«Cette canicule a été celle de trop» : ces Français qui brûlent chez eux au point de vouloir déménager
Posté : 12 juillet 2026 10:31
SOURCE : LE FIGARO«Cette canicule a été celle de trop» : ces Français qui brûlent chez eux au point de vouloir déménager
TÉMOIGNAGES - Bretagne, Normandie, Belgique… Après la canicule historique du mois de juin et alors qu’une nouvelle vague de chaleur touche le pays cette semaine, certains Français songent à déménager.
Lorsque Benoît revient sur le début de son été, on pourrait croire à une blague. Pourtant, il est très sérieux : «Je me réfugiais parfois dans ma voiture parce qu’il y faisait plus frais que chez moi.» Et alors que le mercure s’affole de nouveau cette semaine, il reconnaît que ses réflexes n’ont pas vraiment changé. À 49 ans, cet habitant des Hauts-de-Seine (92) envisage de déménager. La canicule du mois dernier - qui a été le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France - a été le déclic. «Il y a encore quelques années, je pensais m’installer dans la vallée de Chevreuse. Aujourd’hui, je regarde plutôt du côté d’Amiens, de la Bretagne ou de la Belgique. J’y ai déjà fait du repérage.»
(...)
Benoît est loin d’être un cas isolé. Selon une étude menée par Leboncoin Immo en juin 2026 auprès de 1 752 Français, 81 % déclarent souffrir de la chaleur dans leur logement et 34 % envisagent déjà, ou pourraient envisager, de déménager si les canicules venaient à s’intensifier. Dans les régions les plus exposées, le phénomène est encore plus marqué : 18 % des habitants de Provence-Alpes-Côte d’Azur envisagent sérieusement un départ, contre 1,3 % en Bretagne. À l’inverse, la Normandie, la façade Atlantique et la Bretagne figurent parmi les destinations les plus convoitées.
Sébastien, 54 ans, habitant des Yvelines (78), peut en témoigner. Ce conseiller clientèle prévoyait de s’installer en Normandie avec sa compagne une fois à la retraite. Mais les derniers épisodes de canicule ont accéléré ses plans. «Nous vivons dans un immeuble des années 1970 exposé plein sud. Lorsqu’il fait plus de 35°C, la chaleur ne redescend pas.» Depuis, Sébastien scrute les annonces immobilières dans l’Eure (27) et le Calvados (14). «J’ai commencé à parler d’une mutation à mon employeur. Cette canicule a été celle de trop. Ce qui devait être un projet pour la retraite est devenu un objectif à court terme. Après plusieurs malaises liés à la chaleur, on estime qu’il n’y a plus de raison d’attendre.»
«Même en tant qu’étudiante, je ne reprendrai jamais un logement sous les combles»
Le «réflexe climatique» est encore plus évident chez les jeunes. Selon l’étude de Leboncoin Immo, 12 % des 18-24 ans envisagent sérieusement de déménager à cause de la chaleur, contre 1 % des plus de 65 ans. À Tours, Éloïse, 22 ans, ne pensait pas que la canicule changerait ses projets d’avenir. Étudiante en première année de master en alternance, elle loue un studio de 18m² classé E au DPE (diagnostic de performance énergétique) et situé sous un toit en zinc. Durant de longues heures de juin et de juillet, le thermomètre y est monté jusqu’à 36,2°C.
La journée, Éloïse s’attardait volontairement au bureau. «Officiellement, c’était pour avancer sur mes dossiers. En réalité, c’était surtout parce qu’il y avait la climatisation.» Les nuits, elles, étaient beaucoup plus compliquées. «Je me réveillais plusieurs fois complètement trempée.» Les prévisions météo du mois de juillet ont fini de la convaincre : pour sa dernière année d’études, elle déménagera. «Je voudrais un appartement traversant, avec des volets si possible. Je peux mettre une cinquantaine d’euros de plus, mais pas davantage.»
«Le confort d’été doit être pensé comme le confort d’hiver»
Le témoignage d’Éloïse, Marianne Auffret l’entend de plus en plus souvent. À la tête de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes (Unhaj), elle constate que les étudiants et jeunes travailleurs sont parmi les plus exposés aux fortes chaleurs, mais aussi parmi ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. «Ils consacrent déjà 53 % de leurs ressources au logement : à ce niveau-là, le confort thermique devient presque un luxe.» Elle alerte également sur le risque de voir certains appartements, notamment sous les toits, devenir progressivement inhabitables en été si le parc locatif n’est pas réhabilité.
Un constat partagé par le ministère de la Ville et du Logement. «Pendant longtemps, nous avons pensé l’habitat sous l’angle du confort d’hiver : désormais, il faut aussi penser le confort d’été.» Dans le cadre du projet de loi Relance Logement, le gouvernement prévoit d’adapter la réglementation des logements neufs au réchauffement climatique et de faciliter, notamment en copropriété, l’installation de protections solaires, de brasseurs d’air ou de pompes à chaleur réversibles. «Les rénovations devront également intégrer la ventilation, l’isolation estivale et la protection contre le rayonnement solaire», souligne le ministère. Si, jusqu’à présent, on choisissait un logement pour son prix ou sa localisation, demain, on le choisira peut-être aussi pour une raison beaucoup plus simple : réussir à y dormir l’été.
Le phénomène reste difficile à quantifier, et les enquêtes d'opinion doivent être nuancées : ce n'est pas parce que des gens déclarent avoir l'intention de déménager qu'ils le feront vraiment.
Cependant, il faut bien noter que les mentalités sont en train de changer sous l'influence du changement climatique ; ce changement climatique risque de guider les choix de vie d'un nombre croissant de Français, et il y aura donc probablement un afflux vers les régions océaniques.