Stounk a écrit : 10 janvier 2020 15:43
Le délit de blasphème ne reviendra pas en France, je pense que tu peux faire une croix dessus.
J'entends bien et je suis d'accord avec toi sur le principe. On doit pouvoir se foutre des religions, en faire de l'humour, ok.
Mais.
Mais.
Les communautés religieuses en France ne sont pas du tout considérées de la même façon. Elles n'ont pas du tout le même parcours historique.
Tu as suivi le sort de Siné lorsqu'il se fichait du fils Sarkozy ? La réaction a été rapide et unanime, il n'a été défendu par quasiment personne.
Quand on se moque des catholiques, on vise surtout son clergé et on y mêle toujours une certaine affection.
Les caricatures sur le prophète n'ont jamais été drôles, elles n'ont fait rire personne, musulman ou non. Elles ont été défendues uniquement pour défendre la liberté de les émettre. Soit, c'est compréhensible. Mais il faut rappeler que ces caricatures assimilaient une religion suivie par un milliard d'individus, et le terrorisme. C'est froid, direct et sans nuance (et pitié épargnez moi le sempiternel "ils visaient juste les extrémistes", ce n'est pas vrai).
C'est pourquoi l'humour de Desproges ne gênait personne quand il s'attaquait aux juifs et aux arabes. Il le faisait avec cruauté mais aussi une grande affection. Il parvenait à faire rire tout le monde, même ceux qu'il ciblait. Il engendrait un rire qui avait une autre sonorité que les rires forcés et cyniques engendrés par CH.
On peut pas distinguer le contexte socio-économique de chaque communauté visée et faire comme si la réalité des gens et "l'humour" à leur encontre étaient des choses étanches.
Quand tu as une communauté qui émerge avec difficulté sur le plan de l'emploi, du logement et de l'éducation. Qui la journée se fait rejeter ses CV, qui le soir se voit accusé d'être un terroriste potentiel à la télé, qu'il se voit foutre de sa pomme avec dureté et cruauté, dans les millions de musulmans français, alors il y a un grand risque que certains traduisent leur humiliation par la violence.
Ce que je veux dire au final, c'est qu'à mes yeux, la vie compte plus que tout. Le massacre s'est traduit en cadavres, en familles détruites pour la vie. Tout ça pour pouvoir dire qu'on peut se foutre de tout le monde ? Je suis d'accord avec la liberté de caricaturer, je ne remets pas ça en cause. Mais il faut le faire avec intelligence, en sentant le pays, en comprenant ses tensions, en aimant ceux que l'on châtie.