Alain Juppé ou l'art de rebondir en politique
C'était en juillet dernier : Alain Juppé, maire de Bordeaux et qui avait promis d'y rester, cosignait avec Hubert Védrine, un texte dans Le Monde, intitulé « Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay ! ». Il ne se doutait pas qu'il retrouverait sept mois plus tard, dans des conditions aussi particulières, ce ministère où il avait passé deux années, de 1993 à 1995, et laissé une trace positive.
Ce texte, cosigné avec un ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, s'était attiré une réponse furieuse de Bernard Kouchner, alors titulaire du poste, et qui n'avait pas apprécié cette leçon de gestion de deux grands anciens dont il savait pertinemment qu'ils avaient laissé, au sein du personnel diplomatique, une image aussi forte que la sienne se dégradait.
Il a, de surcroit, été le premier au sein de l'équipe gouvernementale, à reconnaître que la France avait « sous-estimé » le degré d'« exaspération » des Tunisiens, alors que la « ligne » officielle était toujours de ne rien admettre, et de faire front dans l'adversité.
Coaché par Dominique de Villepin
Lorsqu'il a été nommé aux Affaires étrangères en 1993, en période de cohabitation avec Edouard Balladur à Matignon et François Mitterrand à l'Elysée, Alain Juppé n'était guère familier du domaine international, mais il eut deux « coaches » professionnels au sein du « Quai » : Dominique de Villepin et Maurice Gourdault-Montagne, deux diplomates de carrière que l'on retrouvera au coeur de l'ère chiraquienne à partir de 1995.
Néophyte, Alain Juppé laisse pourtant, avec le recul, un excellent souvenir aux diplomates qui l'ont pratiqué il y a plus de quinze ans. Sans doute parce que depuis, à l'exception de Dominique de Villepin et d'Hubert Védrine, les chefs de la diplomatie française ont été autant de pâles figures au mieux, de désastres au pire : Hervé de Charette, Michel Barnier, Bernard Kouchner, Michèle Alliot-Marie…
Et si Juppé a une image plus ambigüe dans l'opinion, dûe à son « casier judiciaire » hérité des emplois fictifs de la mairie de Paris, à son « droit dans les bottes » de son passage à Matignon, de Thomson vendu pour « un euro », ou encore, plus récemment, de sa promesse non tenue de rester maire de Bordeaux, il garde une forte réputation pour son passage au Quai d'Orsay, même si ce portrait flatteur serait à nuancer selon les dossiers.
Revenir sur les traces de son premier succès 16 ans après n'est pas forcément un cadeau pour Alain Juppé. D'abord parce qu'il était sans doute plus facile d'être en cohabitation avec un François Mitterrand déclinant à l'époque qu'avec un Nicolas Sarkozy avec lequel il a des rapports ambigüs, pas fondés sur une allégeance aveugle mais sur un contrat d'intérêt commun, susceptible d'être rompu à tout moment.