les moyens de soutenir Kiev… Le parti n’a pas encore vraiment réglé le passif de ses relations avec Moscou. Et ça se voit.
Si bien que la différence entre l’Italienne et le RN n’est donc pas de style. Elle est structurelle. Meloni a choisi ses batailles en fonction de sa dépendance financière à l’Europe, sans jamais lâcher l’Ukraine. Le RN, libéré de cette contrainte, se croit autorisé à en mener trois simultanément : budget, énergie, droit. C’est plus ambitieux. Et beaucoup plus explosif.
https://www.lepoint.fr/politique/le-rn- ... M2NWSEVVQ/
De chaque côté des Alpes, deux souverainismes se font face. Le soft, à la Giorgia Meloni, qui s’est accommodée des cénacles européens et a gommé les aspérités de son programme. Et puis le dur, celui que professe encore Jordan Bardella et Marine Le Pen à moins d’un an de la présidentielle. Rien ne distingue sur ce plan les deux figures du RN.
« L’Union européenne coche toutes les cases, c’est un empire marchand, wokiste et ultra-libéral, clamait Marine Le Pen en juin 2025, dans le Loiret. Et parce que c’est sa nature, sa volonté, c’est un empire contre nos nations. C’est un empire qui manipule et menace des désordres, impose et opprime. » Voilà qui suggère que la matrice du RN est intacte et que, en dépit d’un adoucissement de surface, le choc avec les institutions européennes sera rude.
Un élément a traversé les diverses positions du parti vis-à-vis de l’UE à travers le temps : son aversion pour la Commission européenne, l’institution qui, pour Bardella comme pour Le Pen, concentre tous les maux. Comment négocier avec un organe dont on nie la légitimité ?
« Je me méfie des programmes annoncés avant l’arrivée au pouvoir », confie, sceptique, l’un des conseillers du chancelier Merz. Le précédent italien incite, en effet, à la prudence. Giorgia Meloni avait promis un « blocus naval » contre les migrants aux accents militaires. Une fois installée au Palais Chigi, elle a soutenu le pacte migratoire européen, puis signé des décrets pour offrir des permis de travail à plusieurs centaines de milliers de travailleurs étrangers. En jouant le jeu, elle a néanmoins obtenu le durcissement de la politique migratoire et la légalisation des « centres de retour » dans des pays tiers. Ce n’est pas rien.
« Je suis pour tout changer sans rien briser »
Quelle sera l’attitude du RN s’il débarque à l’Élysée ? « Je suis pour tout changer sans rien briser », confiait Jordan Bardella au Point en mai. S’il salue Meloni et la stabilité de son gouvernement, il s’en distingue. Pour le président du RN, la cheffe du gouvernement italien n’avait pas vraiment le choix de sa modération. Elle ne pouvait pas mordre la main qui lui tendait un chèque de 194 milliards d’euros au titre du plan de relance. « L’Italie en est l’un des premiers bénéficiaires », note-t-il sobrement. Meloni souverainiste ? Oui, mais sous perfusion européenne.
La France n’est pas dans cette situation. Elle est contributrice nette au budget de l’Union (23 milliards d’euros en 2025). « Lorsqu’on dit aux Français que l’Europe finance leur agriculture, c’est faux. C’est la France qui finance son agriculture », assène Bardella.
Le bras de fer principal, si le RN accède au pouvoir, sera budgétaire : une réduction de moitié de la contribution française. Puisque l’Allemagne et les Pays-Bas ont leur rabais, pourquoi pas la France ? Sauf que le calendrier pourrait lui jouer un mauvais tour. Le prochain cadre financier est en cours de négociation, et les Vingt-sept entendent le boucler avant la fin de l’année. Le RN le sait, et renvoie à la négociation, sans dire exactement sur quoi il pèserait pour la rouvrir.
Le parti n’a pas encore réglé le passif de ses relations avec Moscou. Et ça se voit.
Marine Le Pen avait tenté un rapprochement avec Giorgia Meloni. En mai 2024, à un mois des élections européennes, dans le Corriere della Sera, la Française l’invitait à fusionner leurs groupes au Parlement européen. « Le moment est venu de s’unir. Si nous réussissons, nous pouvons devenir le deuxième groupe au Parlement européen », glissait-elle. Sauf que Giorgia Meloni a décliné.
La prudence italienne tient aussi au fond des programmes. Illustration avec le marché européen de l’électricité. Giorgia Meloni n’a jamais envisagé d’en sortir. Jordan Bardella comme Marine Le Pen en font le pilier de la souveraineté retrouvée de la France : ils entendent fixer le prix du nucléaire français mais vendre le courant à l’Europe au tarif du marché européen. « Notre premier déplacement se fera à Bruxelles, annonce Jordan Bardella. Et nous indiquerons à la Commission européenne que, à partir de ce moment, la France vend son électricité à 50-60 euros le MWh. » Le RN a les moyens de le faire. Mais l’industrie allemande, déjà fragilisée, paierait plein pot. Berlin riposterait. Le partenaire naturel deviendrait le premier adversaire commercial.
Troisième divergence, la plus profonde : le droit. L’Italienne mène son combat sur un terrain précis : la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur les migrations, contestée avec huit autres États membres dont la Pologne. Une bataille ciblée, contre une institution qui n’est d’ailleurs pas celle de l’UE, dont elle ne remet pas en cause la Cour de justice.
Bâton de dynamite
Le RN, lui, pose un principe général : la primauté du droit national sur le droit européen parce que « la démocratie est un considérant supérieur au traité », indique Bardella. Et pour le graver dans le marbre, le président du RN promet un référendum à valeur constitutionnelle. C’est un bâton de dynamite contre les fondements de l’ordre juridique communautaire. Car si chaque gouvernement agit de la sorte, c’est l’UE qui sera défaite loi après loi, domaine après domaine.
Une dernière chose sépare Giorgia Meloni du RN : son positionnement sur l’Ukraine. L’Italienne soutient Kiev sans ambiguïté depuis le début du conflit. Le RN, si proche de Vladimir Poutine naguère, louvoie. Il condamne l’agression mais n’a pas toujours soutenu l’assistance financière aux Ukrainiens. Il prétend être derrière l’Ukraine mais, au Parlement européen, Jordan Bardella a voté contre le prêt de 90 milliards d’euros. La justification avancée ? La France n’aurait plus les moyens de soutenir Kiev… Le parti n’a pas encore vraiment réglé le passif de ses relations avec Moscou. Et ça se voit.
Si bien que la différence entre l’Italienne et le RN n’est donc pas de style. Elle est structurelle. Meloni a choisi ses batailles en fonction de sa dépendance financière à l’Europe, sans jamais lâcher l’Ukraine. Le RN, libéré de cette contrainte, se croit autorisé à en mener trois simultanément : budget, énergie, droit. C’est plus ambitieux. Et beaucoup plus explosif.
https://www.lepoint.fr/politique/le-rn- ... M2NWSEVVQ/