Pour tenter de clore la polémique sur la prononciation d’« Epstein », Mélenchon invoque la linguistique avant de s’en prendre à Glucksmann
Accusé d’antisémitisme après avoir ironisé sur la prononciation d’« Epstein », Jean-Luc Mélenchon invoque l’histoire de la langue et Saussure pour renvoyer la polémique à un débat d’usage.
Jean-Luc Mélenchon souhaite tourner la page. Après plusieurs jours d’emballement politique autour de sa manière de prononcer le nom de Jeffrey Epstein, le leader de La France insoumise tente de ramener la séquence à qu’il présente comme l’essentiel : les victimes.
Mais la polémique a pris un nouveau tour ce dimanche, après une autre séquence où il a ironisé cette fois-ci sur le nom de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann.
Sur son compte X, ce dimanche 1er mars, il a cherché à clore la controverse d’un trait. «
Depuis la première heure, le mouvement insoumis est engagé pour le châtiment du pédocriminel Jeffrey Epstein et de ses complices. Ce qui compte, ce n’est pas la manière dont on prononce son nom. Ce qui compte, c’est que justice soit rendue pour toutes les victimes, en France et dans le monde ! »
Quelques heures plus tard, en meeting à Perpignan devant environ 2 000 personnes venues soutenir le candidat insoumis aux municipales à ses côtés, Jean-Luc Mélenchon a repris le fil de sa défense. « Cet homme-là n’avait aucune religion », a-t-il affirmé, en référence aux accusations d’antisémitisme qui ont ressurgi après sa séquence lyonnaise, avant d’ajouter «
il n’y a aucun Dieu qui puisse se réclamer d’une raclure et d’une ordure pareille ».
« Ce n’est pas moi qui ai fait le rapprochement entre Epstein et sa religion », a-t-il insisté, accusant ses détracteurs d’avoir eux-mêmes introduit ce lien. « N’assignez pas l’islam à ceux qui tuent, n’assignez pas Epstein à la religion non plus », a-t-il encore lancé, sous les applaudissements.
« Je ne suis pas antisémite », a-t-il martelé, assurant qu’il n’existe « ni antisémites » ni « antimusulmans » dans les rangs insoumis. « Nous combattons l’islamophobie, nous combattons le racisme antijuif », a-t-il ajouté. « La religion n’a rien à voir avec la politique ».
La linguistique comme ligne de défense
Au cœur de la polémique, une scène captée à Lyon où Jean-Luc Mélenchon ironisait sur la prononciation du nom du pédocriminel américain. La séquence, largement relayée, a déclenché une vague de condamnations, de la majorité à une partie de la gauche, certains y voyant des « codes » problématiques.
Plutôt que de revenir sur la « blague » en elle-même, le leader insoumis choisit désormais un autre terrain : celui des usages linguistiques. «
J’ai été professeur de français, je pense que mon avis peut avoir un petit intérêt », a-t-il plaidé à Perpignan, en réponse notamment au président du Crif qui avait estimé qu’« un élève de 5e » saurait dire correctement « Epstein ».
En substance, la façon de prononcer un nom d’origine germanique passé par l’anglais ne serait qu’une question de phonétique, pas d’idéologie.
Dans un long développement, Jean-Luc Mélenchon convoque ensuite l’histoire de la langue française. Il évoque les querelles anciennes entre partisans d’un français normé, « comme les Parisiens », et ceux qui défendaient la langue telle que « parlent les Français, à leur manière », citant Marie de Gournay ou encore Lamotte-Levaillé. Manière d’ancrer la polémique dans une vieille dispute sur l’usage.
Avant de conclure, plus abruptement : «
Je m’en fous en réalité (…) Si vous me dites que c’est Epstein, eh ben va pour Epstein, je m’en fous, c’est pas le nom qui compte, c’est ce qui est en cause. »
Mais la séquence de Perpignan a aussi relancé les critiques pour une autre raison.
Évoquant Raphaël Glucksmann au détour d’une phrase, Jean-Luc Mélenchon a soupiré : «
Monsieur Gluckman, Glucksmann pardon…, après j’en ai pour des heures », prononçant d’abord « Glucksman » puis « Glucksmane » en se reprenant. Une nouvelle ironie sur un nom à consonance juive qui a immédiatement provoqué des réactions.
Sur X, l’eurodéputé social-démocrate a répliqué d’un laconique : « OK Jean-Marie Le Pen », en partageant l’extrait vidéo.
En renouvelant ces séquences autour des noms propres, la controverse qu’il cherchait à refermer semble au contraire s’élargir.
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 60991.html