Neuf mois avant Rosa Parks en 1955, la jeune fille afro-américaine de 15 ans avait refusé de céder son siège dans un bus de l’Alabama ségrégationniste à une femme blanche. Elle est morte mardi à 86 ans.
L’histoire a retenu Rosa Parks. Pourtant, neuf mois avant elle, dans la même ville et sur la même ligne de bus, une jeune Afro-Américaine de 15 ans nommée Claudette Colvin avait déjà refusé de céder sa place à une femme blanche, dans un bus de Montgomery. Son refus de se soumettre aux lois Jim Crow en 1955 a entraîné l’abolition de la ségrégation dans les transports en commun dans le sud des Etats-Unis, mais son acte a été éclipsé quelques mois plus tard par celui de Rosa Parks, qui a marqué l’histoire avec une prise de position similaire.
Saluant une «pionnière des droits civiques», sa fondation a annoncé sa mort mardi 13 janvier, elle avait 86 ans. «Pour nous, elle était plus qu’une figure historique. Elle était le cœur de notre famille, sage, résiliente et basée sur la foi».
«Un droit constitutionnel»
Si d’autres passagers – avant Claudette Colvin et Rosa Parks –, avaient déjà bravé les lois racistes des bus ségrégationnistes, la jeune fille de 15 ans a été la première à plaider non coupable devant la justice. «Lorsque le bus a descendu la rue principale, de plus en plus de passagers blancs sont montés et le conducteur a demandé de libérer les sièges», racontait celle que l’histoire a oubliée, le 2 mars 1955. «Deux trois arrêts plus tard, un policier m’a demandé ce que je faisais assise là . J’ai dit que j’avais payé ma place et que c’était un droit constitutionnel. J’avais plus que tout envie de le défier et j’ai refusé de me lever», expliquait-elle.
Menottée, l’adolescente a été jetée dans une voiture de policiers, avant d’être emprisonnée. Elle a finalement pu être libérée rapidement grâce au paiement solidaire de sa caution. Après avoir plaidé non coupable, Claudette Colvin a été condamnée pour trouble à l’ordre public, violation de la loi de ségrégation et agression sur représentant de l’ordre. La jeune fille a été une seconde fois condamnée en appel.
Mais les leaders locaux des droits civiques décidèrent de ne pas faire de Claudette Colvin leur symbole de la discrimination. «Elle était, expliqua-t-elle plus tard, trop foncée de peau et trop pauvre pour obtenir le soutien crucial de la classe moyenne noire de Montgomery», rapporte le New York Times, en contradiction avec versions selon lesquelles ce refus aurait été motivé par sa grossesse. «Contrairement à ce que certains ont affirmé par la suite, elle n’était pas enceinte à ce moment-là , même si elle le devint plus tard dans l’année», poursuit le quotidien new-yorkais.
«J’ai l’impression que ce que j’ai fait a été une étincelle»
Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, 42 ans, couturière noire de Montgomery, défie elle aussi l’injustice des lois ségrégationnistes. «Elle était adulte : elle serait plus fiable qu’une adolescente», expliquait Claudette Colvin auprès de la radio américaine NPR. «Son grain de peau faisait qu’on l’associait avec la classe moyenne. Elle avait le bon profil et possédait une autorité naturelle.» En février 1956, la ville de Montgomery a fait condamner une centaine d’organisateurs du mouvement de boycott des bus de la ville qui s’en est suivi, dont Martin Luther King et les époux Parks.
En parallèle, la NAACP, une importante organisation de défense des droits civiques, finit par faire porter l’affaire de Claudette Colvin et de trois autres passagères devant la justice fédérale. Une décision qui a mené à une première victoire : le 5 juin 1956, deux juges fédéraux déclarent inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus. Montgomery et l’Alabama font appel. Mais la Cour suprême leur donne tort. Le 13 novembre 1956, elle juge que la ségrégation dans les transports en commun dans le Sud est inconstitutionnelle.
En raison de sa grossesse hors mariage, Claudette Colvin est par la suite renvoyée du collège où elle est scolarisée et ne parvient pas à trouver du travail à Montgomery. En 1958, elle déménage à New York, devient aide-soignante et ne reviendra pas sur son passé avant longtemps. Elle déclarait au journal local de Montgomery en 2005 : «Je me sens très, très fière. J’ai l’impression que ce que j’ai fait a été une étincelle.» Et d’ajouter : «Que les gens sachent que Rosa Parks était la bonne personne pour le boycott. Mais qu’ils sachent aussi que les avocats ont emmené quatre autres femmes devant la Cour suprême pour contester la loi qui a conduit à la fin de la ségrégation.»
https://www.liberation.fr/international ... 2ZHO2FUZ4/

Qu'elle repose en paix.
