Face à Christian Estrosi, « Mediapart » relaxé dans un procès en diffamation
Posté : 01 octobre 2026 06:29
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À la suite d’une plainte en diffamation de Christian Estrosi, « Mediapart » vient d’être relaxé par la justice. Démultipliées, ces poursuites contre nous relèvent d’un harcèlement préjudiciable à la liberté d’informer.
Christian Estrosi est un élu cerné par les affaires, notamment dans le cadre d’une enquête ouverte pour détournements de fonds publics, comme l’a récemment révélé Mediapart. Pour autant, c’est sur les procédures intentées par l’ex-maire de Nice contre notre journal que se fonde, notamment sur les réseaux sociaux, une partie de la défense de Jordan Bardella, dont les propos antisémites sont au cœur d’une de nos enquêtes, pour décrédibiliser notre travail journalistique.
Ce contre-feu s’accompagne de mensonges sur les procès en diffamation perdus par Mediapart. La vérité est connue de nos lecteurs et de nos lectrices : sur environ 350 procédures, seulement 5 condamnations définitives à ce jour, en plus de dix-huit années d’existence, pour quelque 7 700 enquêtes publiées, aucune ne concernant nos grandes révélations et toutes remontant à avant 2013. Bref, Mediapart, par le sérieux de son travail d’enquête et son souci de la jurisprudence en matière de droit de la presse, a plutôt l’habitude de gagner les procès qu’on lui intente.
Une nouvelle preuve en a été récemment donnée face à Christian Estrosi. En effet, Mediapart vient d’être relaxé, le 14 septembre 2026, face à l’ancien maire de Nice, à la suite d’une plainte en diffamation visant un article d’Ellen Salvi, publié le 26 octobre 2023. Cette enquête détaillait la gestion, par celui qui était aussi le président de la métropole Nice-Côte d’Azur, des travaux de reconstruction après la tempête Alex qui avait dévasté la vallée de la Vésubie, faisant dix morts, huit disparus et d’importants dégâts matériels. Publié quelques jours après une nouvelle tempête, baptisée Aline, venue raviver la colère des habitant·es, l’article interrogeait l’action du plaignant s’agissant de la conduite d’opérations de reconstruction financées par des fonds publics, alors que le retard des travaux suscitait un large émoi parmi les populations concernées.
L’ex-maire de Nice est débouté de l’ensemble de ses demandes. Aucun appel n’ayant été interjeté contre le jugement, la relaxe est définitive. La justice a ainsi tranché en faveur de la liberté d’expression et de la libre critique.
Mediapart est un journal dont la mission démocratique est de publier des informations sur celles et ceux qui nous gouvernent, celles et ceux qui font la loi, celles et ceux qui représentent la puissance publique et celles et ceux qui concourent au débat public. Il arrive que nos révélations aient de l’impact sur la vie publique. Elles dérangent les personnes et/ou les institutions dont nous mettons en cause les agissements. Nous considérons néanmoins qu’il est légitime que chacun·e ait la possibilité de se défendre devant les tribunaux dans le cadre prévu par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Aussi, dès lors que nous sommes poursuivis sur le terrain judiciaire, nous ne nous dérobons pas et répondons systématiquement, et en personne, de nos informations. C’est ce que nous avons fait, devant le tribunal judiciaire de Nice, le 20 juin 2026 : Ellen Salvi s’est présentée devant les juges, en compagnie d’Edwy Plenel, directeur de la publication au moment de la mise en ligne de l’article, et de notre avocat Emmanuel Tordjman (Seattle Avocats). Christian Estrosi, absent à l’audience, était représenté par l’avocat Olivier Baratelli.
Face à une plaidoirie excessivement agressive et insultante, nous avons défendu l’intérêt général de notre enquête, son sérieux, sa prudence, ainsi que le respect scrupuleux du contradictoire, qui vise à recueillir la parole des personnes mises en cause.
Comme nous avons eu l’occasion de le rappeler à l’audience, les élu·es, en tant qu’ils et elles représentent les électeurs et électrices, sont supposé·es non seulement rendre des comptes, mais aussi être particulièrement ouvert·es à la critique. À la différence des simples particuliers, les hommes politiques « s’expose[nt] inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de [leurs] faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens », juge la Cour européenne des droits de l’homme.
Comme s’il en faisait une affaire personnelle, Christian Estrosi multiplie les procédures contre Mediapart, utilisant la protection fonctionnelle lui revenant lorsqu’il était élu, et donc les deniers publics, pour sa défense. C’est ainsi que le camp Bardella se prévaut d’une autre plainte déposée par l’ex-maire de Nice ayant abouti à une condamnation de Mediapart en juillet 2025, non définitive puisque nous avons fait appel. Une troisième procédure est en cours, concernant un article sur son voyage au Grand Prix de Formule 1 d’Abu Dhabi.
Nous dénonçons cette forme de harcèlement judiciaire, tel qu’il est mis en exergue par la directive européenne du 11 avril 2024 sur la protection des personnes qui participent au débat public contre les demandes en justice manifestement infondées ou les procédures abusives. Le but de ces poursuites judiciaires est de « brider le débat public », comme le déplore la directive, notamment lorsqu’elles visent les médias indépendants.
Du côté du droit de savoir des citoyens et des citoyennes, Mediapart ne renoncera jamais à sa mission démocratique consistant à publier des informations d’intérêt général… aussi dérangeantes qu’elles puissent être envers telle ou telle puissance politique ou économique.
https://blogs.mediapart.fr/carine-foute ... iffamation
À la suite d’une plainte en diffamation de Christian Estrosi, « Mediapart » vient d’être relaxé par la justice. Démultipliées, ces poursuites contre nous relèvent d’un harcèlement préjudiciable à la liberté d’informer.
Christian Estrosi est un élu cerné par les affaires, notamment dans le cadre d’une enquête ouverte pour détournements de fonds publics, comme l’a récemment révélé Mediapart. Pour autant, c’est sur les procédures intentées par l’ex-maire de Nice contre notre journal que se fonde, notamment sur les réseaux sociaux, une partie de la défense de Jordan Bardella, dont les propos antisémites sont au cœur d’une de nos enquêtes, pour décrédibiliser notre travail journalistique.
Ce contre-feu s’accompagne de mensonges sur les procès en diffamation perdus par Mediapart. La vérité est connue de nos lecteurs et de nos lectrices : sur environ 350 procédures, seulement 5 condamnations définitives à ce jour, en plus de dix-huit années d’existence, pour quelque 7 700 enquêtes publiées, aucune ne concernant nos grandes révélations et toutes remontant à avant 2013. Bref, Mediapart, par le sérieux de son travail d’enquête et son souci de la jurisprudence en matière de droit de la presse, a plutôt l’habitude de gagner les procès qu’on lui intente.
Une nouvelle preuve en a été récemment donnée face à Christian Estrosi. En effet, Mediapart vient d’être relaxé, le 14 septembre 2026, face à l’ancien maire de Nice, à la suite d’une plainte en diffamation visant un article d’Ellen Salvi, publié le 26 octobre 2023. Cette enquête détaillait la gestion, par celui qui était aussi le président de la métropole Nice-Côte d’Azur, des travaux de reconstruction après la tempête Alex qui avait dévasté la vallée de la Vésubie, faisant dix morts, huit disparus et d’importants dégâts matériels. Publié quelques jours après une nouvelle tempête, baptisée Aline, venue raviver la colère des habitant·es, l’article interrogeait l’action du plaignant s’agissant de la conduite d’opérations de reconstruction financées par des fonds publics, alors que le retard des travaux suscitait un large émoi parmi les populations concernées.
L’ex-maire de Nice est débouté de l’ensemble de ses demandes. Aucun appel n’ayant été interjeté contre le jugement, la relaxe est définitive. La justice a ainsi tranché en faveur de la liberté d’expression et de la libre critique.
Mediapart est un journal dont la mission démocratique est de publier des informations sur celles et ceux qui nous gouvernent, celles et ceux qui font la loi, celles et ceux qui représentent la puissance publique et celles et ceux qui concourent au débat public. Il arrive que nos révélations aient de l’impact sur la vie publique. Elles dérangent les personnes et/ou les institutions dont nous mettons en cause les agissements. Nous considérons néanmoins qu’il est légitime que chacun·e ait la possibilité de se défendre devant les tribunaux dans le cadre prévu par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
Aussi, dès lors que nous sommes poursuivis sur le terrain judiciaire, nous ne nous dérobons pas et répondons systématiquement, et en personne, de nos informations. C’est ce que nous avons fait, devant le tribunal judiciaire de Nice, le 20 juin 2026 : Ellen Salvi s’est présentée devant les juges, en compagnie d’Edwy Plenel, directeur de la publication au moment de la mise en ligne de l’article, et de notre avocat Emmanuel Tordjman (Seattle Avocats). Christian Estrosi, absent à l’audience, était représenté par l’avocat Olivier Baratelli.
Face à une plaidoirie excessivement agressive et insultante, nous avons défendu l’intérêt général de notre enquête, son sérieux, sa prudence, ainsi que le respect scrupuleux du contradictoire, qui vise à recueillir la parole des personnes mises en cause.
Comme nous avons eu l’occasion de le rappeler à l’audience, les élu·es, en tant qu’ils et elles représentent les électeurs et électrices, sont supposé·es non seulement rendre des comptes, mais aussi être particulièrement ouvert·es à la critique. À la différence des simples particuliers, les hommes politiques « s’expose[nt] inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de [leurs] faits et gestes tant par les journalistes que par la masse des citoyens », juge la Cour européenne des droits de l’homme.
Comme s’il en faisait une affaire personnelle, Christian Estrosi multiplie les procédures contre Mediapart, utilisant la protection fonctionnelle lui revenant lorsqu’il était élu, et donc les deniers publics, pour sa défense. C’est ainsi que le camp Bardella se prévaut d’une autre plainte déposée par l’ex-maire de Nice ayant abouti à une condamnation de Mediapart en juillet 2025, non définitive puisque nous avons fait appel. Une troisième procédure est en cours, concernant un article sur son voyage au Grand Prix de Formule 1 d’Abu Dhabi.
Nous dénonçons cette forme de harcèlement judiciaire, tel qu’il est mis en exergue par la directive européenne du 11 avril 2024 sur la protection des personnes qui participent au débat public contre les demandes en justice manifestement infondées ou les procédures abusives. Le but de ces poursuites judiciaires est de « brider le débat public », comme le déplore la directive, notamment lorsqu’elles visent les médias indépendants.
Du côté du droit de savoir des citoyens et des citoyennes, Mediapart ne renoncera jamais à sa mission démocratique consistant à publier des informations d’intérêt général… aussi dérangeantes qu’elles puissent être envers telle ou telle puissance politique ou économique.
https://blogs.mediapart.fr/carine-foute ... iffamation