Cher Erik Tegnér, la défense que vous avez choisie dans le cadre de ce procès, et que vous ressassez à l’envi depuis l’annonce de votre condamnation, visiblement pour une fois vous ne trouvez pas que la justice est trop laxiste, consiste néanmoins à expliquer qu’en publiant cette liste « à aucun moment [votre] souhait n’a été de livrer des avocats à la vindicte », intéressant, s’agissant seulement, à vous en croire, de faire œuvre de « journalisme » et de diffuser des « informations d’intérêt général ». Au cours de l’audience du 16 avril 2026, vous avez ainsi accusé les parties civiles de vouloir vous « bâillonner » au moyen d’une procédure représentant « un danger énorme pour la liberté de la presse », et vous êtes même allé jusqu’à prétendre que « [Frontières n’est] pas un média d’opinion, mais un média d’investigation », défense de rire. Et lorsque vous avez pris connaissance du jugement, vous avez récidivé en affirmant avoir été « condamné comme journaliste car [votre] média Frontières a publié une grande enquête sur les avocats en droit des étrangers », on avait compris Erik, mais sachez qu’il ne suffit pas de se proclamer journaliste pour être considéré comme tel, de même qu’il ne suffit pas de tomber par terre en fuyant une terrible attaque au pistolet à eau pour se poser en victime des dangereux antifascistes.
Si l’on essaie ainsi de vous prendre un peu au sérieux, ce qui n’est pas évident mais promis on va faire un effort, impossible de ne pas s’interroger sur le rapport exact existant entre, d’une part, votre « grande enquête » sur l’immigration et, d’autre part, le « journalisme d’investigation ». Pour le dire simplement : vous avez « révélé » que des avocats défendaient des étrangers en situation irrégulière, super scoop, qu’ils étaient payés pour cela, énorme surprise, souvent via l’aide juridictionnelle, c’est fait pour, qu’ils s’appuyaient sur le droit pour essayer de protéger leurs clients d’une expulsion, ce qui s’appelle faire son métier, et qu’il leur arrivait même parfois d’obtenir gain de cause, ce que l’on nomme le fonctionnement normal de la justice. En d’autres termes : vous n’avez rien « révélé » du tout, ainsi que vous le reconnaissez d’ailleurs vous-même, paradoxalement, lorsque vous tentez vainement de vous défendre de tout doxing : « Nous avons donné les noms d’avocats déjà connus et qui revendiquaient leur travail dans la presse et sur les réseaux », un gros travail d’investigation donc.
Le problème, si l’on peut dire, est que vous ne vous êtes pas contenté de dresser une liste d’avocats que quiconque sachant se servir d’un moteur de recherche pourrait établir en quelques heures, mais que vous avez publié ladite liste dans un magazine dénonçant en « Une » les « coupables » d’une supposée « invasion migratoire », duquel vous avez assuré une promotion tapageuse sur le thème des « complices » d’un danger mortel, ainsi que vous l’expliquiez par exemple sur CNews lors de la parution du numéro de Frontières incriminé : « Il y a une invasion migratoire en France. Si on n’arrête pas les flux, on deviendra minoritaires. Et même en le faisant, le taux de fécondité nous met en péril. » Autrement dit : vous agitez la menace raciste-complotiste du « grand remplacement », expliquant très sérieusement que des hordes de barbares seraient non seulement à nos portes mais déjà parmi nous, vous dressez ensuite une liste de supposés « coupables » de cette « invasion » et vous faites enfin mine de vous étonner que ces derniers soient ensuite harcelés et menacés, chapeau l’artiste.
Difficile en effet de ne pas relever que, contrairement aux journalistes auxquels vous aimez vous comparer, entre autres et notamment ceux de Mediapart, on y reviendra, vous n’avez nullement « enquêté » sur des institutions ou des individus ayant des comportements ou des activités condamnables, voire délictueuses ou même criminelles, mais sur des personnes dont le seul tort est de faire leur métier — lequel consiste à assurer un droit essentiel, celui d’être défendu en justice, et à faire appliquer la loi. Pas de quoi fouetter un chat en somme, à moins d’enrober ces « révélations » low-cost d’une bonne dose de démagogie, de sensationnalisme et d’alarmisme, à grands renforts de débats outranciers sur la chaine d’extrême droite CNews, qui avait à l’époque célébré, à l’instar d’un Éric Zemmour saluant « du grand journalisme d’investigation » (sic), la « qualité » de votre « enquête », un immense gage de sérieux et de rigueur dont vous vous étiez félicité : « Je veux remercier Pascal Praud ! Nous avons travaillé plus de deux mois sur cette enquête et le fait qu’il en parle nous crédibilise », si vous le dites.
Cher Erik Tegnér, vous voir vous glorifier de la « crédibilité » que vous apporterait le soutien d’une sommité comme Pascal Praud donne une idée assez précise de la conception que vous vous faites du journalisme. Un univers que vous avez découvert il y a seulement quelques années, puisque c’est en 2021 que vous avez cofondé Livre noir, ancêtre de Frontières, par l’intermédiaire d’une société de communication — dont vous étiez l’un des dirigeants — dénommée Morphea Partners et domiciliée à Budapest, ce qui a peut-être quelque chose à voir avec le fait que vous aviez été début 2021 « invité pour trois mois par le Danube Institute, un think tank conservateur proche de Viktor Orbán, qui dépense de petites fortunes pour influencer les opinions publiques à l’étranger », vous permettant d’être « alors rémunéré 4500 euros par mois ». Les prestations proposées par Morphea Partners, à en croire son site web, étaient la « communication politique », la « production audiovisuelle », les « sites internet » et les « relations presse », bien loin du journalisme donc, mais c’est pourtant bien cette entreprise, ainsi que l’avait relevé Mediapart en 2022, qui revendiquait sur son site la paternité de Livre noir, né en février 2021 et officiellement enregistré en mai de la même année : « Morphea Partners produit notamment un nouveau média en ligne, Livre noir, lancé mi-février 2021 et qui connaît en quatre mois un fort succès ».
Les trois associés ayant déposé les statuts de Livre Noir se nommaient Erik Tegnér, Swann Polydor et François-Louis de Voyer d’Argenson : nous reviendrons brièvement ci-dessous sur votre parcours, et nous contenterons de signaler ici que Swann Polydor, qui se présentait en 2021 comme un « féru d'informatique spécialisé en IA », s’était notamment illustré auparavant en travaillant entre autres avec Sarah Knafo, Robert et Emmanuelle Ménard, Paul-Marie Coûteaux et Jean Messiha, une bien belle brochette, tandis que François-Louis de Voyer d’Argenson, un individu dont le patronyme ne laisse planer aucun doute quant à ses origines populaires, qui avait été candidat aux élections législatives de juin 2017 dans la 5e circonscription de l’Aisne sous l’étiquette du Front national, était alors président du « Cercle Audace », regroupement de jeunes entrepreneurs proches de Marion Maréchal-Le Pen, doté d’un conseil d’administration dans lequel vous siégiez, et décrit par le Figaro comme « une plateforme de réseautage, d'interactions, entre différents pans de la droite conservatrice », ça fait rêver.
Absolument aucun rapport donc, même ténu, avec le journalisme, et ce n’est pas de votre côté que l’on en trouve davantage puisqu’avant de vous investir dans Morphea Partners et dans Livre noir vous vous étiez surtout fait remarquer par vos engagements politiques très à droite et par une évidente propension à changer de crémerie :
- adhésion au Front national en 2011 ;
- soutien à Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2012 ;
- adhésion à l’UMP en 2014 ;
- engagement, en 2016, dans le « pôle idées » de Bruno Le Maire, alors candidat à la primaire de la droite ;
- engagement, en 2017, dans le courant DroiteLib de Virginie Calmels, où vous étiez responsable des jeunes ;
- candidature, en 2018, à la présidence des Jeunes Républicains, à laquelle vous avez finalement dû renoncer, apportant alors votre soutien et l’appui de vos réseaux à un certain Charles Alloncle, le monde est petit ;
- lancement de votre propre mouvement, « Racines d’avenir », à l’été 2019 ;
- participation, au côté de Sarah Knafo, à l’organisation de la « Convention de la droite » en septembre 2019 ;
- exclusion des Républicains en décembre 2019.
Un parcours pour le moins chaotique durant lequel vous avez toutefois défendu avec constance la perspective de « l’union des droites », autrement dit de l’alliance des droites extrêmes et des extrêmes droites, comme par exemple lorsque vous déclariez à l’Obs, en septembre 2018, ce qui suit : « On n'a plus trop de temps devant nous. Du Rassemblement national aux Républicains, nous avons la même vision sur la famille, sur l'immigration. Pourquoi ne pas le dire ? ». Ce qui vous a donc finalement valu d’être exclu fin 2019, le secrétaire général de LR Aurélien Pradié, député du Lot, vous accusant d’être « le porte-parole de Marion Maréchal » dans le parti, il faut dire que vous n’aviez pas fait le choix de la discrétion, ainsi que le rapportait le Parisien à l’époque : « "Je ne vois pas le problème de parler à quelqu'un qui n'est pas au parti. L'objectif doit être de reconstruire la droite, pas juste de sauver la boutique", nous explique [Erik Tegnér]. […] Lui croit dur comme fer que la petite-fille de Jean-Marie Le Pen est "la chance de survie de LR" face à Macron », on comprend que vos chefs n’aient pas apprécié.
Point de journalisme dans votre formation et votre parcours donc, mais la conviction de la nécessité d’agir pour une entente, voire une fusion, entre droite et extrême droite, qui vous a naturellement amené à vous rapprocher d’Éric Zemmour et à envisager le lancement d’un « média » dédié à la popularisation et à la défense de ce qui lui tient lieu d’idées et, le moment venu, de sa candidature à la présidentielle 2022. Ce qui fut fait avec Livre noir, devenu rapidement, avant même qu’il n'entre officiellement en campagne, l’agence de communication de celui que vous aviez qualifié, en septembre 2019, de « héros d’une génération », à chacun ses héros, avec profusion de « reportages » sur Éric Zemmour et d’« interviews » du candidat et de ses proches. Ainsi que le relevait Mediapart début 2022, « sur le compte Twitter de Livre noir, on trouve ainsi, au 28 janvier, 188 mentions du compte d’Éric Zemmour et 97 de celui de Marine Le Pen. Tandis que Valérie Pécresse est reléguée à 23 mentions, Emmanuel Macron 13, Anne Hidalgo 4, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot 2 », voilà qui a le mérite d’être clair.
Cher Erik Tegnér, vous appartenez en réalité, à l’instar, par exemple, d’une Sarah Knafo ou d’un Charles Alloncle, tous les deux nés comme vous en 1993, un excellent cru donc, à cette génération de militantes et militants de droite extrême et d’extrême droite pour lesquels le clivage Front national/Droite « républicaine », issu notamment des positionnements des uns et des autres par rapport à la Seconde Guerre mondiale, ne fait plus sens, c’est vrai qu’on ne va pas s’arrêter à ce genre de détail, et qui prônent aujourd’hui une alliance de « toutes les droites » derrière une candidature d’extrême droite. Une génération au sein de laquelle il existe des inimitiés, des rivalités et des divergences tactiques, mais qui se retrouve autour d’une vision du monde, d’un projet et de valeurs partagées, avec notamment l’obsession de mener une « bataille culturelle » contre la gauche et le progressisme au sens large, à laquelle vous prenez toute votre part aujourd’hui en ayant choisi de vous réorienter au sein de la branche « médias » après vos loupés en politique, sans évidemment avoir changé d’objectif.
Ce qui se ressent lourdement dans la façon dont vous pratiquez le « journalisme », puisque votre priorité n’est nullement de vous consacrer aux faits mais d’apporter votre pierre à l’édifice de la construction d’une hégémonie des idées d’extrême droite, quitte à bafouer toutes les règles élémentaires du journalisme, sans guillemets cette fois-ci, qu’il s’agisse de réaliser un « reportage » en Ukraine reprenant sans aucune distance la propagande du Kremlin (mars 2022), de choisir de ne pas flouter, contrairement à l’ensemble des autres médias, les images des corps d’agents pénitentiaires victimes de l’attaque de leur convoi (mai 2024), de publier la vidéo d’un sénateur PCF victime d’un malaise en plein hémicycle, accompagnée de commentaires injurieux (décembre 2025), de monter de toutes pièces une histoire de « séquestration » de l’un de vos « journalistes » (novembre 2021) ou de diffuser de fausses informations, comme lorsque vous avez prétendu que BFMTV aurait proposé de l’argent à la famille de Jean-Marie Le Pen pour filmer les obsèques de ce dernier (janvier 2025), liste non exhaustive.
Signalons d’ailleurs que votre alignement sur la rhétorique poutinienne, qui vous a valu une invitation en tribune officielle, d’ordinaire interdite aux journalistes, pour le défilé du 9 mai 2022 à Moscou, a précipité l’implosion de Livre Noirà l’automne 2022, vos financeurs et vos deux associés ne goûtant guère votre tropisme pro-russe et finissant par claquer la porte. Ce qu’on également fait nombre de vos salariés écœurés par vos comportements d’autocrate, dont témoigne ce florilège de vos propos en interne, rapportés par l’Express en septembre 2023 :
- « Quand je fous 25% de mon fric dans quelqu'un, ce quelqu'un bosse pour moi. Tu bosses pour moi, c'est moi le boss. Tu crois que Zemmour bosse pour CNews? Non, il bosse pour Bolloré, et moi je suis Bolloré, donc tu bosses pour moi, point » ;
- « Un alternant ça s'exploite, sorry. Les alternants, c'est fait pour être exploités, c'est un business model » ;
- « Toi t'as une psychologie d'homo, c'est pour ça que tu réagis comme ça » ;
- etc.
Des comportements qui vous vaudront même, de la part de l’une de vos anciennes salariées, une plainte pour « harcèlement moral », « agression sexuelle » et « violence », qui sera finalement classée sans suite, ainsi qu’une plainte, de la part de vos deux anciens associés, pour « abus de pouvoir », « abus de bien social » et « recel d'abus de bien social », qui semble toujours en cours d'instruction. Suite à diverses péripéties et entourloupes financières et administratives, vous aviez en effet mis la main sur la « marque » Livre noir, entre autres en déposant à l’été 2023 les statuts de deux nouvelles structures, Artefakt et Livre noir Magazine, et en lançant à la rentrée de septembre 2023, un an après une fusion ratée avec le média d’extrême droite pro-russe Omerta, une version papier du magazine lors d’une soirée dont l’invité vedette n’était autre qu’Éric Zemmour, décidément on ne se refait pas. Et avec parmi vos nouveaux financeurs un certain Gérault Verny, industriel lyonnais ayant accompagné le candidat de Reconquête en 2022 avant de rejoindre en 2024 l’UDR ciottiste et d’être élu député.
C’est ce « nouveau » Livre noir que vous avez décidé de rebaptiser Frontières en juin 2024, tout en conservant les méthodes qui avaient déjà fait votre réputation, ainsi que le rappelait une note de la fondation Jean Jaurès publiée en mars 2025 : « cacher les résultats d’un sondage qui ne vont pas dans le sens de ses thèses ; créer un incident pour l’instrumentaliser politiquement ; promouvoir explicitement la journée d’étude d’un parti politique (celui de Marion Maréchal) ; accueillir dans ses pages publicité une lettre parlementaire de Nicolas Bay (eurodéputé du groupe ECR) et une affiche de Sarah Knafo ; encourager une campagne de harcèlement numérique à l’encontre d’une journaliste du Monde, qui a eu le malheur de faire son travail en se rendant aux obsèques de Jean-Marie Le Pen ; ou encore exhumer les tweets de la grande sœur de Louise, cette jeune fille de onze ans qui venait d’être assassinée dans l’Essonne, la livrant à un cyberharcèlement d’ampleur, sous prétexte que celle-ci serait une militante de gauche pro-émigration – la plaçant de fait comme une sorte de complice de l’assassin de sa sœur, décrit par Frontières comme "un homme de type nord-africain", ce qui s’est avéré totalement faux », quel talent.
Le tout en vous entourant petit à petit d’une bien belle équipe de « journalistes », de Guillaume Foucqueteau (candidat du RN aux élections départementales de 2021) à Garen Shnorhokian (porte-parole d’Éric Zemmour en 2022) en passant par Eva Duparc (ex-responsable de la communication numérique de Jordan Bardella), Baudouin Wisselmann (ancien de l’Action française licencié de Valeurs actuelles pour avoir tourné une vidéo avec le Youtubeur Papacito), Anaïs Maréchal (ex-DRH du collectif Némésis et belle-sœur d’une certaine Marion), Jules Lecompte (qui fut en même temps animateur de la web radio Frontières et collaborateur du député-actionnaire Gérault Verny) ou encore Louise Morice (fiancée à un militant d’extrême droite collectionneur d’objets nazis). Sans oublier l’incomparable Jordan Florentin, ex-militant UMP/LR spécialiste des fake news, des outrances et des provocations dans les initiatives organisées par la gauche sociale et politique, et désormais directeur de publication de Frontières, voilà qui en dit long sur vos très hautes exigences de « président » du magazine.
En résumé, vous êtes à la tête d’un collectif de militants d’extrême droite déguisés en journalistes, qui produisent des contenus où l’amateurisme le dispute à l’indécence (2), que vous avez doté d’un « comité stratégique » dans lequel figurent, ou ont figuré, l'ex-ambassadeur de France en Algérie et actuel conseiller du RN Xavier Driencourt, l'ancien PDG-escroc d’Elf-Aquitaine Loïk Le Floch-Prigent, le très droitier avocat Thibault de Montbrial ou encore l’écrivain d’extrême droite Boualem Sansal, un genre de dream team, l’ensemble étant financé par des patrons d’extrême droite et par quelques généreux donateurs (3), majoritairement anonymes, parmi lesquels un député, Gérault Verny, dont vous ne cessez de relayer la parole mais, ainsi que le soulignait Télérama, « dont le rôle financier dans Frontières n’est jamais précisé, que le média le suive au Salon de l’agriculture, l’interviewe dans sa matinale, relaie toutes ses questions à l’Assemblée ou l’accompagne faire une vidéo en caméra cachée dans un centre de rétention administrative marseillais », déontologie quand tu nous tiens. Ce qui ne vous empêche pas de proclamer à qui veut l’entendre que vous vous voyez en « Mediapart de droite », c’est bon de rire parfois.
Vos immenses talents vous ont valu de devenir un invité récurrent des médias Bolloré, qui se font en outre systématiquement l’écho des « révélations » de Frontières, confirmant votre insertion au sein d’un écosystème d’extrême droite dont on peut mesurer chaque jour la force de frappe et la capacité à influencer l’agenda du débat public. C’est d’ailleurs sur un plateau de CNews, celui de l’excellent Gauthier Le Bret, que vous vous étiez distingué le 16 octobre 2025 par une accumulation de clichés antisémites, du « nomadisme » à « l’argent-roi », au cours d’une tirade visant Emmanuel Macron, Yaël Braun-Pivet, Alain Minc et Jacques Attali. Un exemple parmi bien d’autres des abjections que vous êtes capable de proférer, qui visent en général la gauche, les immigrés et les musulmans, soit le triptyque gagnant de CNews, et dont l’abondance vous a valu d’être récompensé en février 2026, suite aux départs de Sonia Mabrouk et Jean-Marc Morandini, par le lancement à l’antenne de la quotidienne « 100% Frontières », dont vous êtes coanimateur, mais où trouve-t-il toute cette énergie.
Avec cette émission vous avez réussi l’exploit, qui mérite d’être souligné, d’être considéré par une partie des équipes et des invités/chroniqueurs de CNews comme étant trop à droite pour la chaîne, si si, ainsi qu’en témoignait récemment — sous couvert d’anonymat — un journaliste du média auprès de Mediapart : « On va se faire attraper par l’Arcom avec cette émission. Ce n’est pas Frontières qui a l’agrément de l’Arcom. L’idée de ce programme, c’est de taper sur les Arabes ou les immigrés quoi qu’ils aient fait ». Si nous voulions faire du mauvais esprit, ce qui n’est pas notre style, nous vous dirions bien qu’on ne voit pas la différence avec le reste, mais force est de constater que vous réussissez le tour de force d’extrême droitiser encore un peu plus l’antenne de CNews, jusqu’à avoir convaincu Amine Elbahi (4), un de vos chroniqueurs pourtant peu suspect d’islamo-gauchisme, de faire plusieurs signalements contre vous à l’Arcom, vous accusant de déroger aux « principes de respect de la dignité de la personne humaine, de lutte contre les discriminations et de maîtrise de l’antenne », félicitations Erik.
Pour compléter le tableau, rappelons que tout ceci se déroule sur fond de rapprochement avec le Rassemblement national, à la faveur notamment du retour au bercail de la nièce frondeuse Marion Maréchal-Le Pen, pour laquelle vous n’avez jamais caché votre admiration : « Je suis d’abord un "marionniste", et je pense que c’est en 2027 que se présentera notre chance politique. [Et] moi, je suis bien sûr fait pour, un moment donné, descendre dans l’arène… » Et c’est ainsi qu’alors qu’elle était plutôt en froid avec vous, en raison de votre soutien à la candidature Zemmour en 2022, Marine Le Pen s’est fendue d’un post de soutien, le 9 avril 2025, à vos « journalistes » quelque peu malmenés à l’Assemblée après que Frontièreseût dressé une liste, décidément, de dizaines de collaborateurs parlementaires de LFI accusés de travailler pour « le parti de l’étranger ». Sans même parler de cette touchante déclaration, à propos de votre « média », du député européen Philippe Olivier, proche de la cheffe du RN : « Nous nous sommes mutuellement apprivoisés. Ils se sont révélés loyaux à notre égard », c’est beau l’indépendance.
Cher Erik Tegnér, après votre expérience aux Républicains au côté de Virginie Calmels, vous déclariez ce qui suit : « Quand j'étais avec elle, j'ai menti. Mais tout le monde ment. » Soit une confession d’une émouvante sincérité, et qui éclaire sous un jour intéressant vos activités ultérieures dans le champ médiatique, à l’instar de ce que vous aviez asséné à l’un des salariés de Livre noir (première version) lors de l’une de vos crises d’autoritarisme : « La vérité, je vais te la donner, c'est qu'aucun d'entre vous n'est journaliste, aucun. Et que si j'étais cohérent, je virerais tout le monde et je prendrais des vrais journalistes ». Vous ne nous en voudrez donc pas de conclure cette missive en soulignant qu’un menteur qui assume de développer un « média » en s’entourant d’incompétents est plutôt mal placé pour se poser, ainsi que vous le faites depuis une semaine, en héraut de la liberté de la presse, et qu’il serait temps que la plaisanterie cesse pour de bon car tout cela commence à devenir lassant : Frontières est un organe de propagande de l’extrême droite la plus vile, vos activités n’ont rien à voir avec le journalisme, et vos pathétiques jérémiades de ces derniers jours ne nous empêcheront pas, bien au contraire, de continuer à vous considérer comme ce que vous êtes, à savoir un militant néofasciste qui mérite d’être combattu comme tel.
Cordialement,
Jules Blaster
(1) Une campagne à l’occasion de laquelle vous en profitez pour faire la promotion du dernier numéro de Frontières consacré à « ces pédocriminels parmi nous » dans lequel on imagine que figure en bonne place un certain Jean-Marc Morandini, dont vous avez continué de fréquenter les plateaux malgré ses condamnations en première instance et en appel.
(2) Nous ne pouvons qu’inviter nos lectrices et lecteurs à consulter les vidéos et articles publiés par Blast au sujet de Frontières : « "Média" Frontières : un business de fachos très rentable », « Frontières : un torchon raciste parmi d'autres ? », « Non, les plumitifs de Frontières ne sont pas des journalistes », « Erik Tegnér (Frontières) : le Calimero de la presse d'extrême droite » ou encore « Avec le magazine Frontières, l'extrême droite a trouvé son poison pilote ».
(3) Signalons ici qu’en ce qui concerne l’argent vous n’avez pas davantage de scrupules que dans les autres domaines, qu’il s’agisse de collecter des dons défiscalisés tout en n’ayant de cesse de vous en prendre au gaspillage d’argent public, de multiplier les appels aux dons en vous posant en victime de la « censure » du « système » ou, dans un autre style, de déposer à l’INPI la marque « C’est Nicolas qui paie », non non nous n’inventons rien.
(4) Un Amine Elbahi à qui il a été demandé à de nombreuses reprises, sur votre plateau, s’il se sentait vraiment « 100% français », c’est élégant. Vous ne tarissiez pourtant pas d’éloges à son propos à peine 18 mois plus tôt, lors de la parution de votre « enquête » sur les « coupables » de l’« invasion migratoire » : « Amine Elbahi a été d’une aide extraordinaire dans notre enquête. Peu le savent mais il maîtrise parfaitement ces sujets, dans la technique, et vous dévoilera des dispositifs d’aide aux migrants dont vous n’avez jamais entendu parler. À ne pas manquer. »
https://www.blast-info.fr/articles/2026 ... 7iADlG1c4w