Selon les documents budgétaires de Bruxelles consultés par «Libé», le groupe Patriotes pour l’Europe du président du RN a déboursé plus de 30 000 euros pour financer le Wiener Akademikerball, qui réunit, chaque année à Vienne, néonazis, identitaires et élus ultranationalistes européens.
«Ne laissez pas les nazis gouverner», s’alarmaient, dans la langue de Goethe, les pancartes des Autrichiens rassemblés devant le palais de la Hofburg de Vienne pour dénoncer la tenue du Wiener Akademikerball, le bal annuel du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ, extrême droite). C’était en 2018, mais l’ambiance n’a guère changé depuis : chaque édition de ce raout extrême droitier est l’occasion de voir défiler la fine fleur du «pangermanisme» et autres suprémacistes venus de toute l’Europe. Un événement financé, selon nos informations, par le groupe d’extrême droite au Parlement européen Patriotes pour l’Europe, présidé par Jordan Bardella.
Le Parlement européen a rendu public, mardi 30 juin, le détail des marchés d’une valeur supérieure à 15 000 euros attribués durant l’année 2025 par le groupe que dirige le RN à Bruxelles. Une quarantaine de prestataires parmi lesquels les Français de la galaxie du gudard Frédéric Chatillon, un ami de fac de Marine Le Pen, qui se taillent la part du lion avec plus de 700 000 euros de contrats via diverses sociétés. Et Libé a identifié un plus discret contrat de «publicité» passé avec le Wiener Akademikerball pour la bagatelle de 30 200 euros. Un accord a priori signé par l’une des délégations nationales qui composent le groupe emmené par Bardella.
Quelle délégation a décidé de financer ce bal néonazi ? Le président du groupe Jordan Bardella était-il au courant ? Contactés par téléphone et par mail, son directeur de cabinet ainsi que Patriotes pour l’Europe n’ont pas pu être joints. La proximité du Front national, devenu RN, avec cet événement est une longue histoire. Le parti est parfaitement informé de ce que représente cette sauterie d’un autre âge : en longue robe de soirée noire, sous les ors du bâtiment d’exception servant d’écrin au bal, Marine Le Pen en a été l’invitée d’honneur lors de l’édition 2012. Avant de pouvoir valser avec les «combattants» des «Burschenschaften», ces fraternités d’étudiants réputées «nationales-conservatrices», l’alors présidente du parti à la flamme avait été reçue par Martin Graf, troisième vice-président du Parlement autrichien. Lui-même est membre d’Olympia, une de ces organisations considérée pour sa part comme proche du néonazisme.
Avant Marine Le Pen, son père Jean-Marie, ou encore le bras droit de ce dernier Bruno Gollnisch, y sont aussi passés. Tout comme des identitaires de toute l’Europe à l’instar, en 2024, de la française Thaïs d’Escufon, qui était accompagnée de son homologue autrichien Martin Sellner et de sa femme, la suprémaciste blanche américaine Brittany Pettibone.
Signe du «White Power»
Le 20 février 2026 au soir, c’est encore une fois tout le gratin de l’extrême droite européenne qui s’est pressé dans le célèbre (et immense) palais de Hofburg, en plein cœur de la capitale autrichienne, où réside d’ailleurs le président de la République. Le suprémaciste blanc et leader identitaire Martin Sellner, décidément un habitué, s’y est affiché tout sourire, smoking et Mütze de rigueur, la coiffe traditionnelle des fraternités étudiantes. L’homme est suffisamment infréquentable pour que même l’AfD, le grand parti d’extrême droite allemand secoué récemment par des scandales d’antisémitisme, a ordonné à ses militants de ne plus s’afficher avec lui. Ont également valsé des membres du groupuscule néofasciste suisse Jungen Tat (jeune action, en français), dont Manuel Corchia, condamné par la justice de la Confédération pour possession illégale d’une Kalachnikov et discrimination raciale, dont Mediapart a récemment révélé qu’il avait… été employé comme prestataire de communication par le groupe Patriotes pour l’Europe. Ce monde est petit.
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