Ben voyons !...
Le parti de Marine Le Pen voit sa campagne présidentielle suspendue à une décision de justice, tandis que la chaîne de Bolloré est logiquement épinglée pour ses manquements déontologiques. En défense, l’extrême droite, version politique et médiatique, utilise l’arme de la victimisation, contre le droit et la raison.
Les deux organisations politiques d’extrême droite les plus puissantes en France, le Rassemblement national et CNews, sont à la pompe pour faire le plein du carburant le plus efficace, mais aussi le plus polluant pour le débat public : le plein de victimisation, la dénonciation de la mainmise de l’Etat et des élites, de «l’establishment», comme disait feu Le Pen père, ou du «système», comme le disent plus communément les populistes de tous poils. La victimisation, pour tous les candidats d’extrême droite à travers le monde, c’est l’argument démonstratif de l’injustice du pouvoir, la preuve par le supplice que la victime est la seule représentante du peuple.
Le grand remplissage de la cuve victimaire pour le RN, ce sera le 7 juillet, quand la justice confirmera ou pas la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen dans l’affaire de ses assistants parlementaires européens. Si la candidate naturelle de l’entreprise Le Pen est jugée inéligible pour une durée qui inclut le scrutin d’avril prochain, attendez-vous à entendre le chœur des pleureuses de son parti évoquer la tyrannie des juges rouges au service du pouvoir. Ce sera le grand numéro «Actors Studio» au service du héros de remplacement, Jordan Bardella. A l’inverse, si Marine Le Pen est jugée éligible à la date de l’élection, alors ce sera elle la candidate. Mais la même complainte lacrymale sera entonnée pour dénoncer tant de mois d’acharnement judiciaires pour fragiliser la «candidate du peuple».
Rhétorique mensongère
L’autre mouvement d’extrême droite, déguisé, lui, en entreprise de presse, CNews, joue aussi à plein la partition victimaire. La décision de l’Arcom de mettre en demeure la chaîne «d’info» du milliardaire breton intervient après avoir constaté au bout de 168 heures de visionnages, que ce média ne respectait quasiment aucune des règles de pluralisme, ni les règles d’établissement des faits.
https://www.liberation.fr/politique/fac ... YNDE2TU6Y/
