Dans une vidéo, le chef des députés LR entretient la confusion sur des remboursements de l’assurance maladie réservés aux personnes souffrant de la maladie cœliaque.
«La galette des rois sans gluten remboursée par la Sécurité sociale, vous en pensez quoi ?» annonce le titre de la publication. Dans une courte vidéo partagée sur ses réseaux sociaux, mardi 13 janvier, Laurent Wauquiez se livre à une diatribe face caméra contre les prétendus «chèques à tout-va» de l’assurance maladie.
Galette encore emballée entre les mains, le président du groupe LR à l’Assemblée nationale développe : «En France, la Sécurité sociale rembourse des galettes des rois industrielles sans gluten. N’importe quoi. Bien sûr, prendre en compte l’allergie au gluten, c’est une évidence. Mais enfin, ce n’est pas la Sécurité sociale de faire ce genre de remboursement.» Le cas donné en exemple n’est qu’un prétexte pour mieux se lancer ensuite dans un exposé de ses «combats» : «On attend la Sécurité sociale sur nos hôpitaux, sur les services d’urgence, sur la prise en compte des maladies chroniques, pour embaucher plus de médecins, plus d’infirmières, mais pas pour la paperasse administrative, pas pour des chèques à tout-va sur ce genre de produits, pas pour se tromper de priorité.»
Invitée à réagir, la Caisse nationale de l’assurance maladie se contente de renvoyer vers son site. Lequel, de fait, comprend toutes les informations utiles concernant les remboursements d’aliments sans gluten.
Une maladie chronique intestinale
On y apprend qu’effectivement, «les personnes souffrant de la maladie cœliaque (ou intolérance au gluten) peuvent demander la prise en charge de certains produits sans gluten» à la branche maladie de la Sécurité sociale. Mais le dispositif est donc destiné aux personnes atteintes d’une maladie particulière, et non à celles qui sont «allergiques au gluten», contrairement à ce que sous-entend Laurent Wauquiez.
Il faut bien faire la distinction entre l’allergie au gluten et l’intolérance au gluten, aussi appelée maladie cœliaque. La première «provoque des symptômes survenant immédiatement après l’ingestion de gluten» (comme une éruption cutanée, un œdème de Quincke, une crise d’asthme…). Tandis que les symptômes de la seconde «apparaissent de manière progressive et durable». Ils peuvent se traduire par une diarrhée chronique, une anémie (c’est-à -dire une baisse anormale du taux d’hémoglobine dans le sang) ou encore une importante perte de poids. L’intolérance, qui touche principalement «des personnes génétiquement prédisposées», concernerait en Europe jusqu’à 2 % de la population.
Concrètement, chez les personnes atteintes de la maladie cœliaque, «en cas de consommation de gluten, la réaction anormale du système immunitaire, avec la production d’autoanticorps, se retourne contre l’organisme en attaquant la paroi de l’intestin grêle», résume le site de la Cnam. Il s’agit ainsi d’une «maladie chronique intestinale auto-immune». Or, Laurent Wauquiez défend précisément, dans la même vidéo, «la prise en compte des maladies chroniques» par la Sécurité sociale.
«Accord confirmé par biopsie digestive»
Pour vivre avec la maladie cœliaque, il est donc indispensable d’exclure totalement le gluten de son alimentation. «Aucun médicament n’est utile pour traiter une intolérance au gluten», explique la Cnam, qui prévient : «Le seul traitement efficace repose sur l’adoption d’un régime sans gluten strict.»
Or, non seulement ce régime est contraignant, le gluten étant présent dans de nombreux aliments, mais en plus la consommation de produits sans gluten induit des coûts conséquents. Par exemple, l’enseigne de magasins bio Biocoop propose une frangipane sans gluten de 420 grammes à 20 euros, tandis que la galette classique de 440 grammes est vendue 18 euros.
Les personnes intolérantes peuvent donc demander le remboursement d’une partie du prix des aliments sans gluten qu’ils consomment. Mais d’abord, comme le souligne l’assurance maladie, cet accompagnement est «exclusivement réservé aux personnes ayant obtenu un accord de prise en charge pour la maladie cœliaque confirmée par biopsie digestive».
Plafond mensuel de 46 euros
Ensuite, seuls les produits qui entrent dans l’une des quatre catégories prévues – farines, pains, pâtes, biscuits – font l’objet d’une prise en charge. Avec, pour chaque catégorie, une base de remboursement spécifique. Ainsi, la marque le Petit Minotier, spécialiste des aliments sans gluten, précise sur son site que sur le prix de vente de sa galette, soit quelque 19 euros, seuls 3,81 euros sont éligibles à la prise en charge par la Sécurité sociale. Soit le coût des ingrédients pour sa pâte feuilletée aux farines de riz et de millet (au lieu de la traditionnelle farine de blé).
Les produits éligibles (ou la partie d’un produit qui l’est) sont remboursés à hauteur de 60 % de leur montant. Et s’il est «possible de transmettre plusieurs demandes de prises en charge dans le mois», le montant mensuel total de la prise en charge est plafonné à 45,73 euros. Pour les enfants de moins de 10 ans, le plafond est même fixé à 33,54 euros par mois.
Enfin, les démarches peuvent être effectuées par courrier ou en ligne, depuis l’application Ameli. Elles nécessitent de fournir à la fois les codes-barres des aliments et le prix payé en magasin. Et en cas de contrôle, il faut pouvoir présenter les preuves d’achats et codes-barres des vingt-quatre derniers mois.
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