"Avant le jugement en appel, Le Pen s’offre sur LCI un plaidoyer plein d’approximations et contrevérités
Sur LCI, la leader du Rassemblement national, dont le sort sera tranché par la Cour d’appel de Paris le 7 juillet, a dessiné les contours d’un acharnement judiciaire contre son parti.
Par Anthony Berthelier
La parole était à la défense. Marine Le Pen a pu faire un long plaidoyer, ce mercredi 1er juillet, sur LCI, dans un entretien d’une heure avec le journaliste Darius Rochebin. L’occasion pour la cheffe de file du Rassemblement national de dire son état d’esprit à six jours de la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires, qui pourrait mettre un coup d’arrêt brutal à sa carrière politique.
« Quoi qu’il arrive, je ne serai pas morte. Quoi qu’il arrive, je continuerai à mener le combat pour mes idées », a tenté de banaliser la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, en balayant les différents cas de figure qui pourront s’imposer à elle. Une fois ceci fait, Marine Le Pen n’a pas pu s’empêcher de livrer plusieurs approximations voire contrevérités, sur le plan judiciaire, mais également politique.
Tout en expliquant qu’elle n’avait plus son destin dans ses mains, la cheffe de file du RN a effectivement fait le choix de reprendre la partition de l’acharnement judiciaire. Pour étayer cette accusation, elle a par exemple de nouveau évoqué « la différence de traitement » qui est « réservé » au Rassemblement national « par rapport à d’autres responsables politiques. »
Marine Le Pen se compare à Bayrou et Mélenchon
« Vous ne m’empêcherez pas de m’étonner, dans mon affaire, de voir que monsieur Bayrou, pour des mêmes faits, a été relaxé, ou que monsieur Mélenchon n’a même pas été poursuivi », a-t-elle ainsi lancé, avant d’expliquer que « la justice ne peut pas être ambiguë, et dire "pour untel on va tomber de ce côté-là, et puis pour untel on va tomber de l’autre côté", parce que ça crée une incompréhension chez les justiciables et ça ouvre la voie à des interrogations ». Une défense que ses partisans avaient déjà adopté à l’issue du procès de première instance.
Problème : si des similitudes existent bien entre ces différents dossiers, il est pour le moins trompeur de les comparer ainsi, tant certains aspects diffèrent, comme la qualification des infractions retenues, le montant du préjudice ou encore le rôle joué dans la fraude par les personnes mises en cause. Ainsi, dans l’affaire des assistants d’eurodéputés du MoDem, les prévenus étaient poursuivis pour onze contrats conclus entre 2005 et 2014, pour un total de 300 000 euros (dix contrats pour 250 000 euros ont finalement été retenus). En comparaison, Marine Le Pen et son parti ont été mis en cause pour 46 contrats, pour un total de 4,5 millions d’euros de préjudice entre 2004 et 2016.
D’un côté, cinq élus ont été condamnés, comme le MoDem, et François Bayrou a été relaxé, au bénéfice du doute et faute de preuve. De l’autre, les juges de première instance se sont appuyés sur des échanges de mail accablants pour pointer le rôle central de Marine Le Pen (qui était eurodéputée pendant la période incriminée, contrairement au centriste) dans le « système » mis en place par la formation d’extrême droite. « Au cœur de ce système depuis 2009, Marine Le Pen s’est inscrite avec autorité et détermination dans le fonctionnement instauré par son père auquel elle participait depuis 2004 », avait notamment expliqué la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, pour justifier la condamnation de la cheffe de file du RN pour détournement de fonds publics, entre autres.
Le RN, pas vraiment fondé par un résistant
Toujours dans l’idée de nourrir le spectre d’une justice politique, Marine Le Pen a également fait un rapprochement hasardeux ce mercredi soir entre son procès, et les perquisitions menées mardi dans plusieurs pays européens parmi lesquels la France, dans le cadre d’une enquête du parquet européen. Celui-ci soupçonne un détournement de fonds de l’UE par l’ex-groupe Identité et démocratie (ID), où siégeaient les députés RN.
« C’est quand même drôle, cela arrive toujours au moment où potentiellement cela peut avoir une influence néfaste. À une semaine du rendu de la décision de la cour d’appel, que ces perquisitions soient effectuées chez nos prestataires, pour moi ne relève pas du hasard. Je ne suis pas née de la dernière pluie, je n’y crois plus au hasard dans ce genre de domaine », a-t-elle notamment argué. Une lecture un brin complotiste, que rien n’étaye.
Enfin, Marine Le Pen a également pris quelques libertés avec la vérité sur un plan plus politique encore, au moment de défendre les racines de son mouvement, dans la deuxième partie de cet entretien. Un sujet sensible et régulièrement délicat pour le parti d’extrême droite dans sa stratégie de banalisation ou normalisation. Évacuant rapidement les « quelques personnalités dont le parcours était contestable au Front national », la fille de Jean-Marie Le Pen a insisté sur les « très grands résistants » qui ont fondé l’ancêtre du RN, parmi lesquels « Georges Bidault, celui qui a pris la tête du conseil de la Résistance après Jean Moulin ». C’est, là aussi, a minima trompeur.
Certes, Georges Bidault a bien été approché pour fonder le parti d’extrême droite, mais il « déclare finalement forfait le 12 octobre, une semaine après le lancement officiel », selon plusieurs sources historiques, dont les biographes de référence Gilles Bresson et Christian Lionet. Quant aux « personnalités dont le parcours était contestable », selon les dires de Marine Le Pen ce mercredi, on retrouve par exemple les néo-fascistes d’Ordre nouveau, François Brigneau, un membre de la milice du gouvernement de Vichy, ou Pierre Bousquet, engagé volontaire dans la division Charlemagne, qui regroupait des Waffen SS français. Sur le plan judiciaire, comme historique, le plaidoyer est à revoir."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 81921.html
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Sœur Emmanuelle
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