Quelques années auparavant, en 2023, Gérald Darmanin, qui était alors ministre de l'Intérieur expliquait à Ouest-France Ouverture dans un nouvel ongletque "dix projets" d'attentats de l'ultradroite avaient été "déjoués" ces dernières années. À titre de comparaison, l'ultragauche n'a commis aucun attentat ces dernières années et un seul attentat déjoué peut lui être imputé, selon les données du ministère de l'Intérieur – rapportées par le Vrai ou Faux Ouverture dans un nouvel ongleten 2023 – complétées par les données plus récentes d'Europol Ouverture dans un nouvel onglet.
D'ailleurs, dans son dernier rapport sur l'état de la menace terroriste en Europe portant sur l'année 2024 et qui s'appuie sur des informations envoyées par les pays membres, Europol ne rapporte aucune interpellation de membres de l'ultragauche pour des motifs terroristes les trois dernières années observées. Onze avaient été recensées en 2020 et 3 en 2021. Au contraire, 69 membres de l'ultradroite ont été interpellés dans le cadre d'enquêtes antiterroristes sur la même période, entre 2019 et 2024 : 7 en 2019, 5 en 2020, 29 en 2021, 16 en 2022, 4 en 2023 et 8 en 2024.
Des militants d'ultradroite davantage prêts à passer à l'acte
L'actuel ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, a d'ailleurs confirmé, vendredi 20 février, sur RTL que l'ultradroite représentait bien, aussi, une menace pour la France. "Nous avons un suivi rigoureux de toutes les violences ultra, c'est-à-dire ultradroite, ultragauche, qu'on appelle ultra parce que ce sont des groupuscules qui appellent à la violence, qui se forment à la violence. On ne s'inscrit pas dans un processus démocratique, ce sont vraiment des dégradations à minima,voire des violences aux personnes. Ce sont des groupes qui sont extrêmement violents et qui à ce titre-là sont suivis. Et il y en a à l'ultragauche comme à l'ultradroite", a expliqué Laurent Nunez, avant de répéter en insistant "comme à l'ultradroite".
Il y a un paradoxe à souligner néanmoins. Selon les informations du service police-justice de franceinfo, les renseignements suivent jusqu'à deux fois plus de militants d'ultragauche que de militants d'ultradroite (2 000 à 3 000 pour les uns, contre 1 500 pour les autres). Néanmoins, les militants d'ultragauche ne sont pas tous prêts à passer à l'acte, alors que les militants d'ultradroite le sont, ils sont aussi plus violents et plus armés.
D'ailleurs, l'ultradroite s'en prend principalement aux personnes, aux immigrés, aux militants de gauche, faisant des morts et des blessés, alors que l'ultragauche, elle, s'en prend principalement aux biens matériels, notamment pendant des manifestations. Ainsi, le CRGN note que "la mouvance d'ultragauche a maintenu son activité en France et revendiqué 120 actions en 2025" dans une cinquantaine de départements. Mais "la majorité de ces actions prennent pour cibles des bâtiments ou des infrastructures : ceux liés à l'environnement, au monde politique, ainsi que les commerces ont été particulièrement visés par des incendies volontaires et des dégradations, suivis de près par le réseau électrique, les transports publics et le BTP". Le sabotage du réseau électrique pendant le Festival de Cannes, provoquant une grosse coupure de courant dans 160 000 foyers, est listé en tête des "actions majeures" de l'ultragauche en 2025.
Les seules violences physiques de l'ultragauche ciblent l'ultradroite, alors que l'inverse n'est pas vrai.
Six morts imputées à l'extrême droite depuis 2022
Est-il pour autant exact de dire, comme le fait Manuel Bompard, "depuis 2022 dans ce pays, l'extrême droite – des groupes liés à l'extrême droite, des militants identitaires comme on dit – a tué 12 personnes" ? La France insoumise a envoyé la liste de ces 12 morts en question au journal Libération Ouverture dans un nouvel onglet. Le parti de Jean-Luc Mélenchon y a mentionné à la fois des personnes qui ont été tuées par des militants d'extrême droite, des personnes qui ont été tuées avec un mobile raciste, donc des idées d'extrême droite, et d'autres personnes qui ont été tuées et dont les origines visibles n'étaient pas françaises.
Dans le détail, LFI a listé l'assassinat du rugbyman Federico Martin Aramburu en mars 2022 à Paris, pour lequel un ancien du Groupe Union Défense (GUD), Loïk Le Priol, est notamment mis en examen ; le meurtre d'Éric Casado-Lopez en mai 2022 à Paris par Martial Lanoir, conspirationniste d'extrême-droite condamné depuis à 22 ans de réclusion sans que le caractère raciste n'ait été retenu ; le meurtre de Mahamadou Cissé en décembre 2022 à Charleville-Mézières par un voisin qui a confié avoir "tué un noir", mais le procureur a parlé d'un conflit de voisinage et d'un "homicide par exaspération" ; l'assassinat de trois militants kurdes en décembre 2022 à Paris par William Malet, un nationaliste au "racisme pathologique", renvoyé devant les assises pour assassinats racistes ; le meurtre aggravé d'un mobile raciste d'Angela Rostas, une mère de famille enceinte tuée par deux chasseurs sur le seuil de son mobil home à Chênex en Haute-Savoie ; le meurtre de Djamel Bendjaballah en août 2024 à Dunkerque par l'ex de sa compagne qui se trouve aussi être un membre de la Brigade française patriote, un groupuscule survivaliste d'extrême droite, mis en examen pour meurtre, sans que la circonstance raciste n'ait été retenue ; le meurtre de Rochdi Lakhsassi en novembre 2024 à Chavelot dans les Vosges, un commercial d'origine marocaine abattu de deux balles dans le dos pendant un démarchage, le suspect sera jugé pour meurtre mais le caractère raciste n'a pas été retenu par la justice ; le meurtre de cinq personnes dont deux migrants à Wormouth et Loon-Plage, dans le Nord, en décembre 2024, par un homme qui a expliqué se retrouver dans le nationalisme et se situer politiquement à l'extrême droite ; le meurtre d'Aboubakar Cissé, poignardé de 57 coups de couteau dans une mosquée de La Grand-Combe, dans le Gard, en avril 2025, dont le suspect avait initialement été mis en examen pour assassinat en raison de la race ou de la religion avant qu'une expertise psychiatrique ne dise que son discernement était aboli et le meurtre d'Hichem Miraoui en mai 2025 dans le Var, déjà évoqué plus haut, qui est considéré par les autorités comme un attentat terroriste d'ultradroite. Les faits listés par la France insoumise ne se ressemblent pas tous. En réduisant le champ aux faits réalisés par des personnes se revendiquant nationalistes, identitaires ou d'extrême droite, et dont le discernement n'était pas aboli au moment des faits, la chercheuse Isabelle Sommier, spécialiste des mouvements sociaux et de la violence politique et professeure de sociologie politique à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, explique à franceinfo que six meurtres peuvent être imputés à l'extrême droite depuis 2022 : ceux de Federico Martin Aramburu, des trois militants kurdes, d'Éric Casado-Lopez et d'Hichem Miraoui.
En comparaison, l'ultragauche n'est soupçonnée que d'une seule mort ces quatre dernières années, celle de Quentin Deranque.
L'extrême droite a tué 10 fois plus que l'extrême gauche en 40 ans
Si on prend un peu plus de recul historique en s'appuyant sur les travaux des chercheurs spécialisés comme Isabelle Sommier, mais aussi Nicolas Lebourg et Xavier Crettiez qui ont participé à l'ouvrage Violences politiques en France. De 1986 à nos jours Ouverture dans un nouvel onglet, on constate que l'extrême droite a tué dix fois plus que l'extrême gauche ces 40 dernières années.
"Il y a eu 57 morts liées à des violences entre groupes politiques de 1986 à 2017 – 52 du fait de la droite radicale et cinq du fait de la gauche radicale", explique Isabelle Sommier au Monde Ouverture dans un nouvel onglet. Si l'on y additionne les six morts attribuées à l'ultradroite recensées depuis 2022 et la mort de Quentin Deranque attribuée à l'ultragauche, alors on constate que l'ultradroite a tué 58 personnes depuis 1986, contre 6 personnes pour l'ultragauche.
Il faut ajouter à cela toutes les attaques qui ont fait des blessés sans tuer personne et tous les projets d'attaques qui ont été déjoués. "Les agressions politiques sont pour plus de 60% le fait de la droite radicale et ont connu une progression considérable en moins de dix ans. Alors qu’elles représentaient un quart des violences de l’'ultradroite' avant 2017, elles en constituent aujourd’hui plus de la moitié", analyse encore la chercheuse qui note une recrudescence de la violence politique de la droite radicale depuis la candidature d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022.
"Cette montée des agressions à visée idéologique est également notable, mais dans une moindre proportion, de la part de la gauche radicale, responsable de 25 % d’entre elles entre 2017 et 2026", compare Isabelle Sommier avant de conclure : "Cette évolution est globalement inquiétante et n’augure rien de bon pour la campagne présidentielle à venir."