SOURCE : LE FIGAROAu collège, près d’un dixième des heures de cours ne sont pas assurées
En 2024, 9% des heures de cours n’ont pas été assurées dans les collèges publics.
Dans un rapport sur «le temps d’enseignement perdu», la Cour des comptes pointe le non-remplacement des enseignants qui, malgré la volonté gouvernementale, se dégrade.
C’est devenu un sujet épidermique. «Le temps d’enseignement perdu par les élèves est devenu un sujet de débat public», pose la Cour des comptes en préambule d’un rapport publié ce 12 décembre, dans lequel elle observe que le mécontentement des parents s’exprime désormais «dans des courriers au ministère, dans les médias, parfois dans la rue et dans les tribunaux». Car la situation n’est guère reluisante. En 2024, 9 % des heures de cours n’ont pas été assurées dans les collèges publics, soit une baisse par rapport aux deux années précédentes, mais une «hausse légère» par rapport à 2019. Une situation qui s’explique, pour l’essentiel (à 8 %), par le non-remplacement des enseignants.
Quatre ans après s’être intéressés à «la gestion des absences des enseignants», les magistrats de la rue Cambon publient un rapport sur «le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège», qui couvre la période 2019-2025. L’occasion de dresser un bilan alors que, en 2023, le gouvernement avait érigé le remplacement des professeurs absents en «priorité du service public de l’éducation», rappelle la Cour. On se souvient du candidat Emmanuel Macron qui, lors de la campagne présidentielle 2022, proposait un «pacte enseignant» permettant de revaloriser les professeurs prêts à s’engager sur de nouvelles missions, à commencer par le remplacement de courte durée. «Je veux qu’à la rentrée prochaine, on puisse remplacer du jour au lendemain les profs [absents] dans les classes des élèves, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans beaucoup de collèges et de lycées», affirmait en mars 2023 le chef de l’État réélu.
Des absences de longue durée moins remplacées
Mais «la hausse des crédits consacrés au remplacement ne s’est pas traduite par une réduction significative du temps d’enseignement perdu dans le second degré», assène la Cour des comptes, qui conclut à des résultats «mitigés, pas encore à la hauteur des efforts consentis». Alors que les crédits ont augmenté de 52 % depuis 2018 et que les dépenses de remplacement de courte durée ont triplé, avec la mise en place du «pacte enseignant», le bilan n’est pas satisfaisant. Avec 12 % d’heures remplacées dans les collèges publics, le remplacement de courte durée s’est «légèrement amélioré» depuis 2023.
Quant au remplacement de longue durée (supérieur à 15 jours et a priori prévisible), il s’est «dégradé», passant de 97 % en 2019 à 94 % en 2025 dans le second degré. Il faut dire que, dans le même temps, la crise du métier d’enseignant, liée à la fois aux difficultés de recrutement et à la dégradation des conditions de travail, s’est durablement installée. À la rentrée 2024, 13 % de postes n’étaient pas pourvus dans les collèges et lycées publics. Et c’est dans des disciplines phares, en français, en mathématiques ou encore en allemand, que le manque se fait le plus sentir.
Motifs d’absence de courte durée des enseignants dans les collèges et lycées publics, en 2024-2025 Cour des comptes, d’après les données du ministère de l’éducation nationale
La Cour constate par ailleurs une hausse des absences pour raison de santé, «observée pour les enseignants comme pour l’ensemble des salariés», précise-t-elle. Les congés de maladie ordinaire ont ainsi augmenté de 41,3 % entre 2019 et 2024, tandis que les temps partiels thérapeutiques ont bondi de 250 %. Ces raisons de santé arrivent en tête des motifs d’absence (29,3 % des absences). Vient ensuite la formation continue des enseignants (15,5 %)
L’Éducation nationale a des marges de progrès possibles, estiment les magistrats. Elle pourrait limiter les «absences institutionnelles». En 2021, la Cour avait déjà pointé ces absences générées par le fonctionnement même de l’institution : la fermeture avancée des établissements pour cause d’examens, mais surtout à la formation continue des enseignants du secondaire qui, contrairement à celle des enseignants du primaire, se déroule essentiellement sur le temps d’enseignement. Qu’en est-il à ce jour ? Si le ministère a «entrepris de contenir les absences institutionnelles, notamment en organisant davantage de formations en dehors des heures de classe», ces absences institutionnelles représentent «encore malgré tout 36 % des absences de courte durée des enseignants et le tiers du temps d’enseignement perdu dans les collèges publics».
La solution du Cned ?
Parmi ses recommandations, la Cour des comptes suggère, comme elle l’a déjà fait à de nombreuses reprises, d’«annualiser» les heures de service des enseignants (gérées à ce jour de façon hebdomadaire), afin de donner de «la souplesse» au système. Elle émet aussi la possibilité d’utiliser des «solutions numériques», telles que le Cned pour pallier les absences de courtes comme de longue durée. Un pis-aller.
Elle relève enfin que la problématique du remplacement n’est pas une fatalité. Pour preuve, les disparités entre académies ne sont pas forcément liées à leur attractivité, mais à «la qualité du pilotage et des outils» mis en place. Ainsi, parmi les académies remplaçant les absences de longue durée à plus de 95 %, figurent celles, peu attractives, d’Amiens et de Nancy-Metz, qui ont optimisé leurs systèmes d’information.
«L’État a une obligation de moyens pour garantir le fonctionnement régulier et sans interruption du service public d’éducation», rappellent les magistrats. Ils constatent que, depuis une décision du Conseil d’État de janvier 1988, l’État a été condamné une cinquantaine de fois pour « carence dans l’organisation du service public de l’enseignement ». Certains élèves ont même été dédommagés, au motif qu’ils avaient pris du retard dans les enseignements et diminué leurs chances de réussite future.
Cette fois-ci, c'est la Cour des comptes qui mesure le problème...
Et ce problème risque de perdurer, et de s'aggraver, malgré la bonne volonté du gouvernement. On va manquer de profs, de plus en plus gravement, de la même façon qu'on manque de médecins.

